La Syrie comme levier électoraliste

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La tétanie française.

La France envisage de tenir une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» en Syrie, le 10 décembre, en substitution au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro-monarchique, dans une tentative désespérée de se maintenir à flot sur le plan diplomatique, après une succession de revers retentissants sur la Syrie, à l’arrière plan d’un rare exemple de décomposition du pouvoir conduisant le président François Hollande à renoncer un nouveau mandat, fait sans précédent dans les annales de la Vème République.

Le renoncement de ce chef de guerre sur la scène internationale, en Syrie et au Mali, a retenti comme une captulation en rase campagne. Dans cette perspective, la conférence apparaît comme un lot de consolation d’un président en fin de mandat (Barack Obama) à un président en phase terminale d’un mandat crépusculaire.

Jamais pareil spectacle de tétanie au sommet de l’état ne s’est offert aux citoyens français, même au plus fort de la rivalité entre François Mitterrand et Jacques Chirac, lors de la 1 ère cohabitation socialo-gaulliste (1986-1988), ou de la rivalité inter-gaulliste entre le président Jacques Chirac et son ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy (2004-2006) ou encore au sein de la droite entre Jacques Chirac et Valéry Giscard d’Estaing (1976) ou enfin entre les socialistes François Mitterrand et Michel Rocard (1978-1980).

Cet exercice de la diplomatie française est d’autant plus frénétique qu’il se situe à proximité d’échéances électorales capitales, alors que François Hollande, dans les abîmes des sondages, a dû jeter l’éponge et que les principaux dirigeants de la droite française responsables de la guerre de Syrie, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, étaient projetés vers les oubliettes de l’Histoire à la faveur des primaires préliminaires à la campagne présidentielle de 2017.

La gauche, insensible aux risques de fragmentation, présentait 17 candidats aux suffrages des électeurs, en lice début décembre à la fin de la primaire de droite marquée par la victoire de François Fillon.

Le projet de conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» substitut au naufrage de l’opposition off shore syrienne pro monarchique

La Syrie paraît devoir constituer un levier électoraliste à connotation démagogique pour le pouvoir socialiste en France, à en juger par les démarches incessantes entreprises par le Quai d’Orsay, à proximité de la primaire socialiste devant désigner son prochain candidat aux élections présidentielles français du 22 avril 2017.

Le 20 octobre 2016, l’Élysée a ainsi réservé un accueil triomphal aux «Casques Blancs» opérant en Syrie dans une opération destinée, à la veille de l’attribution du Prix Nobel de la Paix, à conférer une visibilité accrue à une organisation financée par des organismes américains, opérant exclusivement dans les zones sous contrôle djihadiste.

Ci joint une étude allemande montrant que de nombreux « casques blancs » sont membres de groupes salafistes.

L’objectif sous-jacent était de signifier aux États Unis et à la Russie son mécontentement de sa mise à l’écart des négociations internationales sur la Syrie.

La nouvelle démarche française relève d’une séquence symbolique, marquée par le recueillement de François Hollande le 25 novembre sur la tombe du caporal Albert Chenouf, victime de Mohamad Merah dans le sud de la France, et par l’accueil le 1 er décembre du maire d’Alep.

Entre temps, la recomposition du paysage politique en Syrie, sous égide russe, a plongé dans la panique la diplomatie française, redoublant sa fureur, au point de faire capoter, via le chœur des islamophilistes de la blogosphère à sa dévotion, une conférence sur la Syrie qui devait se tenir au Mémorial de Caen, le 26 Novembre 2016.

Le camouflet russe a été d’autant plus cinglant que l’émissaire palestinien chargé de sonder pour le compte du Kremlin les divers protagonistes syriens sur la possibilité de tenir une conférence en Syrie même entre le pouvoir baasiste et l’opposition a pris soin de contourner l’escale de Paris.

Dans une tentative désespérée de remettre en selle la diplomatie française, dont elle est la roue dentée, Basma Kodmani, s’est fendue d’une interview à TELERAMA, dans laquelle l’ancienne porte-parole de l’opposition off shore syrienne, en tenue vert kaki, comme pour démontrer sa combativité, se déclarait disposée à «négocier avec la Russie», alors que Moscou n’en avait nullement l’intention, à tout le moins à ce stade des préparatifs.

Prenant acte de la déconfiture de l’opposition pro-monarchique syrienne, autrement dit l’alliance des forces obscurantistes parrainées par les pays les plus rétrogrades du Monde arabe, Paris a proposé la tenue d’une conférence des pays «refusant la logique de guerre totale» dans un curieux retournement de situation, qui place la France sur la défensive après avoir été en pointe dans la militarisation du conflit syrien par son soutien inconditionnelle et absolu au Qatar et à la Turquie, les protecteurs de la Confrérie des Frères Musulmans et des autres groupements djihadistes.

