Wednesday, April 24, 2024
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Riad Salamé, le géant de la finance, un boursicoteur tortueux 2/2

Riad Salamé, le géant de la finance, un boursicoteur tortueux 2/2 Ce papier est co-publié avec 2 A Magazine, La…

By René Naba , in Liban Portrait , at 20 octobre 2023

Riad Salamé, le géant de la finance, un boursicoteur tortueux 2/2

Ce papier est co-publié avec 2 A Magazine, La Voix des Non Alignés

  1. Jamal Khaddam, héritier parasitaire de son père le vice président syrien, Abdel Halim Khaddam, un vampire du Liban
  2. Le seigneuriage de la Banque du Liban , un jackpot gagnant permanent.

Le verbatim des procès verbaux des câbles wikileaks à propos des entretiens de Riad Salamé avec les ambassadeurs des États Unis au Liban

Le journal libanais Al Akhbar a publié en date du 8 Mars 2023 les câbles  wikileaks concernant les procès verbaux des entretiens de Riad Salamé avec deux ambassadeurs des États Unis au Liban, Jeffrey Feltman et sa successeure Michelle J. Sisson, entre 2006 et 2009, une période marquée par la «Révolution colorée» impulsée par les ONG américaines au Liban, dans la foulée de l’assassinat  de l’ancien premier ministre Rafic Hariri et le retrait consécutif de l’armée syrienne du Liban.

A la lecture de ces câbles, Riad Salamé apparaît désarmé, sans défense, dénudé –le terme mentionné dans la dépêche est «nu»– devant ses interlocuteurs américains, aux antipodes de la crainte révérencieuse qu’il inspirait à ses interlocuteurs libanais du fait précisément de sa connivence avec les Américains et les Français.

Les Américains étaient parfaitement au courant des montages financiers dans leurs moindres détails du Gouverneur et de ses pratiques corruptives.

Riad Salamé a ainsi eu 4 rencontres avec Jeffrey Feltman et Michelle J.  Sisson en 2006, 5 en 2007, 2 en 2008, 1 en 2009. Soit 12 entretiens en trois ans, à raison d’un entretien par trimestre en moyenne. En 2006-2007, Jeffrey Feltman nourrissait de vives suspicions envers Riad Salamé. En revanche, la confiance régnait entre le gouverneur et Michelle J. Sisson.

La période Jeffrey Feltman

Avant d’être nommé ambassadeur au Liban, Jeffrey Feltman s’était engagé comme volontaire pour servir au bureau de l’autorité temporaire de la direction de l’Irak mise en place par la coalition dans Erbil, dans le nord kurdophone d’Irak, de janvier à avril 2004, dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak.

Avant son travail en Irak, il était en poste  au consulat général des États-Unis à Jérusalem, où il a servi d’abord comme adjoint (août 2001 à novembre 2002) et puis comme titulaire du poste à titre temporaire (novembre 2002 à décembre 2003).

Au Liban, il a opéré en tandem avec l’ambassadeur de France à Beyrouth, Bernard Emié,  en vue de la mise sur pied du Tribunal Spécial sur le Liban TSL  ou tribunal hariri.

https://www.renenaba.com/le-tribunal-special-sur-le-liban-une-justice-sous-influence/7

Jeffrey Feltman fait état dans ses PV des doutes qu’il nourrit envers le prétendu «génie» de Riad Salamé et son «honorabilité». Mais ces vives préventions n’empêchent pas l’américain, diplomatie oblige, de rendre hommage aux efforts du gouverneur de la Banque centrale libanaise.

Riad Salamé se présente comme dirigeant un organisme quasi totalement indépendant du pouvoir politique, assumant  un rôle indispensable allant bien au-delà de ses attributions.

Riad Salamé a, à diverses reprises, laissé entendre qu’il était la cible potentielle d’un attentat mais qu’il ne nourrissait aucune ambition présidentielle, tout en suggérant néanmoins aux responsables américains, particulièrement aux délégués du Trésor qu’il serait un président acceptable dont la loyauté sera à toute épreuve à l’égard des Etats Unis.

