Thursday, April 16, 2026
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De la Loi IRHA à la Loi Yadan: La pesanteur de Vichy à la captation de l’imaginaire.

Six ans après l’adoption de la Loi IRHA, en 2019, qui assimile toute critique du sionisme à de l’antisémitisme, l’assemblée…

Par : René Naba - dans : Actualités Société - le 16 avril 2026

Six ans après l’adoption de la Loi IRHA, en 2019, qui assimile toute critique du sionisme à de l’antisémitisme, l’assemblée nationale française s’apprête à enrichir l’arsenal législatif et juridique français d’un nouvel outil, identique et similaire au premier, mais dont ses censeurs accusent son objectif est de museler toute critique d’Israël.

Ce nouveau bâillon juridique se situe en droite ligne de la stratégie israélienne visant à museler tout soutien à la Palestine, en dépit des critiques internationales suscitées par le comportement de l’État hébreu dans l’enclave de Gaza et au Liban.

Ce nouvel arsenal juridico-législatif intervient alors que la phagocytose de la Palestine se fait à marche forcée, en réplique à la reconnaissance internationale de l’État de Palestine, y compris par la France, premier pays occidental membre permanent du Conseil de sécurité.

La Loi IRHA

Précédant la première visite officielle en Israël du président Emmanuel Macron, la Loi IRHA a été adoptée, le 3 décembre 2019, par l’Assemblée Nationale, à l’initiative de «La République en Marche», le parti présidentiel. La Loi IRHA assimile déjà la critique du sionisme à une forme d’antisémitisme.

Dans ce texte controversé, adopté à une très faible majorité, son auteur, le député LRM, Sylvain Maillard, a proposé au Parlement français l’adoption de la définition de l’antisémitisme telle qu’elle est formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

Au cœur des reproches des opposants: le fait qu’il associe l’antisionisme à une forme d’antisémitisme. La définition de l’IRHA tient en quelques mots, dont le terme «antisionisme» est absent: «L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, qui peut se manifester par une haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme visent des individus juifs ou non et/ou leurs biens, des institutions communautaires et des lieux de culte.»

Loi Yadan

Six ans après, Caroline Yadan, élue députée lors des élections législatives de 2024, dans la 8me circonscription des Français de l’étranger (Israël, Italie, Turquie), contre le député sortant Meyer Habib, est revenue à la charge.

Pour rappel, en 2025, elle sa quitté son groupe parlementaire et s’est inscrite comme « apparentée », pour marquer sa désapprobation de la reconnaissance de l’État palestinien par la France.

Sa proposition de loi de 2024, vise à lutter contre l’antisémitisme. Ces partisans estiment que l’antisionisme est toujours une forme d’antisémitisme et qu’il doit être réprimé, alors que les opposants à la proposition de Loi considèrent que son objectif est de sanctionner les critiques d’Israël et le soutien à la Palestine.

Pour donner de la légitimité à sa proposition de loi, Caroline Yadan s’est appuyée, entre autres, sur les chiffres de l’antisémitisme. Mais l’identité et la méthodologie des organisations qui en sont à l’origine montrent une instrumentalisation de cette réalité en faveur d’un positionnement pro-israélien.

Une pétition contre cette proposition de loi sur le site de l’Assemblée nationale a déjà rassemblé près de 700.000 signatures.

Les déclarations d’amour du Rassemblement National au judaïsme institutionnel français dans la perspective des prochaines élections présidentielles françaises, de même que le mic mac de l’écrivain Yann Moix à propos de sa judéophilie compensatoire d’une judéophobie antérieure remettent en mémoire l’hypersensibilité du fait juif en France, en raison de son passé collaborationniste avec le nazisme sous Vichy.

Lors du dîner annuel du CRIF en 2019, Emmanuel Macron, déjà, avait en effet cherché à établir un amalgame entre antisémitisme et antisionisme dans une sorte de concurrence feutrée électoraliste avec le Rassemblement National, le parti d’extrême droite de Marine Le Pen.

L’anti-sionisme la forme moderne de l’antisémitisme ?

Pas Sûr. Une affirmation d’autant plus fallacieuse que péremtoire.
Le fait d’aseptiser le débat public de toute critique à l’égard d’Israël est-il incitatif à la démocratie ? Ou constitue-t-il au contraire une prime à l’autoritarisme et à l’arbitraire ?

Il est à craindre que l’arsenal législatif et judiciaire français ne renforce la psychorigidité des dirigeants israéliens et ne criminalise les partisans d’un règlement politique fondé sur la dignité des hommes, les principaux obstacles à la création d’un «Bantoustan» avec le silence complice des «grandes démocraties occidentales».

