Thursday, February 29, 2024
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Bilan de l’opération “Déluge d’al-Aqsa”

Bilan de l’opération “Déluge d’al-Aqsa” Depuis 1982, le siège de Beyrouth, toutes les guerres israéliennes se sont soldées par des…

By René Naba , in Actualités , at 28 novembre 2023

Bilan de l’opération “Déluge d’al-Aqsa”

  • Depuis 1982, le siège de Beyrouth, toutes les guerres israéliennes se sont soldées par des revers.
  • Pour la première fois, le conflit déborde le champ de bataille traditionnel.
  • Le Hamas, tombeur de Benyamin Netanyahu, véritable représentant du peuple palestinien.
  • L’éradication du Hamas, objectif déclaré des représailles israéliennes, a produit un effet inverse : L’Autorité Palestinienne discréditée.
  • 50 journalistes en 45 jours à Gaza, dont 11 dans le cadre de leurs fonctions : l’un des bilans les plus meurtriers de ce siècle.
  • L‘arme atomique israélienne, une arme à double tranchant.

L’attaque du Hamas contre Israël, le 7 Octobre 2023, a sapé la crédibilité de la dissuasion militaire israélienne, pointé du doigt l‘écrasante responsabilité des pays occidentaux dans leur complaisance à l’égard de l’État Hébreu du fait de leur complicité tacite à l’égard de l’annexion rampante du territoire dédié au futur état palestinien, discrédité durablement Mahmoud Abbas, le chef nominal de l’Autorité Palestinienne et signé la mort politique du premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, artisan, pour sa survie politique, de l’alliance avec les forces les plus xénophobes et suprématistes israéliennes.

Les représailles massives ordonnées sans discernement par l’armée israélienne, aussi bien contre les civils que contre les hôpitaux, de même que le blocus économique décrété contre la population civile et le nombre élevé de journalistes tués dans l’accomplissement de leur mission, enfin la destruction systématique de toute surface bâtie, ont sapé durablement les mythes fondateurs de l’État Hébreu sur lesquels il a prospéré depuis sa création, à savoir «l’unique démocratie du Moyen Orient, pointe avancée du Monde libre face à la barbarie arabo musulmane, défendue par une «armée morale» mue par «l’éthique de la pureté des armes».

Tel pourrait être pour bon nombre d’observateurs, le premier bilan de l’opération «Déluge Al Aqsa», au terme de cinquante-cinq jours de combats entre Israël et les combattants palestiniens de Gaza, déclenchée par l’assaut de trois mille combattants palestiniens contre les agglomérations israéliennes en bordure de Gaza.
Une attaque conjointe menée par les fractions combattantes de l’enclave, –Hamas, Jihad Islamique et Front Populaire pour la Libération de la Palestine–, par voie de terre, de mer et d’air, perpétrant des massacres, prenant 240 civils israéliens et étrangers en otage.

La dissuasion militaire israélienne en lambeaux sinon en question.

Une étude comparative des diverses confrontations israélo-arabes selon leur chronologie, dresse le constat suivant :

A – La Guerre de juin 1967 : Elle a duré six jours et débouché sur la conquête par Israël de vastes superficies de territoires arabes (Sinaï égyptien, Golan syrien, Cisjordanie et Jérusalem-Est). Sur le plan diplomatique, elle a marqué l’entrée en force des États-Unis au Moyen Orient en substitution des anciennes puissances coloniales européennes (Le Royaume Uni et la France).

Sur le rôle pernicieux de l’Iran impériale et de la Jordanie lors de la guerre de juin 1967, cf. ce lien :
https://www.madaniya.info/2021/06/25/la-jordanie-et-liran-poussent-israel-a-la-guerre-contre-legypte-nasserienne-et-la-syrie-baassiste-4-4/

B – La Guerre d’Octobre 1973 : Marquée par la destruction de la Ligne Bar Lev, premier exploit militaire arabe de l’histoire contemporaine, elle a duré 18 jours, soit le triple de celle de juin 1967, faisant 2.691 tués du côté israélien et 2.135 blessés. Israël n’a dû son salut qu’au pont aérien américain ordonné en faveur de son allié israélien par le président Richard Nixon en plein scandale du Watergate.

La guerre d’Octobre 1973, qui a mis aux prises Israël à l’Égypte et à la Syrie, constitue la dernière confrontation entre l’État Hébreu et des États Arabes. Depuis lors, toutes les confrontations ont opposé Israël à des forces paramilitaires non étatiques menant contre l’État Hébreu une guerre hybride. Elles se sont soldées par des revers pour Israël compte tenu de ses objectifs de guerre déclarés.