Riad Salamé n’a cessé de dresser ses interlocuteurs américains contre le Président Emile Lahoud, le Hezbollah et la Syrie. Il ira jusqu’à suggérer à Jeffrey Feltman de conseiller à Israël de limiter ses bombardements au Sud-Liban, à forte composante chiite, et d’épargner ainsi les autres régions libanaises, à forte majorité chrétienne ou musulmane sunnite.

Pour aller plus loin sur ce thème, cf ce lien

https://www.renenaba.com/chretiens-dorient-le-singulier-destin-des-chretiens-arabes-2/

Le plaidoyer pour la privatisation, particulièrement du réseau cellulaire libanais

Entretien du 10 Mars 2006 Cable N0 6 Beirut 1470. La privatisation est la solution à toutes les difficultés économiques libanaises, plaide Riad Salamé auprès de Jeffrey Feltman.

La privatisation des services publics, particulièrement du réseau cellulaire libanais, est  la seule solution possible aux difficultés libanaises, dit-il.

Le gouverneur soumet à l’ambassadeur américain une procédure visant à masquer aux libanais la teneur des rapports des organismes financiers internationaux. A titre d’exemple, il assure qu’il ne portera pas à la connaissance des banques libanaises le rapport confidentiel du Fonds Monétaire International sur la situation financière du Liban

Toutefois, sans craindre la contradiction, le promoteur des taux spéculatifs donne raison aux détenteurs de capitaux et aux banques dans leur opposition aux mesures gouvernementales visant à augmenter de deux points le taux de prélèvement sur les plus values de 5 à 7 pour cent.

A propos du Budget 2006, Riad Salamé, laconique: «Le déficit va augmenter de 1,6 à 1,7 milliards de dollars.

Procès verbal du 7 Août 2006, Document Beirut 2351 N°6 coïncidant avec la fin de l’agression israélienne contre le Liban

Riad Salamé s’attribue le mérite d’avoir évité au Liban une catastrophe financière grâce à ses montages financiers.

Le gouverneur recommande à l’ambassadeur des Etats-Unis de créer un «fonds commun indépendant, placé sous la supervision des pays donateurs» pour gérer l’aide internationale octroyée au Liban en vue de réparer les dégâts causés par l’agression israélienne.

Pour ce faire, il déclare avoir recommandé au premier ministre Fouad Siniora de désigner deux organismes habilités exclusivement à recevoir les dons: Le Conseil de Reconstruction et du Développement et le Fonds d’aide aux personnes déplacées. Ces deux fonds ont été fondés, comme de juste, par Rafic Hariri, le mentor commun à Fouad Siniora et Riad Salamé. Riad Salamé met à profit ce nouvel entretien avec Jeffrey Feltman pour avancer ses pions en se livrant à une critique sournoise du président de la République libanaise, Emile Lahoud.

Jeffrey Feltman note à ce propos: «Riad Salamé masque difficilement ses ambitions présidentielles et estime qu’une nouvelle résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU contraignantes pour le Liban, à la fin des hostilités, affaiblirait la Syrie et accroîtrait l’isolement du président Emile Lahoud.

Mais le fait saillant revélateur de la personnalité du gouverneur est son exclamation devant l’ambassadeur américain: «La chose la plus stupide à laquelle se sont livrés les Israéliens est le bombardement, le 4 août 2006, du pont de Jounieh, dans le secteur chrétien du Liban, au lieu de circonscrire leur pillonage au sud du Liban, à majorité chiite.

Document 3656 N06 18 octobre 2006

La défense acharnée des banques privées libanaises

Riad Salamé se livre à une défense acharnée des banques privées au détriment des intérêts supérieurs de l’Etat libanais.

Jeremy Feltman note à ce propos: «Salamé a minimisé le rôle des banques commerciales dans l’allégement de la dette publique libanaise. Il n’apporte toutefois pas son soutien au programme du FMI en raison des réactions qu’il pourrait susciter».