Caroline Yadan a-telle songé un instant au traumatisme infligé aux Palestiniens par la dépossession de leur patrie du fait d’un crime commis par des Européens et d’un découpage arbitraire dans la pure tradition coloniale ?
De l’ignominie résultant d’une compensation sur bien d’autrui, la forme la plus achevée de la perversion triangulaire en ce qu’elle exonère un criminel et pénalise un innocent, sans pour autant donner pleinement satisfaction au bénéficiaire de la compensation, sans apaiser sa soif vindicative ?

La grandeur de la France ne réside-elle pas dans la prise en compte du déni de droit infligé injustement aux Palestiniens, de leur stigmatisation, de la négation de leur identité nationale, en un mot l’Apartheid dont ils sont victimes, eux qui n’ont jamais participé ni aux pogroms des Juifs d’Europe, ni au génocide hitlérien, contrairement à la France, qui fut, sous Vichy, à l’égard de ses citoyens de confession juive, l’antichambre des camps de la mort, complice de leur crémation dans les fours des camps d’Auschwitz-Birkenau, de Buckhenwald et d’ailleurs quand près de 400.000 Arabes et Africains (Chrétiens et Musulmans) volaient au secours de la France, pour la 2eme fois en un même siècle, pour la libérer du joug nazi.

Ne pas transposer le conflit israelo-palestinien en France

Corollaire de la criminalisation antisémite, le mot d’ordre «ne pas exporter le conflit israélo-palestinien en France» constitue un épouvantail brandi à chaque comportement abusif d’Israël comme pour juguler toute critique.

Ne pas transposer le conflit en France, Soit. Mais alors comment expliquer qu’un réserviste de l’armée israélienne, ancien garde frontière de l’état hébreu, Arno Klarsfeld, soit nommé conseiller du ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, en 2006, en pleine guerre de destruction israélienne du Liban.

Comment expliquer qu’un soldat israélien en opération de police contre Gaza, Gilad Shalit soit adopté comme otage français au prétexte de la présence d’aïeuls français dans sa lignée, et que cette protection diplomatique française soit refusée à un français de naissance, Salah Hammoury, un universitaire dont le grand tort est d’avoir une mère française, mais un papa palestinien. Une tare indélébile ?

Ne tirons pas sur l’ambulance DSK (Dominique Strauss Kahn) qui se demandait tous les matins, en se rasant ou pas, ce qu’il pouvait faire pour la «grandeur d’Israël» et non de la France, dont il était un élu à la représentation nationale. Soyons charitable et ne mentionnons pas le cas du grand Rabbin de France, un plagiaire, Gilles Bernheim, de crainte de réveiller l’antisémitisme en France.

http://www.vanityfair.fr/actualites/france/articles/olivier-bouchara-confession-gilles-bernheim-ex-grand-rabbin-de-france/24867

Taisons le cas du fantasque BHL, théoricien du botulisme, également plagiaire. De même que sur le cas du non moins fantasque Bernard Kouchner, «doublement juif car à moitié juif», ainsi que le cas du fabulateur auto mutilé, le rabbin Guy Farhi, une des grandes figures du Mouvement Juif Libéral.

Passons sur le cas de l’instituteur auto agressé à Marseille Sylvain Tsion Saadoun (2015) contraignant toute une ville à porter la Kipa en signe de solidarité avec la fausse victime.

Laurent Fabius

Que dire de Laurent Fabius, petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations internationales sur le nucléaire iranien, un acte de forfaiture, qui conduira les États-Unis à mener des négociations secrètes avec l’Iran à Mascate (Sultanat d’Oman).

Georges Ibrahim Abdallah

Ne pas transposer le conflit israélo-arabe en France. Soit. Mais comment alors expliquer que Benyamin Netanyahou fasse pression sur Barack Obama et obtienne la libération de l’espion américain de confession juive Jonathan Polard et s’oppose à la libération par la France de Georges Ibrahim Abdallah, au delà de sa peine légale du militant libanais pro palestinien, alors que l’identité véritable du meurtrier des diplomates américains et israéliens vient d’être révélé ? Est ce parce que l’un est juif et l’autre arabe ?

Certes il y a eu l’ignoble supplice d’Ilan Halévy, torturé de manière sadique et tué par une bande criminogène animée par Youssouf Fofana, mais que dire de Said Bouarrach, vigile marocain tabassé à mot par une bande de quatre juifs et noyé dans le canal de l’Ourcq?

