Wednesday, May 29, 2024
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Après Bagdad « Fortress America One », le Liban, « Fortress America two » 1/2

Après Bagdad « Fortress America One », le Liban, « Fortress America two » 1/2 Ce papier est publié à l’occasion du 40ème anniversaire…

By René Naba , in Actualités Analyse , at 24 avril 2023

Après Bagdad « Fortress America One », le Liban, « Fortress America two » 1/2

Ce papier est publié à l’occasion du 40ème anniversaire de l’attentat contre l’ambassade des États Unis à Beyrouth

Le 18 Avril 1983 un attentat s’est produit contre l’ambassade américaine à Beyrouth. À 13 heures et 3 minutes exactement, un pick-up chargé d’environ 900 kg d’explosifs s’écrasa contre la porte de l’ambassade. La puissance de déflagration est telle que l’onde de choc se propage à plusieurs kilomètres à la ronde. Selon le récit fait par Robert Baer, ancien agent de la CIA en poste au Moyen orient, les navires américains au large du Liban furent secoués par le souffle de l’explosion.
Le bilan fut lourd: 63 personnes furent tuées, dont 17 Américain, parmi eux huit officiers de la CIA, dont le chef de la division Moyen-Orient, Robert Ames, le directeur adjoint de l’Agence des États-Unis pour le développement international et plusieurs Marines de la garde, 32 employés libanais et 14 visiteurs. Environ 120 autres personnes furent blessées.

Après Bagdad, le Liban, «Fortress America two» 1/2

Tragique est l’histoire des ambassades des États Unis au Moyen-Orient, centre du pouvoir décisionnaire de la zone pendant un demi siècle de la première puissance militaire planétaire de tous les temps, dont les servants ont souvent servi de défouloir, écornant bien au delà du raisonnable le prestige de l’hyperpuissance américaine.

Les États Unis, qui ont transformé le palais de l’ancien président irakien Saddam Hussein en une forteresse pour y loger leur ambassade dans la foulée de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003, envisage de se doter d’une nouvelle forteresse, au Liban cette fois, afin de se protéger du courroux des peuples que leur politique impériale de morgue et de suffisance suscite à travers le Moyen- orient.

Les dommages collatéraux

Six ambassadeurs ont payé de leur vie, au titre de dommage collatéral, le prix de la politique impériale américaine et pas moins de quatre ambassades ont été détruites par des attentats suicides:

Au Soudan, en mars 1973, l’ambassadeur des États-Unis Cleo Noel, ainsi que son conseiller et le chargé d’affaires belge, sont pris en otage par un commando palestinien et exécutés deux jours plus tard.

Toujours au Soudan, 25 ans plus tard, en 2008, un diplomate, John Michael Granfield, 33 ans, travaillant pour l’USAID, active dans le sud semi-autonome du Soudan, est tué. L’attaque est intervenue sur fond de sentiments anti-américains exacerbés au Soudan où les autorités et les médias officiels ne cessent de dénoncer la position de l’administration des États-Unis sur la crise du Darfour.

A Chypre, en août 1974, Rodger Davies est tué par balles dans les locaux de l’ambassade à Nicosie lors d’une manifestation de Chypriotes grecs qui accusaient les États-Unis d’avoir soutenu l’invasion turque de la partie nord de l’île.

En Afghanistan, en février 1979, Adolph Dubs est tué dans l’assaut donné par les forces gouvernementales pour le libérer après son enlèvement à Kaboul par des islamistes radicaux.

En Libye, enfin, le 11 septembre 2012, l’ambassadeur des États-Unis en Libye Christopher Stevens et trois autres fonctionnaires américains sont tués dans une attaque contre le consulat de Benghazi, dans l’est de la Libye. L’attaque a été attribuée à des manifestants en colère contre le film islamophobe « L’Innocence des musulmans », une production amateur à petit budget réalisée aux États-Unis.

Des responsables libyens et américains n’ont pas écarté l’hypothèse d’une attaque planifiée, voire d’une implication du réseau Al-Qaïda.

Au niveau des ambassades

Les deux attentats contre les ambassades américaines en Afrique, le 7 août 1998, à Nairobi (Kenya), et à Dar es Salaam (Tanzanie) se placent parmi les plus importantes actions terroristes commises contre des cibles américaines sur le continent africain.

L’attaque à la voiture piégée contre l’ambassade de Nairobi a tué au moins 213 personnes dont douze Américains – dont deux employés de la CIA, blessé de 4 000 à 5 500 personnes, et détruit plusieurs grands immeubles situés en plein centre-ville.

L’attentat contre l’ambassade à Dar el Salaam, selon le même modus operandi, a tué onze personnes, mais aucune victime américaine, et en a blessé 85 autres. Le bâtiment a été fortement ébranlé et abîmé, mais n’a pas cédé sous la force de l’explosion.

Avec l’attentat du World Trade Center de 1993, l’attentat des tours de Khobar en Arabie saoudite et l’attentat contre le USS Cole au Yémen, les attaques des ambassades américaines en Afrique font partie des attentats anti américains les plus importants qui ont précédé ceux du 11 septembre 2001.

