Monday, April 20, 2026
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Arabie saoudite : Vers la création d’un Hollywood arabe

Sous l’impulsion du prince héritier saoudien, Mohammad Ben Salman, gouverneur effectif du royaume, l’Arabie saoudite est saisie d’une frénésie de…

Par : René Naba - dans : Société - le 20 avril 2026

Sous l’impulsion du prince héritier saoudien, Mohammad Ben Salman, gouverneur effectif du royaume, l’Arabie saoudite est saisie d’une frénésie de gigantisme: Stage de aérien perché sur un gratte ciel à 350 mètres de haut, d’une capacité de 46.000 places, dont l’arène sera alimentée par des énergies renouvelables, une station de ski disposant d’une piste de 1.500 km de long, un hub régional pour l’Intelligence Artificielle, et, dernier et non le moindre des projets, un hollywood arabe à l’ombre des deux Lieux Saints de l’Islam, La Mecque et Medine,

Si seulement le Royaume wahhabite mettait autant de cœur à l’ouvrage au niveau des Droits Humains qu’elle en met dans l’aménagement du territoire… Mais ceci est une autre histoire et Adnane Khashoggi, le chroniqueur du Washington Post, n’aurait peut être pas connu les affres de l’équarrissage

L’Arabie saoudite ambitionne de faire de sa capitale, Ryad, le centre de l’industrie cinématograhique arabe, ravissant au Caire son rôle traditionnel en ce domaine, pour se hisser à l’égal des grands pays producteurs de film, de l’Inde et du Nigéria notamment.

Le pouvoir saoudien a confié ce projet à la chaîne transfrontière saoudienne MBC (Middle East Broadcasting Center) avec pour mission de «faire de Ryad, le Hollywood arabe», en développant une production locale de drames, de comédies et de divertissements.

Premier vecteur transfrontière arabe, MBC-TV est, historiquement, le premier holding multimédia arabe, bien avant la chaîne rivale du Qatar, Al Jazeera.

MBC, sous la coupe de Mohamad Ben Salmane

Fondée en 1990 par le beau frère du Roi Fahd Al Ibrahim dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak en vue d’accompagner la politique atlantiste dans la zone, MBC a été chronologiquement la première chaîne transfrontière arabe, le premier vecteur transfrontière arabe, MBC-TV est, historiquement, le premier holding multimédia arabe, bien avant la chaîne rivale du Qatar, Al Jazeera.

Disposant de quinze canaux, cette chaîne off shore a assumé un rôle prescripteur de l’opinion arabe avant l’apparition de sa rivale du Qatar Al Jazeera.  Privé de subsides publicitaires avec l’arrivée du Roi Salman, MBC a dû déménager de Doubai vers  Riyad, avant de tomber dans l’escarcelle de Mohamad Ben Salmane, lors du coup de force  du prince héritier contre ses propres cousins germains, dont Walid Ben Talal, dans le cadre de sa lutte contre la corruption, le 4 novembre 2017. Dans sa boulimie le prince a annexé l’autre chaîne  saoudienne Al Ikhbaria à son propre groupe de presse, le groupe As Sharq al Awsat.Le groupe produit 18 chaînes de télévision diffusant des programmes d’information et de divertissement pour la région MENA  (Moyen Orient- Afrique du Nord) mais aussi à destination de l’Europe et de l’Amérique.

Outre MBC TV, le holding comprend notamment une station radio ainsi que trois autres stations de télévision «Al Arabia», Al Hadas, (l’événement) et Al Charq (l’Orient).

Le  transfert de ses activités de Doubai à Ryad s’est accompagné de l’aménagement de vastes studios afin de promouvoir une nouvelle image du royaume, en même temps que celle du prince héritier Mohamad Ben Salmane, après la désastreuse séquence de l’équarrissage de l’opposant saoudien, Jamal Khashoggi, en 2018. Le choix de MBS est pour la chaîne saoudienne une occasion  de valoriser et son image et son audience.