L’ambassadeur américain s’enquiert alors auprès du gouverneur de la Banque centrale libanaise de la contribution des banques commerciales libanaises à l’allégement de la dette libanaise.

Salamé déconseille la participation des banques commerciales libanaises à la conférence de Paris sur le reprofilage de la dette libanaise. «Contrairement à ce qui s’est passé à la conférence de Paris du 2 Novembre 2002, les banques commerciales ne doivent pas y participer cette fois », répond-il laconique, sans doute pour les maintenir dans l’ignorance des tractations.

Document Beirut 11 N07  / 31 Décembre 2007

Cette note résume les entretiens de Jeffrey Feltman avec deux anciens ministres, MM Jihad Azour et Sami Haddad, notamment sur les relations de leur ministère avec la Banque Centrale.

Haut fonctionnaire du FMI, Jihad Azour, ministre des finances de 2005 à 2008, a mis en route un vaste chantier de réformes économiques et financières qui a permis au Liban de retrouver une forte croissance.

Jeffrey Feltman note: «Des rumeurs circulent au Sérail (siège du gouvernement) selon lesquelles Riad Salamé envisage,  d’une manière ou d’une autre, de tirer profit de la conférence internationale de Paris des pays donateurs…. De la même manière qu’il a profité de Paris 2.

Jeffrey Feltman précise sa pensée: La Banque centrale emprunte à un taux modéré et accorde des crédits à l’Etat à des prix plus élevés, engrangeant ainsi une plus value sur la transaction.

Priorité à l’intérêt des Banques – 5 Février 2007 document Beirut 192 N° 7.

Compte rendu de l’attaché économique de l’ambassade américaine à propos d’un entretien Feltman-Salamé.

  1. Feltman: «Salamé envisage de rembourser les eurobonds arrivés à échéance, y compris ceux déposés sur son propre compte. Il se propose de régler une première tranche d’un milliard de dollar arrivant à échéance le 26 février… Salamé n’a pas cherché, jusqu’à présent, à juguler l’inflation. Il se propose d’utiliser la quote-part des bénéfices du gouvernement, d’une valeur d’1,5 milliards de dollars pour honorer les créances internationales de la Banque Centrale.

Une euro-obligation (souvent mentionnée sous l’appellation anglaise eurobond) est une obligation libellée dans une monnaie différente de celle du pays (ou du marché) dans lequel elle est émise. Par exemple, une obligation en dollar émise sur le marché européen.

La Banque Centrale a renoncé à 150 millions de dollars par an de gains générés par les intérêts du capital. Mais, en compensation il veut faire supporter au ministère des finances des charges supplémentaires pour compenser ses sacrifices.

En complément du rapport de l’attaché économique, Feltman note: Le secteur des banques commerciales au Liban a enregistré un gain de 450 millions de dollars en 2005. Salamé pense qu’il pourra absorber 100 millions de dollars des gains des banques… La Banque centrale a ainsi mis en vente progressivement ses biens fonciers, cédant son plus important bien immobilier, le Coral Beach, en liquidant dans la foulée la BLC (Banque Libanaise pour le Commerce).

Salamé : Je suis la référence

Document 7 Beirut 381- 14 Mars 2007

Salamé fait état de ses appréhensions au sujet du  nouveau plan du FMI.

«En fait, bon nombre de ses objections reflètent son souci de renforcer le rôle de la Banque centrale, déjà fort en lui-même, dans l’économie libanaise. Salamé pense que du point de vue juridique il est seul en mesure de contraindre le Liban à souscrire aux engagements qu’il a contractés auprès du FMI. Son objectif est que le FMI reconnaisse son pouvoir en ce domaine.

Les télécommunications: la caverne d’Ali Baba

Document N° 7 Beirut 1208 7 Août 2007

Salamé révèle à Feltman que les dirigeants du 14 Mars, coalition pro occidentale libanaise, réservent un traitement préférentiel à leurs partisans dans leur zone de déploiement en leur concédant des communications illégales.

Il en est de  même  dans la banlieue sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah. Tirant argument de ce fait, Salamé relance son projet de privatisation du réseau de téléphonie cellulaire.