La conférence se tiendra en présence des pétromonarchies arabes du golfe, les bailleurs de fonds des djihadistes, des États Unis, leur protecteur, et des pays européens, traditionnelle roue dentée de la stratégie atlantiste, alors que de larges secteurs d’Alep Est, bastion des djihadistes, sont désormais sous le contrôle du pouvoir central.

Indice d’une politique aberrante, en six ans de guerre, la France a indirectement abondé la trésorerie de Jabhat An Nosra de 16 millions d’euros, à titre de rançon à la libération de quatre otages journalistes français. Avec en prime, à ce groupement terroriste, la caution de la «Patrie des Droits de l’homme», paradoxalement le pays européen le plus sinistré par le terrorisme islamiste. Plus masochiste tu meurs.

Un satisfecit émanant, comme il se doit, de Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères le plus désastreux de la Vème République. Venant du plus capé des hiérarques socialistes, un tel quitus a résonné comme une insulte vivante à l’intelligence.

Alors que les forces gouvernementales syriennes sont lancées dans la reconquête d’Alep-Est et que le «Rizbollah» (selon la prononciation française matinée d’hébreu en vigueur chez les éditocrates) est promu au rang de stratège par ses interlocuteurs russes, ces petits cailloux du faux petit poucet à l’intention de l’électorat français retentissent comme autant de calculs électoralistes. Un acte de nanisme politique.

Sur ce lien un échantillon des fabulations de la graphomane de Libération sur la Syrie :

Et ses divagations sur Zohrane Allouche, chef du groupement djihadiste Jaych Al Islam, présenté comme étant «le combattant islamiste que tous adoraient détester».

Si une éventuelle conférence inter-syrienne se tenait sous le parrainage exclusif de la Russie, elle signerait par la même la relégation définitive de la France sur la scène diplomatique internationale, un des plus fébriles membres de l’Otan dans la guerre de Syrie.

Au début de la guerre, en sa qualité d’ancienne puissance mandataire, la France se positionnait en chef de file du «Groupe des pays amis de la Syrie», qui regroupait 105 pays, plaçant de surcroît à la tête de l’opposition off shore, deux bi-nationaux franco-syriens: Bourhane Ghalioune (Président) et Basma Kodmani (Porte-parole). Près de six ans après, elle doit se contenter du statut de pays «affinitaire».

Le délaissement de la France prélude à son déclassement

Le forcing diplomatique du tandem Nicolas Sarkozy-BHL sur la guerre de Libye en coordination avec Hillary Clinton, doublé du forcing de François Hollande pour le bombardement de la Syrie, prolongé du rôle de petit télégraphiste des Israéliens de Laurent Fabius dans les négociations sur le nucléaire iranien, ont fini par générer un agacement prodigieux que Barack Obama a voulu signifier à sa façon à ses interlocuteurs français.

Le président américain, tout au long de sa double mandature présidentielle (2008-2016), -couvrant aussi bien la présidence Nicolas Sarkozy que la présidence François Hollande-, n’a jamais,- bien jamais- effectué une visite d’état, voire une visite officielle en France, pourtant la «Patrie du Marquis de La Fayette», «le plus ancien allié des États Unis», limitant ses passages aux célébrations du débarquement de Normandie;

Et pour sa tournée d’adieu à l’Europe, Barack Obama a choisi Berlin, le nouveau centre de l’Europe et non Paris, pour prendre congé de ses partenaires européens; signe indiscutable sinon d’un déclassement à tout le moins d’un délaissement ou d’un délaissement prélude à son déclassement.

Le dégagement sans ménagement de Nicolas Sarkozy, l’ordonnateur des guerres de Libye et de Libye, de même qu’Alain Juppé, apparaît rétrospectivement comme un avertissement sans frais aux futurs dirigeants de la France.

Au Royaume Uni, Tony Blair (travailliste) a été stigmatisé pour son rôle en Irak (2003) et David Cameron (Conservateur) fustigé pour son rôle en Libye (2011), alors qu’en France aucun dirigeant n’a été incriminé ni pour son rôle en Libye, ni pour son rôle en Syrie. Sans doute une marque de la supériorité de la «Patrie de Droits de l’Homme» sur la «plus vieille démocratie du Monde».

La marque du mépris à son peuple d’un pays prétendument «révolutionnaire» à qui fait défaut l’éthique de responsabilité.

Pour aller plus loin sur les socialistes

Laurent Fabius

Manuel Valls

Des rapports entre les socialistes français et l’islam

Illustration

Photo Stéphane de Sakutin. Pool AP