Thursday, July 29, 2021
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Les fadaises de Boris Johnson sur l’Islam 1/2

By René Naba , in Actualités Analyse Europe International , at 15 juin 2021

Le Royaume-Uni, jadis plate forme de la reconquête de l’Europe de l’Allemagne nazie, a largué les amarres et pris le large dans un monde devenu insaisissable, sacrifiant la City un domaine où Londres est un leader mondial, au terme d’un cycle de négociations où il aura joué de la malchance pour sa première année post-Brexit. Boris Johnson, l’artisan de la sortie de son pays de l’Union Européenne, il y a un an, en janvier 2020, a été terrassé par le coronavirus, et hospitalisé en soins intensifs, quatre mois plus tard en avril 2020.

Dans la foulée, le Royaume-Uni s’est hissé au premier rang au niveau européen pour son bilan morbide de cette pandémie qui explique l’empressement de son gouvernement à être le premier pays occidental à vacciner sa population. Pis, la nouvelle souche Covid développée sur son territoire a provoqué une mise en quarantaine du Royaume-Uni lors des fêtes d’année 2020 par le reste du monde, tel un effet boomerang qui signe le retour à l’envoyeur de ce chamboulement stratégique dans la construction européenne.

De surcroît, la défaite électorale du président américain Donald Trump pourrait en outre fragiliser la longévité politique de son clone britannique, désormais privé de son principal soutien.

Retour sur un aspect méconnu de ce personnage, dont le papa a sollicité la nationalité française en signe de défiance à l’égard de la politique de son fils, le champion du Brexit.

Boris Johnson a assuré que l’islam a laissé le monde musulman «arriéré de plusieurs siècles», dans une annexe jointe à une nouvelle édition de son livre de 2006 sur l’empire romain, «The Dream of Rome», suscitant un tollé non seulement au Royaume Uni mais également dans le monde musulman.
Le premier ministre britannique, grand vainqueur des élections législatives britanniques du 12 Décembre 2019, a expliqué que l’islam était quelque chose qui entravait le développement dans certaines parties du globe et que, par conséquent, le «grief musulman» était un facteur dans presque tous les conflits [anglais grievance, sentiment d’injustice].

L’argument de Johnson a été décrit comme déconcertant et problématique par «Tell Mama», qui surveille la haine anti-musulmane et, selon lequel, le texte démontrerait un manque de compréhension de la religion.
Récidiviste, BOJO (son nom en abréviation), avait comparé, dans les colonnes du Telegraph, en 2019, les femmes portant la burqa à des «boîtes aux lettres» et à des «braqueurs de banque».

Dans un essai intitulé «And Then Came the Muslims», ajouté à l’édition 2007 de son livre, Boris Johnson écrit notamment:
«Il doit y avoir quelque chose à propos de l’Islam qui aide effectivement à expliquer pourquoi il n’y a pas eu de montée de la bourgeoisie, pas de capitalisme libéral et donc pas de propagation de la démocratie dans le monde musulman».
«Il est extraordinaire de penser que sous l’empire romain / byzantin, la ville de Constantinople avait gardé allumé le flambeau de la science pendant mille ans et que, sous la domination ottomane, la première imprimerie n’a pas été vue à Istanbul avant le milieu du XIXe siècle.»

Le leader du parti conservateur a écrit que l’inhibiteur du progrès était «un conservatisme religieux fatal» et que «plus le monde musulman était en retard, plus l’amertume et la confusion régnaient, au point que pratiquement toutes les poudrières du monde auxquelles vous pouviez penser, de la Bosnie à la Palestine en passant par l’Irak et le Cachemire, impliquent les griefs des musulmans».
Soit. Dont acte

Cet argumentaire gagnerait en pertinence s’il apportait un éclairage sur la contribution du Royaume Uni à la régression du monde arabe et musulman et à son maintien en état de dépendance.

Revue de détails des turpitudes britanniques pour compléter la formation académique de BOJO

Primo: Palestine: La promesse Balfour, la plus grande imposture du XX e siècle.

La promesse Balfour est une promesse faite, le 2 novembre 1917, par le ministre anglais des Affaires étrangères Arthur James Balfour à Lord Walther Rothschild d’aménager un «Foyer National Juif en Palestine».
Arthur Koestler, un écrivain nullement suspecté d’antisémitisme, en tirera un accablant constat qui se passe de commentaires: «Pour la première fois dans l’histoire, écrira cet auteur hongrois anticommuniste philo sioniste, «une nation promet solennellement à une autre (nation en gestation) le territoire d’une troisième nation» (1).