C -La guerre de juin 1982, menée contre le sanctuaire libanais de l’Organisation de Libération de la Palestine, a duré trois mois. L’armée israélienne a perdu 670 soldats lors de ce conflit, puis, par son prolongement, via la guérilla anti israélienne, à 1 216 le nombre total de soldats tués au Liban entre les années 1982 et 2000, date du retrait israélien du Liban.

Marqué par les massacres des camps palestiniens de Sabra-Chatila, dans la banlieue de Beyrouth, par les milices chrétiennes sous tutelle israélienne, et de l’assassinat de l’homme lige des Israéliens, le chef phalangiste Bachir Gemayel, à la veille de son accession à la présidence de la République libanaise, le siège de Beyrouth juin 1982, qualifié par un commentateur israélien de «guerre de dupes », a souillé l’image d’Israël dans la sphère occidentale.

Si Israël a obtenu le départ de Yasser Arafat, chef de l’OLP, de Beyrouth vers Tunis, la guérilla anti israélienne a forcé Israël à se dégager militairement du Liban, sans négociation ni traité de paix, fait unique dans les annales diplomatiques internationales. Un traumatisme qui se prolonge encore de nos jours tant en Israël qu’au sein du pacte atlantiste et des alliés arabes de Washington tant Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, promu depuis lors grand décideur régional, tétanise Israël et rend insomniaque les Occidentaux.

D -La guerre de juillet 2006 : En 2006, l’imbrication des guerres croisées d’Israël et des États-Unis au Moyen orient en vue de redessiner un «Grand Moyen Orient», conforme à leur stratégie conjointe visant à maintenir leur hégémonie sur cette zone pétrolière, a conduit Israël à se livrer à une offensive aérienne en vue d’obtenir le désarmement du Hezbollah, alors que les États-Unis étaient embourbés en Irak dans une guérilla meurtrière.

Première confrontation d’ampleur entre l’Etat Hébreu et le Hezbollah libanais, elle a duré 33 Jours. Elle se soldera par un échec israélien compte tenu de l’objectif déclaré d’Israël «l’éradication du Hezbollah libanais», la formation chiite mettant en œuvre à cette occasion, grâce à ses tunnels, un conflit mobile dans un circuit fermé, une novation stratégique majeure de la polémologie contemporaine, dont le Hamas s’en inspirera à Gaza.

Disposant d’une frontière de 72 kms, –59 Kms avec Israël et 13 kms avec l’Égypte– l’enclave de Gaza est traversée dans ses entrailles par 360 kms de tunnels, un poumon vital pour assurer son ravitaillement en armes et en nourritures, afin de contourner son encerclement. Dans sa guerre contre Israël, le Hamas a en effet emprunté au Hezbollah, la stratégie que la formation chiite avait appliquée lors de sa confrontation avec l’État hébreu, en 2006. Les actions de harcèlement du Hamas derrière les lignes israéliennes relèvent de cette même stratégie.

Préfiguration de la destruction de l’enclave de Gaza, en 2023, trente-trois jours de bombardements aériens du sud Liban et de Beyrouth, n’auront pas eu raison de la résistance du Hezbollah, en dépit de la connivence du premier ministre sunnite libanais de l’époque Fouad Siniora, l’ancien comptable de son patron le milliardaire libano saoudien Rafic Hariri, et du leadership maronite, roue dentée de toutes les équipées occidentale dans la zone.

E -«Déluge Al Aqsa» (Octobre 2023) : Cette attaque, sans précédent dans le conflit, le plus long de l’histoire des confrontations israélo-arabes, par le nombre de ses victimes (plus de mille deux cents morts), a fait de la journée du 7 octobre 2023, la journée la plus meurtrière de l’histoire d’Israël depuis sa fondation en 1948 et marque un «tournant historique» par la nature et l’ampleur de son bilan humain.

La riposte israélienne a entraîné la mort de plus de 11 078 personnes, 24 000 civils et combattants palestiniens blessés et provoqué le déplacement de plus de 1 500 000 civils et au moins 1 000 personnes seraient portées disparues.
Côté israélien,200 000 personnes ont été également déplacées, faisant planer les craintes d’une crise humanitaire de l’enclave palestinienne qui était déjà sous blocus égyptien et israéliens.

En contre champs, près de 50 journalistes ont été tués en 45 jours à Gaza, dont 11 dans le cadre de leurs fonctions, faisant de ce bilan, l’un des plus meurtriers de ce siècle.

