Friday, September 30, 2022
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De la spécificité des mouvements islamistes indépendantistes en Asie.

Texte de l’intervention de René Naba, directeur du site https://www.madaniya.info/ (France), lors de la téléconférence transcontinentale organisée depuis Genève le…

By René Naba , in Actualités Diplomatie International , at 26 août 2022

Texte de l’intervention de René Naba, directeur du site https://www.madaniya.info/ (France), lors de la téléconférence transcontinentale organisée depuis Genève le 11 mars 2021 sous l’égide des quatre organisations suivantes: Centre International de Lutte contre le Terrorisme (CILT); Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), basée à Genève; le Centre du Commerce International pour le Développement (CECIDE), basé à Londres, et La Fondation pour le Recherche Culturelle sur le Himalaya (HRCF) basée à New Delhi.


De la spécificité des mouvements islamistes indépendantistes en Asie: Arabes Afghans, Tchétchènes, Ouïghours and co.

Par René Naba

Le trait commun aux mouvements indépendantistes islamistes -leur spécificité- est leur hostilité collective aux ennemis de l’OTAN et leur parrainage par des personnalités philo sionistes avec, en corollaire, l’occultation du fait national palestinien.

Cela vaut pour Al Qaida, dans la décennie 1980, les Bosniaques, dans la décennie 1990, les Tchétchènes, dans la décennie 2000, les groupements islamistes de la décennie 2010, dans la séquence dite du «printemps arabe», et les Ouïghours, enfin, dans la décennie 2020.

1 – Le tropisme des intellectuels pro israéliens à l’égard de l’Islam périphérique

Ainsi, si le philosophe français André Glucksman, un transfuge de gauche, a été l’un des grands parrains des Tchétchènes, son fils, Raphaël, reprenant le flambeau paternel, s’est intronisé au sein du parlement européen, parrain des Ouïghours, «les nouveaux combattants de la Liberté» de l’époque contemporaine.

Époux en première noce de la vice-ministre géorgienne de l’Intérieur, Eka Zguladze, en 2009, avec laquelle il aura son premier enfant, Raphy se prononcera pour Nicolas Sarkozy le candidat de la droite contre l’héritage socialiste de François Mitterrand aux présidentielles de 2007. Il passera sans coup férir de la présidence d’«Alternative Libérale» à «Place Publique», la plate forme commune de la gauche aux élections européennes de 2018. Un parfait caméléon en politique avant de jeter son dévolu sur les Ouïghours.

Le tropisme exotique occidental à l’égard de l’islam n’est pas si innocent que cela, de même que le fait que chaque notabilité intellectuelle philosioniste dispose de sa minorité protégée non plus. Outre le tandem Glucksman, Bernard Henry Lévy, qui imaginera le récit de sa propre rencontre avec le commandant Massoud Chah, par hologramme, a été le parrain tonitruant du Darfour, quand bien même son entreprise familiale est mentionnée dans la déforestation de la forêt africaine, de même que Bernard Kouchner, pour les Kurdes, les supplétifs des Américains dans l’invasion américaine d’Irak.

Et tous collégialement pour Benazir Bhutto, le fantasme exotique absolu des intellectuels occidentaux.

Ce tropisme trompeur conduira en France chaque notabilité intellectuelle à disposer de sa minorité protégée, comme la marque de la bonne conscience chronique de la mauvaise conscience, comme une sorte de compensation à son trop grand désintérêt pour les Palestiniens, substituant leur hostilité aux revendications du noyau central de l’Islam, la Palestine et le Monde arabe, par un soutien à l’Islam périphérique. Et faire par exemple du Darfour, un contre feu médiatique à Gaza.

Bernard Henry Levy – Abou Hamza Al Misry

La gesticulation médiatique de Bernard Henry Lévy en est l’exemple le plus frappant. Le philosophe du botulisme se distinguera même du lot avec sa rencontre avec Abou Hamza Al Misry, un des idéologues d’Al Qaida. De son vrai nom Mustafa Kamel Mustafa, Abou Hamza était notamment réputé pour ses fatwas autorisant les actes terroristes commis par les GIA en Algérie et qu’il disait recevoir des monarchies du Golfe. Abou Hamza constituait avec Abou Qa’tada, expulsé d’Angleterre vers son pays, la Jordanie, l’idéologie du djihadisme en Occident.