Que dire enfin sur les fric-frac et les micmac qui émaillent depuis des décennies la chronique judiciaire française de Samuel Flatto Sharon au scandale de la taxe carbone. Une escroquerie de l’ordre de plusieurs dizaines millions de dollars, surpassant la totalité du montant des dégâts résultant des infractions commises par la totalité des prisonniers arabes, africains, musulmans, chers à la comptabilité d’Eric Zemmour.

http://www.marianne.net/taxe-carbone-quatre-meurtres-premiere-arnaque-ecolo-100242712.html

Passons aussi sur le cas d’Arno Klarsfeld déjà évoqué et attardons nous sur d’autres cas :

Meyer Habib

Ancien du mouvement radical Betar, impliqué en 1988 dans l’attaque par l’«Organisation juive de combat» de la fête de commémoration de Jeanne d’Arc le 8 mai 1988, faisant 8 blessés, dont deux fonctionnaires de police, ce représentant du Likoud en France a t-il droit de siéger au sein de la représentation nationale française, au titre de la 8eme circonscription des Français établis hors de France, sous l’étiquette de l’UDI ? Une étiquette centriste pour ce représentant d’un parti ultra droitier ?

Ne transposons pas le conflit israélo-palestinien en France quand bien même David Ben Gourion, le père de l’armée israélienne, dispose d’une splendide esplanade dans l’un des quartiers les plus huppés de Paris, qu’Itzhack Rabin dispose de deux majestueuses places à Paris, -la place Fontenoy, devant l’Unesco et les jardins de Bercy-, alors que son alter ego palestinien «Prix Nobel de la Paix», Yasser Arafat, ne dispose de rien, tout au plus d’une miette, pâté d’alouette, une minuscule place à la mémoire du poète Mahmoud Darwiche, sur les quais de la Seine, coincée entre des monuments historiques, en guise de solde de tout compte.

Lisez bien : Ne transposez pas le conflit israélo-palestinien en France quand bien même un important lobby israélien opère depuis Bruxelles sur le théâtre de l’Union européenne, dans une flagrante ingérence de la vie politique interne des États membres, transformant l’ensemble européen en Far West aux manœuvres de déstabilisation israélienne; Quand bien même un diplomate israélien en poste à Londres a travaillé au cœur du Parti travailliste pour mettre à mal le leadership de son chef James Corbin.

Quand bien même ce même diplomate, Shai Masot, qui se décrit lui-même comme un officier des forces de défense israéliennes et travaille en tant que haut responsable politique à l’ambassade israélienne de Londres, a été enregistré par un journaliste de la chaîne qatarienne Al Jazira en train d’évoquer la façon dont il comptait «se débarrasser» de députés britanniques indésirables vis-à-vis des positions politiques israéliennes.

Ne transposez pas le conflit israélo-palestinien. Seuls les Israéliens et les Français y ont droit, pas les Arabes, des «sous hommes» selon l’expression fleurie d’un socialiste, encore un, Georges Frêche, ancien député maire de Montpellier.
Pour aller plus loin su ce thème :

http://www.pourlapalestine.be/le-lobby-israelien-lunion-europeenne/

Comment un diplomate israélien a travaillé au cœur du Parti travailliste pour mettre à mal Corbyn :

http://www.middleeasteye.net/fr/reportages/comment-un-diplomate-isra-lien-travaill-au-c-ur-du-parti-travailliste

Le complexe de Vichy

En raison de la collaboration dont ont fait preuve les autorités françaises avec le régime nazi, durant la 2e guerre mondiale (1939-1945), et de leur contribution à la déportation des Juifs de France vers les camps de concentration, l’antisémitisme est un sujet sensible en France. Accusation infamante, elle condamne quiconque en est l’objet à une sorte d’ostracisme

L’accusation d’«anti-sémitisme» est en quelque sorte l’arme de destruction massive absolue et équivaut à une condamnation absolue. Elle constitue l’arme de dissuasion par excellence pour neutraliser toute critique à l´égard de la politique israélienne. Mais à force de la brandir à chaque bout de champ, il est à craindre quelle ne perde de son efficacité.

De la même manière, à force de vouloir substituer l’islamophobie à la judéophobie pour se dédouaner de l’antisémitisme traditionnel récurrent à la société française, il est aussi à craindre que ne se perpétue une autre forme de racisme, également hideuse, également condamnable.

A y regarder de près, la proposition de Caroline Yadan pourrait s’apparenter à une captation d’imaginaire, une captation d’héritage.

Qu’il est malsain d’activer une concurrence mémorielle. A Trop vouloir touiller dans le mauvais sens les remugles de l’histoire l’on s’expose parfois à des éclaboussures.

Illustration

AFP – SEBASTIEN BOZON