L’Alliance du 14-Mars (2005) est une coalition politique libanaise regroupant les personnalités et mouvements politiques qui ont pris part à la révolution du Cèdre à la suite de l’assassinat, le 14 février 2005, de l’ancien Premier ministre Rafiq Hariri

Feltman décrypte ainsi la pensée de Salamé:  Salamé a déploré la décision de l’office des télécommunications de lancer un appel d’offres pour l’acquisition des réseaux de téléphonie cellulaire, suggérant que l’Etat mette plutôt en vente son propre réseau téléphonique…. Une manière déguisée de privatiser le réseau public des télécommunications, par extension du domaine privé des télécommunications.

Si je suis assassiné, le vice président, un chiite proche du Hezbollah, sera Gouverneur de la Banque Centrale

Document N°7 Beirut 1713 1 er Novembre 2007

Riad Salamé fait état de sa crainte quant à sa sécurité personnelle, suggérant que sa sécurité relevait de l’intérêt des Américains.

Feltman note à ce propos: Salamé a révélé qu’il transportait à la fin de sa journée de travail des disquettes de son ordinateur, ce qui lui permettait de faire fonctionner à distance la Banque centrale, à tout moment, en tout lieu. Il n’éprouve aucune crainte pour l’argent entreposé à la Banque car sa signature, seule compte.

Feltman poursuit: Riad Salamé signale au passage des problèmes liés à sa sécurité personnelle. S’il est assassiné, le 1 er vice-gouverneur de la Banque, un chiite lié à Nabih Berry, président de la chambre des députés, et au Hezbollah, devient ipso facto le Gouverneur de la Banque.

Feltman en déduit: L’hypothèse soulevée par Riad Salamé en cas de son assassinat- l’arrivée d’un chiite à la tête de la Banque Centrale- est un motif d’inquiétude.

La Séquence Michelle J. Sisson

Document N°8 Beirut 1619 12 octobre 200

Entretien de Riad Salamé avec le vice-ministre du Trésor Howard Mendelsohn, en présence de Michelle Sisson

Salamé se déclare pleinement disposé à coopérer avec les mesures prises par les Etats Unis en vue de renforcer la surveillance du mouvement des capitaux ainsi que les activités bancaires au Liban.

Michelle Sisson:  Salamé a mis l’accent sur les efforts déployés par la Banque Centrale en vue de se conformer à la réglementation internationale concernant les activités bancaires. La Banque Centrale dispose dans ses registres de la liste  des clients dont le dépôt excède 10.000 dollars et des mouvements de leurs capitaux.

Salamé et Mendelsohn conviennent alors de se concerter dans les plus brefs délais dans l’hypothèse où un financement illégal était détecté par un déposant. Salamé a donné l’assurance qu’un compte bancaire peut être fermé instantanément, dès lors qu’un financement illégal était constaté.

Privatisation de la MEA

Salamé recommande que les réformes portent sur deux domaines: la privatisation de la MEA (Middle East Airlines), la compagnie aérienne libanaise, et le réseau de téléphonie cellulaire.

Le gouverneur a toutefois admis que les choses n’évoluaient pas dans le sens qu’il souhaitait. Il était prévu de proposer à la vente au public 25 pour cent des actions de la MEA, mais la réalité  du marché financier libanais a contraint les pouvoirs publics à retarder cette opération.

L’endettement, le plus court chemin

Document N°8 Beirut 268 19 Février 2008

Salamé insiste auprès de Sisson sur la nécessité d’attirer au Liban les dépôts étrangers, de même que des crédits.

Michelle Sisson relève une différence de 3 milliards de dollars entre l’argent disponible et l’argent souhaité: «Par rapport au gouvernement libanais, un trou financier de 3 milliards de dollars subsiste entre l’argent disponible et l’argent souhaité. Et l’intérêt du capital s’élève à 1, 3 milliards de dollars, relève-t-elle.

Ce à quoi Salamé rétorque: Pour cette raison, j’ai demandé au premier ministre de réclamer le dépôt de capitaux étrangers au Liban (pour combler le différentiel  avec l’apport d’argent frais de l’étranger en somme).