Il en est de même que celle de Bernard Kouchner, «le tiers mondiste, deux tiers mondain», en Somalie ou dans l’affaire de l’arche de Noé, le sauvetage raté d’enfants tchadiens, clandestinement vers la France.

Pur hasard ou coincidence fâcheuse? Bernard Henry Lévy, Bernard Kouchner et Laurent fabius, le petit télégraphiste des Israéliens dans les négociations sur le nucléaire iranien, seront d’ailleurs les co parrains du congrès de l’opposition off shore pétro-monarchique syrienne, qui s’est tenu en juillet 2011, à Paris, sous l’égide de la branche syrienne des Frères Musulmans.

2- Une hostilité collective au camp hostile à l’OTAN

Certes l’Islam n’est pas incompatible avec les valeurs du capitalisme et de l’économie libérale. Certes, nombreuses sont les minorités musulmanes persécutées à travers le Monde. Qu’elles prennent les armes contre leurs tyrans peut paraître légitime pour faire aboutir leurs revendications.

Mais les minorités musulmanes n’ont pas le monopole des persécutions. D’autres minorités, -chrétiennes celles-là- sont persécutées par des Musulmans comme en témoignent les exactions de l’État Islamique (Daech) en Irak et en Syrie. D’autres minorités musulmanes, mais chiites celles là, sont, elles, persécutées par des musulmans, comme c’est le cas depuis quinze ans à Bahreïn sans la moindre protestation occidentale.

Et de nombreuses populations musulmanes sunnites sont opprimées par leurs propres gouvernants dans le silence complice des états occidentaux. Pourquoi alors une telle impunité? Très simplement pour la simple raison que la minorité musulmane mise en valeur à un moment donné doit répondre à un objectif stratégique.

L’impunité de l’Arabie saoudite est à cet égard édifiant de la complicité occidentale à l’égard de l’Islam sunnite, le segment dominant de l’Islam en ce que la dynastie wahhabite a été le principal bailleurs de fonds des équipées atlantistes dans le tiers monde que cela soit en Amérique latine, dans le cadre de l’affaire dite des «contras» au Nicaragua ou en Afrique par le biais du Safari Club.

L’assourdissant tapage médiatique occidental sur le sort de l’opposant russe Alexandre Navalny et les menaces de sanctions occidentales y afférentes à l’encontre de la Russie en constituent un exemple éloquent comparé à la mansuétude occidentale à l’égard du prince héritier saoudien Mohamad Ben Salmane, l’ordonnateur du supplice du journaliste Jamal Kashoggi.

Si les «Arabes afghans» ont été tant célébrés c’est parce qu’ils avaient vocation à servir de «chair à canon» de la stratégie américaine visant à faire de l’Afghanistan leur revanche de leur défaite du Vietnam.
Il n’était pas question alors de promotion de l’Islam ni de persécutés à protéger, mais plutôt de la forme la plus pernicieuse de l’instrumentalisation de l’Islam au service des visées de l’Otan, dans une stratégie à double détente:

  • Au niveau planétaire, contre l’athéisme de l’Union Soviétique au plus fort de la guerre froide soviéto américaine (1945-1990), d’une part, en vue de son implosion;
  • Et sur le plan continental européen, en tant que frein à l’engagement dans les luttes revendicatives de la population immigrée de confession musulmane d’Europe occidentale, d’autre part.

Une instrumentalisation opérée sous l’effet corrupteur des pétrodollars, si désastreuse tant pour le Monde arabe que le Monde musulman que pour le Monde occidental que pour l’Islam lui-même.

3- L‘Europe, base arrière aux «combattants de la liberté» de l’époque afghane.