Une fraction de la Palestine est promise aux Juifs non pour les dédommager des atrocités commises à leur égard par les Palestiniens ou les Arabes, mais en compensation des persécutions qu’ils ont eu à subir en Europe.
En fait une «compensation sur bien d’autrui», qui débouche sur une perversion triangulaire, car comme cela se dit vulgairement, c’est à dire dans le langage populaire, «on les dédommage sur le dos de la bête».

Mais au-delà des considérations bibliques, la création d’une entité occidentale au cœur du Monde arabe à l’intersection de sa rive asiatique et de sa rive africaine, a scellé la rupture définitive de la continuité territoriale de l’espace national arabe, la rupture du point d’articulation entre la voie continentale et la voie maritime de la «Route des Indes», la voie marchande des caravanes reliant le couloir syro-palestinien à son prolongement égyptien, une rupture stratégique du continuum au point de confluence des voies d’eau arabes (le Jourdain, le Yarmouk, le Hasbani et le Zahrani) et de ses gisements pétroliers, source de sa richesse, de son décollage économique et de sa puissance future.

L’honneur des Européens aurait été, non de se livrer à des guerres de religion mais de cultiver la tolérance au sein des composantes de leurs populations, au-delà des clivages religieux, plutôt que de sous traiter au Monde arabe l’antisémitisme récurrent de la société occidentale.
Cf à ce propos le livre d’ Ofra Yeshua-Lyth: «Pourquoi un État juif n’est pas une bonne idée” (préface d’Ilan Pappé)

Deuxio : Les avatars des Hachémites «agents des Anglais» et meilleur allié souterrain d’Israël avec le Maroc.

Le Royaume Uni a exercé son hégémonie pendant des siècles sur une large fraction du Monde musulman, particulièrement sur la zone pétrolifère du Golfe, pendant plusieurs siècles, détrônant les uns pour leur substituer d’autres, procédant aux découpages territoriaux en fonction de ses impératifs stratégiques, sans la moindre protestation de ces pantins désarticulés et manipulés.

Promettant aux Hachémites la constitution d’un «grand royaume arabe» en contrepartie de la participation des Arabes à la guerre contre la Turquie, lors de la première Guerre Mondiale, tout en promettant en catimini un état potentiel aux Juifs en Palestine, le Royaume Uni a atteint sur ce point là un degré de duplicité jamais atteint à ce jour.

La fin tragiquement accidentelle du colonel T.E Lawrence, la cheville ouvrière britannique dans la zone, en témoigne.

Pour aller plus loin, cf à ce sujet les relations de la dynastie wahhabite avec les Anglais 1 er volet

Et avec la dynastie hachémite

En compensation de la destitution du Chérif Hussein de la Mecque et de la cession aux Wahhabites du Hedjaz, berceau de l’Islam, la Grande Bretagne aménagera aux Hachémites trois trônes: Damas, Bagdad, et Amman. Deux d’entre eux ont été abolis -Damas et Bagdad- et sur les trois rois, deux ont été assassinés, Abdallah I de Jordanie, en 1951, et Faysal II d’Irak, en 1958. Non pas pas tant par des obscurantistes musulmans, -mais par des nationalistes arabes, syriens d’une part, irakiens d’autre part, sunnites et chiites confondus-, outrés du fait que leurs monarques respectifs étaient «agents des Anglais».
De ce legs colonial de trois royaumes ne subsiste que le royaume de Jordanie, le meilleur allié souterrain d’Israël dans le Monde arabe, au même titre que le Maroc, un autre descendant chérifien.

Tertio : Les pétromonarchies du golfe.

A l’instar des wahhabites, redevables pourtant aux Anglais du trône saoudien, les pétromonarchies du Golfe sont passées sans coup férir du protectorat britannique à l’hégémonie américaine, dont l’indépendance de surcroît a été octroyée et non conquise, dont la servitude s’est accentuée avec l’aménagement de bases militaires anglo saxonnes sur la totalité de l’ancienne Côte des Pirates.

Ainsi donc BO JO s’autorise à décréter: «Il doit y avoir quelque chose à propos de l’islam qui aide effectivement à expliquer pourquoi il n’y a pas eu de montée de la bourgeoisie, pas de capitalisme libéral et donc pas de propagation de la démocratie dans le monde musulman».
S’il n’y a pas eu de «montée de la bourgeoisie, donc pas de capitalisme libéral et donc pas de démocratie dans le Monde musulman», c’est tout bonnement pour la simple raison que, sous l’égide du capitalisme sauvage anglo américain, pilleur des richesses du tiers monde, il s’est constitué dans le Monde musulman une ploutocratie à l’image de ses maîtres anglo -saxons.