Mais si en 1973, Les États-Unis se sont contentés d’assurer un pont aérien pour ravitailler l’armée israélienne, en 2023, cinquante ans plus tard, l’Amérique a dû dépêcher deux porte-avions et une dizaine de bâtiments d‘escorte, 16.000 marins et 300 avions, pour contenir les adversaires de l’État Hébreu, signe indiscutable de l’érosion de la dissuasion israélienne et de la montée en puissance de ses ennemis. Une force aéronavale doublée d’un pont aérien pour le ravitaillement de l’armée israélienne en sus d’un milliard de dollars versé par l’Allemagne pour soutenir l’effort de guerre israélien, par solidarité expiatoire du génocide hitlérien.

L’autorité Palestinienne discréditée et l’arme israélienne, une arme à double tranchant

Conséquence adjacente de cette ultime confrontation, l’Autorité Palestinienne, totalement discréditée, le Hamas apparait désormais comme le véritable détenteur du pouvoir palestinien en substitution de l’OLP. Et l’arme atomique brandie comme option par un ministre israélien désespéré par le déroulement des opérations s’est révélée être une arme à double tranchant en raison de la contiguïté et de l’exiguïté des territoires israélien et palestinien, l’usage du feu nucléaire israélien sur Gaza aura immanquablement des retombées atomiques sur le territoire israélien.

Le débordement du champ de bataille traditionnel

Mais pour la première fois dans l’histoire du conflit israélo-arabe, la confrontation a débordé le traditionnel champ de bataille, avec l’implication des Houthis du Yémen qui se sont distingués par des tirs de missiles et de drones contre Eilat, –dont le nom arabe est ‘Um ‘al-Rashrash’’, avant son hébraïsation–, du Hachd Al Chaabi en Irak contre les bases américaines dans le Nord Est syrien et en Irak, y compris la base aérienne américaine d’Irbil, dans le Kurdistan irakien;

Enfin Le Hezbollah, qui a déployé une stratégie de montée progressive de la tension à la frontière libano-israélienne, plutôt qu’un déploiement de riposte multiforme instantané, afin d’aveugler Israël et de le priver de toute visibilité sur le sud du Liban.

Le harcèlement du Hezbollah d’Israël à sa frontière nord contraint celui-ci à immobiliser dans la région frontalière libano-israélienne «le tiers des effectifs logistiques de l’armée israélienne, y compris des troupes d’élite, la moitié de ses forces navales, alors que 50 pour cent de sa force balistique a été positionnée en direction du sud-Liban, le forçant à évacuer la population de 45 agglomérations urbaines.

Les accrochages répétés dans la zone frontalière libano-israélienne ont été marqués notamment par la destruction de 140 caméras de vidéo-surveillance israéliennes, de 33 radars, de 17 systèmes de brouillage des transmissions, provoquant corrélativement l’évacuation de 45 agglomérations urbaines israéliennes du Nord de la Galilée. L’engagement du Hezbollah dans la guerre visait à confirmer la crédibilité de la formation chiite, en honorant ses engagements maintes fois proclamés en faveur de sa solidarité avec la Palestine, en même temps qu’un pied de nez aux Occidentaux en tranchant le nœud coulant qu’ils suspendaient autour de son cou par la Softwar menée depuis deux ans par l’OTAN contre le Liban en vue de la strangulation du Hezbollah.

Le Hamas tombeur de Benyamin Netanyahu.

Pour paradoxal que celui puisse paraitre, «Déluge Al Aqsa» apparaitra rétrospectivement comme ayant signé la mort politique de Benyamin Netanyahu. En maille à partir avec la justice de son pays, caressant le projet de reformer la Cour suprême israélienne pour éviter une condamnation fatale à son destin politique, multipliant les alliances avec les formations les plus xénophobes et suprématistes de l’échiquier politique israélien, l’homme avait surmonté tous les obstacles, survécu à toutes les épreuves, détenant même le record de longévité politique en Israël.

Mais l’attaque du Hamas lui aura été fatale, en ce qu’elle a révélé les failles du dispositif israélien, en dépit de la présence du système Pegasus, d’espionnage électrique, en dépit de l’importante base d’Ourim d’écoutes et de repérages électronique. Quoi qu’il fasse, quelle que soit sa riposte, voire même ses résultats, Benyamin Netanyahu devra répondre de ses actes. Il n’échappera pas à la justice des hommes de son pays, pas plus qu’au jugement de l’Histoire ; Vaincu par une organisation qu’il se proposait d’éradiquer.

L’homme rejoindra le sort ses trois prédécesseurs, éjectés, eux aussi du pouvoir, au terme de confrontations israélo-arabes. Trois premiers ministres israéliens ont en effet déjà été expédiés au tapis en 50 ans de conflit.