Sous l’aile protectrice américaine, l’Arabie saoudite a en effet déployé la plus grande ONG caritative du monde à des fins prosélytes, à la conquête de nouvelles terres de mission, dans la décennie 1970-1980, particulièrement l’Europe, à la faveur du boom pétrolier et de la guerre d’Afghanistan.

Ce déploiement arachnéen s’est développé par un usage intensif de la politique du chéquier.

L’Arabie saoudite a ainsi mis au point une diplomatie d’influence fondée sur l’instrumentalisation de la religion musulmane à des fins politiques ainsi que sur la corruption en vue de soudoyer les décideurs de la planète, faire taire les critiques à son égard et aseptiser les ondes de toute critique à l’égard de la dynastie wahhabite par le biais d’un empire médiatique hors norme.

Pour une poignée de dollars, l’Europe en perdra son âme. Dame de grande moralité mais de petites vertus, elle succombera aux charmes discrets des pétrodollars pour devenir la principale plate-forme de l’Empire médiatique saoudien, le principal refuge des dirigeants islamistes désignés depuis à la vindicte publique, réussissant même le tour de force d’abriter davantage de dirigeants islamistes que l’ensemble des pays arabes réunis.
Soixante dirigeants islamistes résidaient en Europe occidentale depuis la guerre anti soviétique d’Afghanistan, dans la décennie 1980en sus des deux chefs de gile de la confrérie des Frères Musulmans, Said Ramadan (Égypte) en Suisse, et Issam Al Attar (Syrie) à Aix La Chapelle. Quinze d’entre eux disposaient du statut de «réfugié politique», dans la plupart des pays européens, Royaume Uni, Allemagne, Suisse, Norvège, Danemark.
Londres sera d’ailleurs promue au rang de capitale mondiale de l’Islam contestataire et plate-forme du déploiement médiatique international saoudien, comptant parmi ses hôtes les principaux opposants islamistes tels que:

Rached Ghannouchi (Tunisie-An Nahda), Kamar Eddine Katbane (Algérie-vice-président du comité du FIS algérien (Front Islamique du Salut), Attaf Hussein (Pakistan-chef du parti d’opposition Muhajir Qawmi Movement (MQM), Ibrahim Mansour (Égypte), adjoint au guide suprême des Frères Musulmans.
Ainsi que Ali Sadreddine Bayanouni (Syrie), contrôleur général des Frères Musulmans de Syrie, Azzam At Tamimi (Palestine), membre du commandement de l’ombre du Hamas, la branche palestinienne de la confrérie, Abou Moussa’b As Soury (Syrie), alias Moustapha Abdel Kader Sitt Mariam), théoricien des «loups solitaires», Abou Hamza Al Masri (Moustapha Kamal Moustapha), et Abou Farès, nom de guerre de l’algérien Farouk Daniche

Les anciens d’Afghanistan seront d’ailleurs recyclés en Bosnie en vue de l’implosion de la Fédération de Yougoslavie, par sa balkanisation, en vue de déblayer le terrain à l’extension de l’OTAN vers l’Europe centrale, la «Nouvelle Europe, selon l’expression des néo-conservateurs américains, aux confins de la Russie. Et les Tchétchènes, galvanisés dans le Caucase, à la périphérie de la Russie.

En Bosnie, la majorité des populations musulmanes des Balkans était sécularisée, mais les tenants d’un islam rigoriste représentant une minorité agissante a su prendre le contrôle des institutions de la communauté musulmane, y compris avec l’aide d’organes proches de Ben Laden.
Les islamistes ont depuis lors été dirigés contre l’Algérie, plate-forme des mouvements de libération de l’Afrique à l’époque de la décolonisation, dans la décennie 1990, puis la Syrie, dans la décennie 2010, la voie de ravitaillement stratégique du Hezbollah libanais face à Israël.

Soit. Tout cela est de bonne guerre entre des puissances mondiales engagées dans un combat pour la suprématie planétaire.

4 – De l’indignation sélective des intellectuels occidentaux.