Oui à Rafic Hariri, Non à Fouad Siniora

Document N° 9 Beirut 290 15 août 2009

Riad Salamé s’applique à promouvoir la candidature de Saad Hariri à la tête d’un gouvernement de technocrates, critiquant ouvertement Fouad Siniora, premier ministre en exercice.

Sisson: Salamé pense que le premier ministre désigné Saad Hariri est suffisamment intelligent pour prendre son temps en vue de former un gouvernement et que Hariri Jr est favorable aux réformes, de même qu’au commerce. Salamé exprime toutefois la crainte que la classe politique libanaise ne soit pas favorable aux réformes, plaidant une nouvelle fois pour la privatisation des services publics.

Salamé vante la flexibilité du secteur privé libanais, mais exprime toutefois des regrets sur le fait que depuis l’arrivée de Fouad Siniora à la tête du gouvernement libanais, en 2005, le déficit annuel des finances publiques s’est élevé à 3 milliards de dollars par an, en moyenne…….. Nous (américains) qui pratiquons de longue date les dirigeants libanais estimons que Riad Salamé est parfaitement en phase avec nous. Un de nos plus grands alliés pour favoriser les réformes, assure Sisson.

Les manipulations autour de la Livre libanaise: Riad Salamé, un traître à Rafic Hariri

Document Beirut 1424 N°7 16 Septembre

Dans de nombreux documents, J. Feltman fait clairement mention des jongleries financières de Riad Salamé, particulièrement en ce qui concerne la dette extérieure. Le gouverneur, a été, paradoxalement, un «traître» à son bienfaiteur Rafic Hariri à qui est redevable de son poste de gouverneur.

Feltman: Salamé a été perçu comme un traître à Rafic Hariri en 2004. Salamé a œuvré avec le président Emile Lahoud pour rééchelonner, avant terme, la dette extérieure libanaise, en contrepartie de taux élevés, dont ses amis banquiers auront été les grands bénéficiaires. Rafic Hariri avait conçu un plan pour tirer partie de la crise financière afin de mener une guerre silencieuse contre la prolongation du mandat d’Emile Lahoud.

L’impression de Feltman a été confirmée par deux anciens ministres des finances, Jihad Azour et Sami Haddad,

Document Beirut 794 N°7 – 4 juin 2007

Se référant aux propos des deux anciens ministres précités, Feltman explique l’opération en ces termes:

«Rafic Hariri voulait tirer profit de la concordance des calendriers entre le reprofilage de la dette publique libanaise et l’élection présidentielle pour prouver sa capacité à maîtriser la situation financière. Mais le mécanisme financier mis au point par Salamé, à l’insu de Hariri, a privé le premier ministre de toute possibilité d’action en ce domaine.

Rapportant les propos de Marwane Hamadé, ancien ministre et homme lige de Rafic Hariri, Feltman précise: Hamadé nous a confirmé que Hariri envisageait la question monétaire comme un instrument de pression contre Lahoud.

Commentaire de Feltman: Salamé a vaincu Hariri en utilisant l’arme financière contre le Premier ministre… La Banque Centrale emprunte au taux du marché et prête au gouvernement à des taux élevés.

Document N° 352 N° 7- 7 Mars 2007

Riad Salamé  en faveur de la ploutocratie

Durant sa mandature, le gouverneur de la Banque du Liban s’est livré à des innovations financières pour maintenir la stabilité financière. Il a soutenu les banques afin qu’elles contribuent à la stabilité de la Livre libanaise et à la constitution de réserves en devises. Sa politique a abouti à un transfert important d’argent du gouvernement vers les banques privées libanaises.

Salamé a utilisé son expérience pour aider Rafic Hariri, lorsque le milliardaire libano saoudien a voulu prolonger la mandature d’Elias Hraoui. Le marché financier s’est trouvé sous pression.

La Banque Centrale a alors injecté deux milliards de dollars, augmentant les taux d’intérêt des Bons du Trésor de 40 pour cent.