Avec une régularité de métronome, en 50 ans de conflit, les trois premiers ministres israéliens éjectés du pouvoir à la suite de confrontations militaires arabo israéliennes sont respectivement en 1973, Golda Meir, à la suite de la destruction de la Ligne Bar Lev par les égyptiens; en 1982, dix ans plus tard, Menahem Begin à la suite de l’invasion israélienne du Liban et des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila; en 2006, 36 ans après, Ehud Olmert et son chef de l’aviation Dan Haloutz pour leur échec à désarmer et démanteler le Hezbollah libanais. Il y a fort à parier qu’un 4ème, Benyamin Netanyahu connaitra un sort identique, en dépit de l’acharnement rabique dont il fait preuve contre les civils innocents à Gaza.

La Silicon Valley israélienne de peu de poids face à l’armement rudimentaire des combattants de Gaza.

Au terme de 55 jours de combat, l’attaque du Hamas a vraisemblablement écourté la longévité politique de Benyamin Netanyahu, et à moins d’un retournement spectaculaire, quelque peu compromis les chances de réélection du président américain Joe Biden.
Pis, la Silicon Valley du Moyen Orient a été de peu de poids devant les techniques rudimentaires des combattants palestiniens de Gaza, alors que cette industrie de pointe, fondée par l’Unité 8.200 de génie de l’armée israélienne, constitue la source de fierté absolue de l’État Hébreu, génératrice de 18,1 pour cent de son PNB et de 48 pour cent de ses exportations.

La Belgique et l’Espagne, l’honneur de l’Union européenne.

L’attaque du Hamas a sorti l’Occident de sa léthargie qui redécouvre subitement les conditions de base du règlement du conflit israélo-palestinien : La contiguïté, à défaut de coexistence, de deux états, l’un israélien, l’autre palestinien, telle que cela a été préconisé par la résolution 181 du l’Assemblée Générale des Nations Unies de 1947, soit il y a 76 ans. Une perspective cauchemardesque pour les Israéliens. L’échec de la politique menée par tout l’échiquier politique israélien, tant par les travaillistes que la droite israélienne.

Prenant le contrepied de leurs collègues occidentaux, les premiers ministres de Belgique, Alexander De Croo, et d’Espagne, Pedro Sanchez, –deux royaumes–, se sont rendus au poste frontière de Rafah (Sinaï égyptien) pour mettre un terme au louvoiement de l’OTAN, annonçant leur intention de reconnaitre unilatéralement l’existence d’un «Etat Palestinien Indépendant» en l’absence d‘un consensus occidental sur la question.
Une position qui tranche avec celle attentiste de la France, désormais l’ombre d’elle-même au Moyen Orient.

Sans craindre les foudres du lobby pro israélien de l’Union Européenne, Barcelone a même annulé son jumelage avec Tel Aviv.


Sur le lobby pro israélien au sein de l’Union européenne, cf ces liens :

Un exemple à méditer pour Manuel Valls, le transfuge socialiste catalan post macroniste, discrédité par tant de reniements et forcé au retrait de la vie politique française après ses échecs répétitifs tant en France qu’en Espagne.

Sur Manuel Valls, cf ce lien : https://www.madaniya.info/2016/12/06/france-manuel-valls-no-pasaran/

Le monde occidental est aux prises avec un «effondrement moral» significatif face à la redistribution globale du pouvoir, lequel échappe désormais aux mains de la sphère euro-américaine. Qu’il est dur d’être après avoir été.

La bataille de Gaza se présente ainsi comme une bataille décisive au sens stratégique de Clausewitz, en ce qu’elle doit provoquer une modification radicale des rapports de forces régionaux et la création d’une nouvelle réalité sur le terrain.

L’éradication du Hamas objectif déclaré des représailles israéliennes a produit un effet inverse, confirmant le mouvement islamiste palestinien dans son rôle d’interlocuteur obligé pour tout ce qui a retrait à Gaza. Les négociations pour la libération des otages israéliens et occidentaux en témoignent.
Bis Repetita Placent : Près de cent ans après la déclaration Balfour portant création d’un «foyer national juif en Palestine», le sablier de l’Histoire s’est retourné. Sur fond de génocide hitlérien et de sociocide palestinien, le compte à rebours a commencé.

L’Union Sacrée de l’Otan autour de son pupille en témoigne : Plus qu’en Ukraine, une part du destin de l’Occident se joue, en cet automne 2023, sur la terre de Palestine.

Illustration
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Ziyad_al-Nakhalah_2022.jpeg
© MOHAMMED SALEM / REUTERS / REUTERS

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