Détail piquant, les attentats anti-américains d’Afrique ont fait usage du même modus operandi que les kamikazes du Liban contre l’ambassade américaine à Beyrouth et les quartiers généraux français et américains, mais les auteurs étaient, eux, liés à des membres locaux d’Al Qaïda, c’est à dire au mouvement allié des États Unis dans la guerre anti soviétique d’Afghanistan. Terrible effet retour du boomerang.

Irak: L’ancien palais présidentiel de Saddam Hussein transformé en la «Fortress America»

En Irak, objet d’une invasion américaine en infraction du Droit international et à ce titre théâtre d’une vive résistance anti-américaine, les États Unis se sont dotés d’une ambassade décrite comme la plus grande et la plus chère du monde.

S’étendant sur 0,44 Km2, elle a été inaugurée en janvier 2009, dans la zone verte de Bagdad, dans un ancien palais de Saddam Hussein.
Cette nouvelle ambassade, aussi grande que le Vatican, compte 21 bâtiments, des restaurants, des magasins, des écoles, un cinéma, une caserne de pompiers et ses propres systèmes de production d’électricité et de traitement des déchets. Elle dispose aussi de ses propres moyens de télécommunication et d’un système de gestion des eaux usées.

Le domaine est 6 fois plus grand que celui du siège des Nations unies à New York, et fait les 2/3 de la taille du National Mall à Washington DC.
Surnommée Fortress America, elle comprend 21 bâtiments répartis sur 42 hectares et elle fonctionne de manière autonome, ne dépendant pas des services publics de la ville de Bagdad.

Elle a été construite à la suite de l’invasion américaine de l’Irak, en 2005, à partir des plans du cabinet d’architecture Berger Divine Yaeger inc. Neuf cents (900) ouvriers ont été mobilisés pour la construction de cet édifice terminé le 12 mai 2008 pour un coût d e 736 millions de dollars.

Située le long du Tigre, à l’ouest du pont 14 Juillet, date commémorative du coup d’État anti-monarchique, dans la Zone verte, 3.577 mille contractuels sont chargés de sa sécurité.

La forteresse fait néanmoins l’objet d’attaques sporadiques aux roquettes ou aux missiles, notamment depuis l’assassinat du général Qassem Souleimany, chef de la brigade de Jerusalem des Gardiens de la révolution iranienne.

Sur le bilan politique de l’invasion américaine de l’Irak, cf ce lien: https://www.renenaba.com/l-hecatombe-des-faiseurs-de-guerre/

Mais si l’ambassade américaine à Bagdad fait l’objet de tirs hostiles, en raison de l’invasion du pays par l’armée américaine et la résistance anti américaine qui s’y est développée, tel n’est pas le cas de l’Iran et du Liban, deux pays qui se placent néanmoins en tête des actions les plus humiliantes au prestige américain en ce que les opposants à la politique américaine se sont emparés des archives des missions américaines, révélant la mission clandestine de la chancellerie, décapitant ses agents attitrés, des membres de la CIA.

Iran: La crise des otages. Un camouflet majeur.

La crise des otages américains en Iran survient du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981. Pendant 444 jours, cinquante-deux diplomates et civils américains sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans l’ambassade des États-Unis de Téhéran.

L’élément déclencheur aura été l’hospitalisation à New York, le 22 novembre 1079, du Chah déchu, mais la principale cause de cette crise est le soupçon d’espionnage des autorités iraniennes à l’égard de l’ambassade des États-Unis, qu’elles justifient par la découverte d’instruments de renseignement et de documents allant dans ce sens.

«Les Américains ont tenté de faire disparaître leurs documents confidentiels en utilisant des incinérateurs et des déchiqueteurs. Mais lorsque les étudiants ont vu de la fumée qui sortait du bâtiment, ils ont forcé l’entrée (du bâtiment) de l’ambassade et stoppé les agents » commente le guide, devant une des machines encore remplie de papier.

Quatre-vingt livres de documents secrets ont pu être reconstitués «grâce aux étudiants qui ont patiemment recollé les morceaux des documents broyés». Des livres sont consultables dans une des pièces du musée.

Les Iraniens exigeaient que les États-Unis reconnaissent leurs fautes passées, que fut le soutien américain indéfectible au Chah depuis l’Opération Ajax de l’été 1953. Cela équivalait pour Jimmy Carter à mettre en cause la politique de six présidents des États-Unis.

L’Opération Ajax, menée par la CIA, a visé à renverser le premier ministre nationaliste Mohamad Mossadegh, artisan de la première nationalisation pétrolière du tiers monde et le rétablissement dans son trône du chah d’Iran.

Véritable prise de guerre, l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1980, a permis la mainmise sur un important lot de documents confidentiels, détaillant l’architecture du réseau du renseignement américain au Moyen Orient et la liste des émargements.

Illustration

L’ambassade des États-Unis à Beyrouth, au Liban, le 18 avril 1983, explosion d’une voiture piégée.