Mais alors comment expliquer la présence des Tchétchènes et des Ouïghours en Syrie, un pays situé à des milliers de km de leur lieu de vie, de surcroît qui n’a jamais commis la moindre agression à leur égard. Comment expliquer le fait que Tarkhan Batirachvili, dit Abou Omar Al-Chichani («le Tchétchène»), soit intronisé dès 2012 chef militaire de Daech l’Organisation État Islamique (EI) pour le nord de la Syrie. Son magistère, il est vrai, sera de courte durée. Il a été tué en Irak , un an après, le 13 juillet 2016.

Les Ouïghours, quant à eux, ont, de leur coté, déclaré le jihad contre la Chine et les Bouddhistes. Au nombre de dix mille combattants ils sont positionnés dans le nord de la Syrie, dans la zone frontalière avec la Turquie. Aiguillonné d’ailleurs par la Turquie, son parrain occulte, le Parti Islamiste du Turkestan (PIT) a en effet déclaré le jihad contre les bouddhistes dans un discours mobilisateur du prédicateur Abou Zir Azzam diffusé à l’occasion de la fête du Fitr, en juin 2018, mettant en relief «l’injustice» subie par le Turkestan dans ses deux versants, le versant occidental (Russie) et le versant oriental (Chine).

L’intervention des Tchétchènes a d’ailleurs servi de prétexte à l’entrée en scène de la Russie en Syrie, de même que celle des Ouïghours à celle de la Chine.

La guerre du Yémen se déroule à huis clos. Mais comment expliquer qu’aucune voix de la grande conscience humaine, pas plus Bernard Kouchner, fondateur de «Médecins sans frontières», que Bernard Henry Lévy, le théoricien du botulisme, pourtant tous deux prompts à s’égosiller l’un pour le pour le Darfour, l’autre pour le Kurdistan irakien, n’ont pris la peine de dénoncer ce massacre en circuit fermé. Encore moins la troisième grande conscience, l’héritier Raphaël Glucksman, le nouveau venu dans la vocifération humanitariste pro Ouïghours.

5 – L’occultation du fait palestinien, caractéristique majeure des groupements terroristes islamistes

Mais alors pourquoi un tel engouement cyclique?

Très simplement pour la raison évidente que les Ouïghours ont décrété le jihad contre la Chine, la puissance mondiale rivale des États Unis, et non contre Israël, considéré par la grande majorité des musulmans contre l’usurpateur de la Palestine.

Le Mouvement islamique du Turkestan oriental est un groupe djihadiste dirigé depuis 2003 par Abdul Haq al-Turkistani, un Ouïghour né au Xinjiang. Son objectif est de créer un État ethnique exclusivement musulman (Turkestan oriental) au Xinjiang. Région sèche et montagneuse à l’extrémité ouest de la Chine, le Xinjiang a à peu près la taille de l’Alaska et abrite environ 25 millions d’habitants.

La Chine étant désormais dans la ligne de mire des États-Unis, l’ETIM est passée du statut d’adversaire à celui d’allié potentiel. Dans les derniers mois de son administration, le président Donald Trump a retiré de la liste terroriste américaine une organisation paramilitaire peu connue appelée ETIM, un acronyme qui signifie le Mouvement islamique du Turkestan oriental. Le groupe est également parfois connu sous le nom de Parti islamique du Turkestan oriental (TIP ou ETIP).

Il en a été de même des Tchétchènes. Tout comme auparavant les «arabes afghans» contre l’Union soviétique. Un rôle de nuisance aux rivaux de l’OTAN.

Certes, le terrorisme islamique a permis subsidiairement aux pétromonarchies de se débarrasser à bon compte de leurs trublions, sous couvert d’exaltation religieuse, tout en détruisant leurs ennemis potentiels.

Mais, la guerre anti soviétique d’Afghanistan a été une guerre dérivative au combat pour la libération de la Palestine, en déportant le bellicisme des paumés de l’islam à des milliers de km du champ de bataille de la Palestine contre un pays qui n’avait aucun passif colonial avec les Arabes.

