Il y a dix ans Yasser Arafat à l’ONU

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Paris – Prenant par surprise New York au saut du lit, Yasser Arafat débarque le 13 novembre 1974 d’un avion spécial algérien dans la métropole américaine pour s’adresser, fait sans précédent dans les annales diplomatiques, devant l’assemblée générale des Nations unies.

Fraîchement sacré par ses pairs arabes porte-parole exclusif des Palestiniens, le chef de l’OLP plaide la cause de son peuple, inexistant juridiquement, et inaugure solennellement une stratégie combinant la lutte armée et l’action diplomatique – «le fusil et le rameau d’olivier», selon sa formule, pour retrouver une patrie, la Palestine, rayée depuis un quart de siècle de la géographie politique.

Dans ce discours répercuté depuis la plus grande ville juive du Monde jusqu’aux confins de la Péninsule arabique, le dirigeant palestinien, dix ans après la fondation de son mouvement au Caire, en 1964, évoque timidement la possibilité d’une coexistence judéo-arabe.

Arafat est au Zénith, secondé par la nouvelle puissance pétrolière arabe révélée par la guerre d’octobre 1973.

Dans la brèche ouverte par l’OLP, dix sept mouvements de libération africains se verront reconnaître le statut d’observateur à l’ONU. Cinq d’entre eux, ceux de Guinée portugaise, d’Angola, de Mozambique, de Zimbabwe notamment devaient conduire quelques années plus tard leur pays à l’indépendance.

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Il y a dix ans, Arafat

Paris – L’euphorie sera de courte durée. Six mois après son sacre onusien, la guerre éclate à Beyrouth, sombre présage, le 13 avril 1975, dans la quinzaine qui voit la chute de Pnom-Penh et de Saigon.

A son corps défendant, Arafat s’y engouffre, puis inexorablement s’embourbe dans ce qui n‘était au départ qu’une gueguerre inter-factionnelle et qui se transformera en première guerre civile urbaine de l’époque contemporaine. Les rebondissements de ce conflit à projection régionale et internationale vont faire voler en éclats, au fils de sept années (1975-1982), la cohésion libanaise, la cohabitation libano-palestinienne et la solidarité arabe.

L’Egypte fait la paix avec Israël et l’Amérique se lie par la clause Kissinger, qui subordonne tout contact avec l’OLP à des conditions équivalant, selon les Palestiniens, à une capitulation sans condition.

Happé par la tourmente, Arafat touchera le fond de l’abîme, en juin 1982, dans Beyrouth assiégée, qui était devenue pour ses adversaires le «foyer du terrorisme international», et, pour ses sympathisants, le «vivier de l’opposition tiers-mondiste».

Abandonné de tous, il assure avoir humé dans son ancien sanctuaire transformé en camp retranché les «senteurs du paradis» (Rawaeh al Janna), le pressentiment de l’au delà.

Il quitte son fief de Beyrouth avec les honneurs de la guerre, mais, exangue , son organisation, le plus important mouvement de libération du tiers monde, démantelée.

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Il y a dix ans, Arafat

Paris – Fort du capital de sympathie qu’il a accumulé au cours des 65 jours de siège, il se lance alors à la quête d’une nouvelle consécration internationale. C’est la période de la diplomatie volante.

Reçu en grande pompe par un aréopage de chefs d’état arabes à Fès (Maroc), puis par le pape Jean Paul II, le président italien Sandro Pertini, en septembre 1982, les pays d’Europe du Nord, le Sommet des non-alignés de New Delhi, en février-mars 1983, il butte, à l’instigation des Etats-Unis, sur les réticences du noyau central de l’Europe occidental: la France, le Royaume Uni et la RFA, mus, selon les Palestiniens, par une sorte de «solidarité expiatoire » à l’égard d’Israël, lui refuseront un droit de cité.

Les Etats-Unis, meilleur allié d’Israël dans le Monde, paient le tribut le plus lourd de la radicalisation du Proche-orient. En deux ans, l’Ambassade des Etats-Unis à Beyrouth-ouest, le quartier général des Marines, puis la mission américaine dans le réduit chrétien, seront tour à tour balayés par des attentats meurtriers, de même que le quartier général des Français et avant eux le quartier général phalangiste.

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Il y a dix ans, Arafat

Paris – Dans le même temps, certains des principaux protagonistes de l’intervention israélienne disparaissaient de la scène publique: Alexander Haig, Bachir Gémayel, Menahem Begin, Saad Haddad et Ariel Sharon en dépit de son retour sur la scène politique.

Les survivants de cette hécatombe politique – Arafat et le président syrien Hafez Al Assad, le grand vaincu de l’été 1982 revigoré par l’armement sophistiqué soviétique se livrent alors à un impitoyable règlement de compte.

La centrale palestinienne est secouée de forces centrifuges, amplifiées par les déboires de leur chef dans sa politique d’ouverture vers l’Occident et vers les pacifistes Israéliens, dont les massacres des Palestiniens des camps de Sabra-Chatila, dans la banlieue sud de Beyrouth en sont l’illustration tragique.

Premier coup de semonce, Issam Sartawi, l’homme de l’ouverture pro-occidentale, est assassiné, puis, fait inconcevable à l’époque, deux des plus fidèles lieutenants d’Arafat -Abou Saleh et Abou Moussa- entrent en dissidence, plus grave encore, le chef de l’OLP, fait unique dans l’histoire, est expulsé de Syrie en juin 1983.

C’est la fêlure: les guérilleros se muent en desperados. Des Palestiniens portent les armes contre d’autres Palestiniens. Pour la troisième fois de son existence mouvementée, Arafat, comme il y a treize ans à Amman et l’année précédente à Beyrouth, est assiégé à Tripoli (Nord-Liban), cette fois par les Syriens et les Israéliens.

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Il y a dix ans, Arafat

Paris – Privé désormais de toute autonomie territoriale, il est sauvé in extremis, pour la deuxième fois en un an, par les Français agissant sous le couvert des Nations-Unies.

La presse internationale évoque le crépuscule du chef palestinien. Il réussit néanmoins au Sommet islamique de Casablanca à entre bailler la porte du retour de l’Egypte dans le giron arabo-islamique d’où elle était exclue depuis cinq ans.

De son exil de Tunis, à deux mille km du champ de bataille, il tente de recoller les morceaux de ce qui demeure le vecteur de la revendication nationale palestinienne.

Le président Assad ne décolère pas, malgré les bons offices de l’Algérie, du Sud Yémen et de l’Union soviétique. Par quatre fois cette année, Arafat est contraint de renoncer à convoquer le parlement palestinien en vue de se faire reconfirmer son leadership et éviter l’atrophie de la centrale palestinienne…. Par crainte de scinder définitivement son mouvement, mais faute aussi de trouver l’hospitalité d’un pays pour y tenir ses assises. Une situation paradoxale pour un chef jadis incontesté d’une organisation reconnue par cent dix (110) Etats.

En cet automne 1984, ce quinquagénaire recru d’épreuves est à la recherche d’un refuge pour ses parlementaires en exil. Face à celui qui symbolise pour la grande majorité des siens la renaissance du peuple palestinien, l’histoire retient son souffle avant de rendre son verdict à l’égard de celui que l’on a surnommé, parfois, à juste titre, «le plus célèbre rescapé politique de l’époque contemporaine».