Sur les mœurs saoudiennes, cf ces deux liens :

Jusqu’à présent MBC diffusait des drames produits par la Turquie, mais traduit en arabe par le soin des saoudiens. Les coûts de la production en Turquie, de même que les difficultés à obtenir des permis de travail, ont conduit les Saoudiens à prendre la décision de transférer le processus de production sur le sol saoudien.

Damas, réputée pour la qualité de sa production, avait constitué le premier choix des Saoudiens. Mais la chute du régime baasiste, fin 2024,  et l’anarchie qui s’est ensuivie, ont conduit Ryad à renoncer à la Syrie. En superposition, la concurrence des producteurs libanais a changé la donne, en proposant des programmes en arabe directement produits sur le sol saoudien a beaucoup joué en faveur du choix de Ryad.

Deux sociétés libanaises sont en concurrence pour emporter le marché saoudien: Eagle films, dirigée par Jamal Sanan, et, Sabah bros, propriété de Sadek Sabah.

Eagle Films qui bénéficie des faveurs du public saoudien a de fortes chances d’émporter le marché. Cette société s’est lancée dans la production à l’occasion  du mois de Ramadan en 2025, avec la série télévisée « Les mémoires d’un vieux garçon saoudien». Les autres productions en préparation de cette firme libanaise portent sur des faits de société saoudiens.

Plus astucieux, Sabah Bros, a choisi de recruter des acteurs saoudiens pour emporter le marché. La société envisage de produire la série télévisée «Hazah», dont le rôle principal a été confié à l’acteur saoudien Khaled Saqr. Sabah Bros  s’est en outre assurée la collaboration de l’actrice saoudienne Ilham Ali, dejà sous contrat pour une mini série télévisée.

Ryad sera en outre le centre de production de jeux télévisés. Les programmes «Arab Talent » et « Saudi Idol» ont été filmés dans la capitale saoudienne. Les enregistrement de « The Voice » et de « The Voice Kids » sont également prévus.

Un hic toutefois: les programmés tournés en Arabie saoudite tournés en Arabie saoudite ne bénéficient pas du même engouement que les programmes similaires tournés dans les studios à Beyrouth.

En dépit d’important budgets affectés à la programmation, la production saoudienne se heurte à un triple interdit tenant à la religion, au sexe et à la politique.

Si le Hollywood arabe du royaume saoudien venait à se concrétiser, il serait en concurrence avec Bollywood et Nollywood.

Bollywood est le surnom donné à l’industrie du cinéma indien basée à Bombay, dont les films sont réalisés en hindi.

L’’industrie cinématographique nigériane, est la deuxième industrie cinématographique mondiale en termes de production, après celle de l’Inde (voir Bollywood). Le terme Nollywood, mot-valise formé de «Nigeria» et «Hollywood», peut englober les films nigérians réalisés hors du Nigéria ainsisLe terme « Tollywood », désignant le cinéma du Bengale-Occidental, basé à Tollygunge, est antérieur à «Bollywood».

Le cinéma égyptien a longtemps dominé les écrans du Monde arabe par la qualité et la quantité de sa production. Le septième art n’y est pas un apport récent des décolonisations. Le cinéma était vu, par le pouvoir, comme un outil servant à calmer les pulsions populaires, lui faire oublier les contraintes du régime autoritaire.

Comme en Arabie saoudite, en Égypte, la censure reste présente, notamment à l’encontre de sujets touchant à la sexualité ou à la religion. Tourner sans autorisations est passable de sanctions pénales. Si les films étrangers et surtout américains sont très présents dans les salles égyptiennes, les grandes productions nationales gardent toujours une place importante.

Pour le locuteur arabe: Ryad le Hollywood arabe, cf ce lien du journal libanais Al Akhbar en date du 18 avril 2025

Illustration

Waleed Al Ibrahim – MBC Group Chairman