Dans la décennie 1990, poursuit Feltman, Les banques libanaises parmi lesquelles la Banque Méditerranée, propriété de Rafic Hariri, ont comploté contre la Livre libanaise, qui s’est effondrée s’échangeant  alors, à 3000 LL pour un dollar, en avril 1999, soit à 6 mois de l’arrivée au pouvoir du milliardaire saoudo libanais. Ce qui a provoqué la chute du gouvernement d’Omar Karamé

Ci joint la version édulcorée du journal Le Monde sur un aspect peu glorieux d’un premier ministre qui complote contre la monnaie nationale de son pays

Le seigneuriage de la Banque centrale, un jackpot gagnant permanent

La monnaie libanaise, un jackpot pour Raja Salamé, le frère de…

Document Beirut 352 N° 7 7 Mars 2007

Raja Salamé prélève une commission chaque fois qu’il est fait usage de la planche à billet…. de même que Jamal Khaddam, fils d’Abdel Halim Khaddam, vice-président de la République syrienne et proconsul syrien au Liban.

Le rapport d’Alvarez & Marsal pointe du doigt le seigneuriage par le gouverneur de la BDL Riad Salamé comme l’une des causes de la crise financière et de l’effondrement de la livre libanaise

Le seigneuriage désigne généralement les revenus générés par la différence entre les coûts de production et de distribution d’une monnaie nationale et la valeur nominale de celle-ci. Toutefois, le seigneuriage est la somme de ces deux types de seigneuriage, bancaire et monétaire. Le seigneuriage a été utilisé par Riad Salamé pour  masquer les pertes ponctuelles de la Banque centrale.

Entretien de J. Feltman avec Alain Bifani, ancien directeur général du ministère des Finances et Assad al Azhari, directeur de la Banque du Liban et de l’Outre Mer (BLOM).

Feltman note la vive admiration que vouent les banques libanaises envers Salamé et sa politique financière, de même que leur soutien à l’accession du gouverneur de la Banque du Liban à la présidence de la République.

En contrepoint, Feltman note les nombreux griefs et suspicions nourris à l’encontre de Salamé, notamment sur sa propre gestion et la gestion des membres de sa famille.

L’ambassadeur américain en déduit que Salamé a tiré profit des transactions concernant la dette du gouvernement libanais, notamment après la conférence de Paris 3.

Salamé a conclu un accord avec une firme canadienne pour l’impression des billets de la monnaie libanaise, dès la décennie 1990. c’est-à-dire dès sa nomination comme Gouverneur de la Banque du Liban.

RAJA, son frère, faisait partie intégrante de la transaction et percevait des commissions dès cette époque, de même que Jamal Khaddamn fils d’Abdel Halim Khaddam, vice -président de la République syrienne et ancien proconsul syrien au Liban.

Sibyllin, Feltman  conclut: «Et Comme la qualité du papier monnaie laissait à désirer», le recours à la planche à billet était fréquent avec les commissions y afférentes. Un véritable Jackpot.

Plus crûment Raja Salamé et Jamal Khaddam, si ces informations sont confirmées, auront vampirisé le Liban par leur ponction permanente sur la circulation fiduciaire.

Gageons que la France qui a intenté une action en justice contre un des deux vice présidents de la République syrienne, Rifa’at Al Assad, pour «enrichissement sans cause», engagera une nouvelle action judiciaire contre, cette fois, le fils du 2me vice président de la République syrienne, Jamal Khaddam, en vue de la «restitution de l’indu» des ponctions prélevées par l’héritier parasitaire sur la circulation fiduciaire libanaise.

Une action en justice destinée, en priorité, à rembourser au Liban les frais de fonctionnement du Tribunal Spécial sur le Liban, ou Tribunal Hariri, qui a coûté au budget libanais, la bagatelle d’un milliard de dollars. Du fait de la France et de la délirante théorie de son ancien ambassadeur à Beyrouth, Bernard Emié, sur la «responsabilité implicite de la Syrie et du Hezbollah» dans l’assassinat du milliardaire libano-saoudien.