Pis, la guerre d’Afghanistan a grandement contribué à l’implosion de l’Union soviétique, c’est à dire le principal ravitailleur en armes des pays du champ de bataille contre Israël (Égypte, Syrie, OLP), et les pays du soutien (Irak, Libye, Algérie, Soudan, Somalie), soit au total huit pays arabes et contribué au triomphe des États Unis, le principal protecteur d’Israël.

De même, la destruction des Bouddhas de Bamyan par les Talibans a aliéné l’alliance traditionnelle de l’Inde avec les pays arabes nouée du temps du tandem Nehru Nasser, dans la décennie 1960, à Bandung à la conférence des Non Alignés et fait basculer l’Inde vers une alliance stratégique avec Israël. En pure perte pour les Arabes. Plus niais que cela tu meurs.

6 – L’Incendie de la Mosquée d’Al Aqsa et non l’avènement de la République islamique d’Iran.

Contrairement aux affirmations fallacieuses des néo conservateurs, l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques ne date pas de l’avènement de la République Islamique d’Iran, –une accusation lancée dans une tentative de réécriture de l’Histoire en vue de criminaliser l’Iran–, mais à l’incendie de la Mosquée d’Al-Aqsa.

L’incendie du 3eme haut lieu saint de l’Islam sous occupation israélienne, le 21 Août 1969, survenue deux ans après la défaite arabe de juin 1967, dans un climat exacerbé par une ambiance de catastrophisme et d’humiliation, va servir de détonateur à la résurgence du sentiment religieux dans l’espace arabo-musulman avec pour inéluctable conséquence la marginalisation progressive du nationalisme arabe, le fer de lance de la revendication indépendantiste de la période post-coloniale qui a suivi la II me Guerre mondiale (1939-1945).

La mise à feu du Dôme de la Mosquée par un juif australien, Michael Rohen, va mettre en ébullition le monde arabe et musulman et favoriser leur jonction symbolique en donnant lieu à la tenue du premier sommet islamique contemporain, le 1er septembre 1969, à Rabat.

Un sommet tenu sous l’égide des monarques arabes pro américains, Fayçal d’Arabie et Hassan II du Maroc, épaulés en la circonstance par le Chah d’Iran Reza Pahlévi, et le Pakistan, le plus grand état islamique après l’Indonésie et une des grandes puissances militaires d’Asie.
Ce sommet a d’ailleurs marqué un infléchissement sémantique des mots d’ordre mobilisateurs masquant une inflexion stratégique: le mot d’ordre d’ «Unité Arabe» a fait place à «Solidarité Islamique».
Sur le plan stratégique, les pays arabes à structure républicaine, fer de combat pour la libération de la Palestine, ont cédé leur primat à un ensemble islamique largement conservateur groupant la Turquie, pays membre de l’OTAN, l’Iran impériale, gendarme du Golfe, le Pakistan body guard de la dynastie wahhabite, le Maroc et la Jordanie, les alliés souterrains d’Israël, ainsi que naturellement l’Arabie saoudite et la constellation des pétromonarchies.

7 – Le privilège sunnite ou la théorie du Muslim Green Belt

Les stratèges américains considèrent que la planète est divisée en trois zones concentriques: au centre, le «Heartland» eurasiatique (Chine, Russie) qui détient les clés de la maîtrise du monde; à la périphérie les terres offshore où ont leurs bases les empires de la mer guignant l’hégémonie; entre les deux, un «Rimland», dont une bonne partie est occupée par une «ceinture verte musulmane» «Muslim Green Belt» qui constitue un espace riche et stratégique qu’il faut contrôler. Le cocktail des deux théories, le chaos et le fou, va s’avérer détonnant pour les peuples de cette Muslim Green Belt.

En superposition, le jihad a ainsi pris une dimension planétaire conforme à la dimension d‘une économie mondialisée par substitution des pétromonarchies aux caïds de la drogue dans le financement de la contre révolution mondiale. Dans la décennie 1990-2000, comme dans la décennie 2010 pour contrer le printemps arabe.