Et la présence d’importantes bases militaires à Manama, point d’ancrage de la Ve flotte américaine dans la zone Golfe persique-Océan indien; à Doha, la base du Centcom d’Aydid; à Abou Dhabi la base aéronavale française; ainsi que la base aéro-navale britannique de Massirah (Sultanat d’Oman), n’avaient pas vocation à favoriser la démocratie, mais à brider toute contestation populaire contre les dirigeants corrompus et incompétents, réticents à «L’Islam des lumières» préconisé par Gisèle Littman-Orebi, une essayiste britannique, juive d’origine égyptienne, dont le nom de plume Bat Ye’or signifie «fille du Nil» en hébreu, auteure de l’ouvrage «Eurabia, Islam and Dhimmitude» et inspiratrice et Anders Behring Breivik, l’auteur des attentats de Norvège, juillet 2011.

Quatro : Irak-Bahreïn

Au mépris des principes de la démocratie, dont le Royaume Uni se targue d’en être l’un des plus anciens adeptes, Londres a dévolu le pouvoir tant à Bagdad qu’à Manama à la fraction minoritaire de la population musulmane, les sunnites, au détriment des Chiites, largement majoritaires dans ces deux pays; au mépris du principe de la démocratie participative, générant un autoritarisme répressif de la minorité sunnite à l’encontre de la majorité chiite. La dynastie Khalifa peut ainsi réprimer à loisir son peuple avec la connivence des «grandes démocraties occidentales».
Parmi tant d’autres causes, le choix britannique n’a pas favorisé la promotion de la démocratie dans le Monde arabe. Force est d’admettre qu’en la matière l’option britannique a été prépondérante.

Épargnons aux lecteurs les turpitudes britanniques de l’époque contemporaine, présentes encore dans leur mémoire. De l’agression tripartite de l’Égypte, en 1956 contre Gamal Abdel Nasser, le chef du combat nationaliste arabe, dans une conjuration de cloportes groupant les deux anciens colonisateurs du Moyen Orient, le Royaume Uni et la France, et leur créature Israël.

Sans compter la participation britannique à la destruction de l’Irak, en 2003, sous l’égide du travailliste Tony Blair «le caniche anglais du président américain George Bush Jr.» ; la participation anglaise sous l’égide du conservateur David Cameron, en tandem avec le philo sioniste français Nicolas Sarkozy à la guerre de prédation économique du Monde arabe, la Libye, en 2011, puis la Syrie, en 2012, deux pays sans endettement extérieur.
Une guerre de prédation de concert avec la stigmatisation du métèque; une philosophie du mépris en dépit d’une importante contribution des peuples basanés, majoritairement musulmans à la défense de leurs colonisateurs anglais et français, durant les deux guerres mondiales du XX me siècle, fait rarissime dans l’histoire.

Cf à ce propos cet édifiant documentaire de la BBC: Les soldats musulmans oubliés de la Première Guerre Mondiale. https://www.bbc.com/afrique/monde-46180243

L’origine du mal ne réside pas tant dans l’Islam, mais dans le tour de prestidigitation britannique intronisant des corsaires de la Côte des pirates en roitelet de minuscules pétromonarchies, pantins désarticulés, agités, tels des automates, par un mouvement de prosternation permanente devant leurs anciens colonisateurs; des bédouins qui passent leur temps à dérouler les tapis rouge à leurs anciens et nouveaux maîtres, quand ceux -ci les foulent au pied de leur mépris.
«L’ignorance ne s’apprend pas». Ce constat de Pascal s’applique pleinement à BOJO.

Autrement dit, Boris Johnson est un ignorant qui ignore son degré d’ignorance, dont il s’en sert pour draper son ignorance par un prétendu savoir. Un fanfaron.
Voilà pourquoi et comment la Russie a supplanté subrepticement les anciens maîtres du Monde anglo-saxons dans leur ancienne chasse gardée. Sans la moindre tartarinade.

Lecture à conseiller à BOJO pour combler sa culture lacunaire quand viendra l’heure de sa retraite politique: Jack Goody: «Le vol de l’histoire ou Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde» – Folio Histoire.

Référence

1 – «Les cent clés du proche Orient» Alain Gresh et Dominique Vidal/ Éditions l’Atelier.

Lecture

A propos de Boris Johnson, un des artisans de la sortie du Royaume Uni de l’Union Européenne, pour aller plus loin sur un aspect méconnu de l’Europe. La transformation radicale de l’arsenal juridique du sport du fait de l’UE. Un ouvrage de Me Michel Pautot, spécialiste du Droit de Sport, sur les nouvelles règles de jeu instaurées par la construction européenne.

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