Six pays européens enquêtent sur Riad Salamé et son frère Raja sur des allégations d’actes répréhensibles financiers. Il s’agit de la Suisse, de la France, du Luxembourg, de l’Allemagne, de la Belgique et du Liechtenstein. Ils s’intéressent à Forry, une société dirigée par Raja Salamé, avec laquelle la banque centrale a signé un contrat en 2002 pour vendre ses produits financiers, tels que des certificats de dépôt, des eurobonds et des bons du Trésor.

Les enquêteurs soupçonnent Forry, qui est enregistrée aux îles Vierges, d’être une société écran créée uniquement pour acheminer des fonds détournés vers l’Europe, où le gouverneur et son entourage possèdent des biens valant des millions de dollars.

Les enquêtes européennes n’ont pas encore porté plainte contre les Salamé et les frères ont nié toutes les accusations portées contre eux. En Février 2023, le juge libanais Raja Hammouch a inculpé Riad Salamé, son frère Raja et son assistante Marianne Howayek de détournement de fonds, de faux, d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent et de violation du droit fiscal, et a transféré l’affaire au premier juge d’instruction de Beyrouth, Charbel Bou Samra. Cette décision, basée sur une enquête de 18 mois, fait partie d’une enquête parallèle sur Forry ouverte au Liban en 2021.

Épilogue

S’impose à la lecture de ce verbatim, un constat d’une grande cruauté.

Sauf à être animé d’une reptation vibrionnaire, qu’un fonctionnaire d’autorité dénigre le président de son pays devant le représentant d’une puissance étrangère, lors d’un entretien officiel, traduit un grave dérèglement moral  constitutif d’un manquement à l’éthique de la fonction publique et à ce titre éminemment sanctionnable.

Sauf à être affligé d’une tare congénitale ou du complexe des «Exilés de Coblence», du nom de ces français monarchistes, qui s’allièrent avec les ennemis de la France pour combattre la révolution,  et désigner à la vindicte  de l’ennemi une composante essentielle de la nation, le Hezbollah, artisan de l’équilibre de la terreur avec la puissance atomique de la zone, forçant de surcroît son dégagement militaire du Liban sans négociation ni traité de paix, le contraignant en outre à une délimitation équilibrée des frontières maritimes, constitue, au delà du moindre doute,  un acte de haute trahison, passible d’une peine à perpétuité.

Sauf à considérer que seuls les Maronites sont pénétrés dans leur action des intérêts supérieurs de l’état et de la nation libanaise, qu’il brandisse, tel un croquemitaine, la perspective d’un chiite, Gouverneur de la Banque Centrale, vizir à la place du grand vizir, en mettant en cause, en sourdine, et sa loyauté et sa compétence, relève d’un racisme d’une grande abjection.

Gorgé de vanité, l’inamovible gouverneur se vivait tel un génie de la finance, alors qu’il s’est révélé être un boursicoteur tortueux, à l’instar de ses émules américains qu’il avait côtoyés du temps de son séjour dans une firme de courtage, dont il se pénétrera d’ailleurs de leurs travers, non de leur rigueur.

Son credo décliné, sans la moindre considération pour les intérêts supérieurs de la Nation, ni la moindre commisération pour ses compatriotes recrus d’épreuves, retentira, dans le tréfonds de la conscience nationale, –comme autant de variations sur le même thème du capitalisme sauvage le plus carnassier, s’articulant sur un seul mot d’ordre- l’unique mot d’ordre de la privatisation- sur fond de frénétiques spéculations boursières– en ce qu’il actait un crime absolu contre son pays, le Liban, et sa population, révélant à la face du Monde, la face hideuse d’un drôle de serviteur de l’état.

S’impose donc à la lecture de ce verbatim, un constat d’une grande cruauté: Le génie de la finance s’est révélé être un boursicoteur tortueux. Une limace  pathétique et pitoyable. Une limace pitoyable et pathétique. Un sinistre personnage.

Pour aller plus loin :

Illustration

Fred Dufour/AFP