Si la Guerre du Vietnam (1955-1975), la contre-révolution en Amérique latine, notamment la répression anti castriste, de même que la guerre anti soviétique d’Afghanistan (1980-1989) ont pu être largement financées par le trafic de drogue, l’irruption des islamistes sur la scène politique algérienne signera la première concrétisation du financement pétro monarchique de la contestation populaire de grande ampleur dans les pays arabes.

Symbole de la coopération saoudo américaine dans la sphère arabo musulmane à l’apogée de la guerre froide soviéto-américaine, le mouvement d’Oussama Ben Laden avait vocation à une dimension planétaire, à l’échelle de l’Islam, à la mesure des capacités financières du Royaume d’Arabie.

Avec pour conséquence, la substitution du mot d’ordre de solidarité islamique à celui mobilisateur d’unité arabe ainsi que le dévoiement de la cause arabe, particulièrement la question palestinienne, vers des combats périphériques (guerre d’Afghanistan, guerre des contras du Nicaragua contre les sandinistes), à des milliers de km de la Palestine.

8 – L’apprenti sorcier et les bavures corrélatives: VSO and co

La sophistication a atteint un degré tel que les stratèges américains ont, durant la guerre de Syrie, forgé le concept de «Vetted Syrian Opposition – VSO», autrement dit des terroristes agrées par le Pentagone, dotés du permis de tuer et de terroriser exclusivement les ennemis de l’OTAN. Plus crûment des terroristes domestiqués mais financés par les pétromonarchies envoyés à la mort pour la satisfaction des desseins de leurs anciens colonisateurs.

L’alliance contre nature islamo-atlantiste, par ses omissions, compromissions, et trahisons, a constitué un mélange détonnant dont l’espace occidental a percuté les déflagrations depuis trois décennies, depuis le raid du 11 septembre 2001 contre le symboles de l’hyperpuissance américaine, en passant par les attentats de Londres (7 juillet 2005/ 56 Morts et 700 blessés), Madrid (11 Mars 2004/191 morts et 1.858 blessés) et Paris (7-9 janvier 2015/ 17 morts et 21 Blessés), enfin Bruxelles (22 mars 2016) 32 morts et 340 blessés après l’attaque de l’aéroport de Zaventen et la station de métro Maelbeek

L’imposture des intellectuels occidentaux a éclaté au grand jour avec les deux retentissants flop de deux des plus en vue membres de la caste politique médiatique française, Bernard Henry Lévy, pour son film «Bosnia» et celui de la féministe Caroline Fourest pour son film «sœurs d’armes», à la gloire des combattantes kurdes.

Sur Caroline Fourest, pour aller plus loin sur ce thème, cf ces liens:

Sur BHL et le film Bosnia, cf ce lien :

Le terrorisme islamique a généré en retour une islamophobie virulente dans la sphère occidentale, mais les pétromonarchies arabes voulant s’épargner les conséquences de cette séquence calamiteuse de trente ans et désireux de maintenir les bonnes grâces de l’Occident ont opéré une reptation collective en direction d’Israël sous l’égide, paradoxalement, de Donald Trump, l’artisan du Muslim Ban, une reddition qui constitue le degré suprême de la servilité. Une capitulation en rase campagne.

L’islamisme politique qui se voulait le fer de lance idéologique du combat d’un bloc géopolitique visant à propulser le Monde musulman au rang de grand décideur de la planète au terme d’une longue période sujétion coloniale, aura fait l’effet d’un cataclysme dévastateur sur l’ensemble de la sphère arabo musulmane.

L’islamisme politique, –qui se voulait au choix, selon les besoins de sa propagande, l’équivalent de la démocratie chrétienne en Europe occidentale ou la théologie de libération en Amérique latine–, s’est finalement réduit à une équation mortifère: une abondante chair à canon financée par des pétromonarchies obscurantistes pour la destruction de pays arabes ou hostiles à l’OTAN au bénéfice exclusif d’Israël et des pays occidentaux et la survie de leurs trônes décriés.

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