Jordanie, septembre noir

Xavier Baron et René Naba | 22/10/1970 | AFP Amman Jordanie

Photo:
Conférence de presse du Front Populaire pour la Libération de la Palestine au camp palestinen de Wahadate à Amman, en Jordanie, lors du détournement d’avion des compagnies occidentales, en Août 1970, à l’aéroport de la révolution à Zarka, prélude au «Septembre noir» jordanien.

Le «Septembre noir» palestinien a été ma première grande mission comme correspondant de guerre en Jordanie où j’ai passé six mois, de juin à décembre 1970, pour couvrir les batailles entre les fedayine palestiniens et les bédouions de Légion arabe jordanienne).

Dans cette photo, je me tiens débout derrière deux responsables du Front populaire, Ghassane Kanafani, porte-parole du FPLP, tué par la suite par l’explosion d’un colis piégé et son successeur Bassam Abou Chérif, blessé lui aussi dans un attentat ultérieur.

Mafrak: Pas de signes visibles d’un départ des blindés Irakiens

Reportage à MAFRAK-IRBID

Xavier Baron et René Naba | 22/10/1970 | AFP Amman Jordanie

Une colonne de blindés irakiens, stationnée en Jordanie, aurait repassé la frontière au cours de la nuit de mercredi à jeudi, mais aucun indice ne  permet de croire à un départ imminent du contingent irakien en Jordanie. En effet, sur une dizaine de kilomètres, le long de la route de Zarka-Mafrak, (au Nord-Est d’Amman), l’armée irakienne s’étalait, jeudi matin, à perte de vue dans le désert. Aucune activité ou préparatifs particuliers n’étaient visibles.

Des centaines de camions  «Moskova», des véhicules blindés, des jeeps étaient enterrés autour de Mafrak, base aérienne, poste de commandement des troupes irakiennes en Jordanie, située à 280 km de la frontière orientale de l’Irak. Seules émergeaient du sable des tourelles de chars, des canons jumelés, quelques radars, beaucoup de tentes et de constructions en pisé.

Les rues de Mafrak offraient le spectacle unique en Jordanie d’une cohabitation tripartite: Soldats jordaniens, permissionnaires irakiens et commandos palestiniens. De ce fait, la tâche des observateurs militaires arabes semble être facilité: «les incidents sont rares, a déclaré l’un d’eux,car Fedayine et Bédouins appréhendent la réaction des Irakiens».

Evoquant l’attitude de l’armée irakienne pendant les combats de septembre, un haut responsable  civil jordanien de Mafrak a indiqué: «Certes, les forces irakiennes ne sont pas intervenues en faveur de l’une ou de l’autre partie, mais leur seule présence a considérablement contrarié l’action des forces jordaniennes ».

Sur place, les autorités locales ne veulent fournir aucune indication sur un départ prochain  des troupes irakiennes. Elles font cependant remarqué que «depuis le début du mois de septembre,le mouvement  de ces troupes s’est accru dans le secteur de Mafrak «où la majeure partie d’entre elle s’est maintenant regroupée. C’est ainsi, indique-t-on, de source militaire, qu’une colonne de blindés a regagné l’Irak dans la nuit de mercredi à jeudi.

De source autorisée gouvernementale à Amman, on déclare ne posséder aucune information sur un départ prochain des troupes irakiennes et l’on rappelle que le Roi Hussein, lors de sa conférence de presse du 14 octobre, avait déclaré que les «relations entre les autorités jordaniennes et les troupes irakiennes stationnées en Jordanie feraient l’objet de discussions très prochaines entre les deux gouvernements». Lors de cette conférence, le souverain hachémite avait,  par ailleurs, refusé de dire s’il avait l’intention de demander le départ des unités irakiennes.

De source militaire bien informée, on indique, d’autre part, que des contacts ont déjà été pris entre les autorités jordaniennes et irakiennes à ce sujet. On laisse entendre que l’une des questions délicates à résoudre serait le remboursement de chars britanniques fournis à la Jordanie par l’Irak après la Guerre des six jours.  L’Irak ferait valoir que ces blindés – on cite le chiffre de vingt ou de quatre vingt dix- avaient été remis à neuf par ses soins avant d’être cédés aux forces jordaniennes. Elle estimerait avoir droit à un dédommagement.

Reportage à IRBID

René Naba | 08/10/1970 | AFP Jordanie

Irbid (Nord de la Jordanie), (8 octobre1970 (AFP)- Les  Fedayine ne procèdent à aucun contrôle  des véhicules. Ils sont présents  et souvent nombreux dans les villes: à Irbid, à Jersah et à Ramtah, notamment, mais ne tentent pas d’intervenir dans le maintien de l’ordre.

A Irbid, 8O km au nord d’Amman, où deux soldats jordaniens ont été kidnappés, on remarque dans les rues plus de Fedayine que de Jordaniens. Le comité supérieur interarabe a envoyé sur place une délégation pour faire libérer les deux soldats. L’administrateur civil de la ville, M. Sarouat Talhouni, frère de l’ancien premier ministre jordanien Bahjat Talhouni, a pris  ses fonctions lundi. Des ouvriers bouchent les trous laissés par les balles et passent une couche de peinture sur les inscriptions laissées dans le bureau par les membres de la Résistance Palestinienne.

L’administrateur a déclaré à l’AFP : «A Irbid, on note de la part des Fedayine une certaine lenteur dans l’exécution des accords du Caire. Ils auraient dû quitter la ville depuis hier, mais comme vous pouvez le constater, beaucoup circulent encore dans les rues. S’ils se montrent de bonne foi et sincères, la situation  redeviendra normale très  rapidement. L’autorité fera preuve de fermeté. Elle se montrera sans pitié à l’égard de ceux qui commettent des infractions».

Le gouverneur a cependant fait remarquer que la collaboration avec les responsables de  la Résistance Palestinienne était positive mais qu’il y avait des réticences à la base. Un de ses collaborateurs a ajouté: «Toutes les forces de l’OLP se sont retirées d’Irbid hier. L’évacuation des Fedayine pose problème. Il  fut, en effet, qu’ils  trouvent d’autres bases de stationnement». Dans la ville la vie   reprend peu à peu. Les banques et les administrations ont rouvert leurs portes et les écoles le feront samedi prochain. Il n’y a pas de couvre-feu.

A Ramta, l’armée jordanienne est représentée, symboliquement. Au PC d’Al-Assifa, les Fedayine touchent aujourd’hui leur solde. Ils sont encore nombreux dans la ville où beaucoup d’enfants sont occupés à vendre des cigarettes américaines.

A Jerash, où circulent encore de nombreux Fedayine, les commandos sont pour la plupart attablés dans des guinguettes et ne se mêlent plus du contrôle des voitures. Partout dans le nord de la Jordanie, les contrôles sur les routes principales ne sont plus effectuées que par les forces jordaniennes.

Laisser un commentaire

*