La conférence euro-arabe d’Abou Dhabi

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Un dialogue inter-arabe sur l’Europe et un dialogue inter-européen sur les Arabes | AFP Abou Dhabi

Abou Dhabi – Le dialogue euro-arabe est à ses premiers balbutiements, mais laisse entrevoir des perspectives prometteuses. Telle est du moins l’impression que l’on retire généralement de la conférence d’Abou Dhabi qui a achevé jeudi ses travaux.

Un accord est intervenu pour la réunion de la commission générale, instance politique en même temps qu’organe plénier de la conférence, chargée de jouer un rôle d’animation et de coordination des experts. Il a été convenu que la commission se réunira selon « la formule dite de Dublin», c’est-à-dire au niveau des chefs des délégations mais leur expression se fera dans un cadre collégial, en leur qualité de membres respectivement de la délégation européenne ou arabe.

Le compromis, qui a pour conséquence de ne pas faire ressortir «l’identité individuelle» des interlocuteurs, en l’occurrence celle des Palestiniens, est considérée par les Arabes comme un pas «feutré» sur la voie du dialogue politique. Les Palestiniens ne seraient pas étrangers à la «souplesse» dont ont fait preuve les Arabes sur cette question.

Bien représentés à Abou Dhabi, les Palestiniens qui étaient au nombre d’un vingtaine soit à titre d’experts, soit en qualité de conseillers des autres délégations arabes, ont paru soucieux de faire se poursuivre le dialogue euro-arabe. Déjà admis au sein des institutions internationales, bénéficiant de l’appui du camp socialiste, du Bloc des Non-alignés et du groupe des Etats africains et islamiques, les Palestiniens caressent le projet de gagner à leur cause l’Europe qu’ils considèrent comme l’une des places-fortes traditionnellement favorable à Israël, avant de se lancer à la conquête du «bastion du sionisme», les Etats-Unis d’Amérique.

Le dialogue euro-arabe, flt2

Abou Dhabi – Sur un plan plus concret, la coopération euro-arabe dans les domaines de l’industrialisation, de l’agriculture et de l’infrastructure a été engagée à Abou Dhabi. La formation de sous-groupes d’experts, par branche d’activité, a été décidée. Ceux-ci auront pour tâche de répertorier les besoins arabes, d’identifier des projets concrets en fonction des priorités et de leur complémentarité avec des projets similaires existant en Europe. Ils commenceront leurs activités lorsque la commission générale aura approuvé leur mandat.

La collaboration entre les universités européennes et arabes, la formation de cadres techniques arabes, notamment dans le domaine bancaire, et celle des travailleurs immigrés en Europe vont également être aménagées.

Un point sombre, le commerce, Soucieux d’assurer, d’ores et dejà des débouchés futurs à leur industrie naissante, les Arabes ont cherché à Abou Dhabi à établir une zone de libre échange avec les «Neuf». Ceux-ci seraient plutôt réticents pour des raisons à la fois économiques et politiques.

«La communauté arabe et la communauté européenne, qui réalisent actuellement leur unité, ne doivent servir à construire des entités supranationales qui élèvent de nouvelles barrières face au reste du Monde», avait affirmé le chef de la délégation européenne, M. Cesare Regard (Italie), dans son discours d’ouverture.

Le dialogue euro-arabe, flt 3der

Abou Dhabi – D’une manière générale, tous les grands projets débattus au cours de cette conférence sont certes à la mesure des possibilités financières des arabes et des ambitions qu’ils ont placées dans la coopération avec l’Europe. Mais, fait-on valoir du côté européen, ils nécessitent des études poussées et de longs délais d’exécution. De plus l’absence du côté arabe d’une structure administrative comparable aux institutions communautaires des «Neuf», souligne-t-on de même source, n’est pas faite pour faciliter les choses.

La disparité du Monde arabe et les sollicitations «extra-européennes» notamment japonaises et américaines dont l’Europe fait l’objet, d’une part, la «timidité», d’autre part, dont font preuve, au regard des Arabes, les Européens sur le problème palestinien semblent ne pas devoir non plus contribuer à accélérer le cours de la coopération euro-arabe.

Les idées force qui ont motivé le dialogue «technologie en contrepartie de l’énergie», avec à l’arrière plan la promotion économique et sociale des Arabes en échange de l’expansion industrielle de l’Europe, une meilleure compréhension des Européens vis-à-vis de la «cause arabe» en contrepartie de la bienveillance de l’ensemble arabe, aux portes de l’Asie et de l’Afrique, semblent se heurter aux difficultés inhérentes à la réalité de deux grands ensembles en formation .

Le dialogue euro-arabe, au cours des prochaines semaines, pourrait bien être un dialogue intereuropéen sur les Arabes et un dialogue interarabe sur l’Europe.