Vent de fronde au Maghreb

  • 27 décembre 1983 – 6 janvier 1984: Emeutes du pain en Tunisie
  • 13 août: Accords d’Oujda entre le Maroc et l’Algérie sur le conflit Sahraoui.
  • 12 novembre: Le Maroc se retire de l’OUA au moment de l’admission de la République arabe sahraouie démocratique.
  • Le nouveau code civil réintroduit la charia en Algérie.

Paris, 24 janvier – Un vent de fronde souffle sur le Maghreb en ce début d’année 1984, alimenté par un mécontentement populaire diffus, le marasme économique mondial, et, dans un monde arabo-musulman en crise d’identité, par la tentation intégriste.

Débordant les relais traditionnels du pouvoir, partis politiques et syndicats, la «révolte des ventres creux» a frappé en  janvier, la Tunisie et le Maroc, les deux pays les plus démunis de ce qu’il est convenu d’appeler le Maghreb central et qui sont placés en «liberté surveillée» par le Fonds Monétaire International (FMI) en  raison de leur fort endettement extérieur. La dette extérieure marocaine s’élève en1983 à Onze milliards de dollars. Avec l’Algérie, ces deux pays forment un ensemble régional de plus de trois millions de km, dont les perspectives, à en juger par les statistiques, paraissent sombres. Avec 40 millions d’habitants, le Maghreb verra sa population doubler pour atteindre les cent millions.

Ce partenaire de premier plan de l’Europe, dont il borde le flanc méridional, à la jonction du monde arabo-berbère et africain, verra ses exportations agricoles, peu ou prou, affectées par l’entrée au sein de la CEE (communauté économique européenne) du Portugal et de l’Espagne, deux pays d’agriculture méditerranéenne.

Toutefois, la situation dans ces trois pays n’est pas semblable. En dépit de troubles d’origine intégriste ou berbère, qui s’y  sont produits l’année dernière, l’Algérie, qui bénéfice de ressources pétrolières mises au service de son développement, a été épargnée par les désordres qui ont ensanglanté ses deux voisins. Les hausses des prix des produits de première nécessité (farine, huile, sucre) ont certes servi de détonateur aux troubles en Tunisie et au Maroc, amenant d’ailleurs le président Habib Bourguiba et le Roi Hassan deux du Maroc à revenir sur leurs décisions.

Mais les émeutes en Tunisie ont eu aussi pour toile de fonds la lutte pour la succession que se livrent des factions diverses en vue de la relève du «Combattant suprême» octogénaire. Dans le Royaume chérifien, en revanche, les désordres tout aussi sanglants, selon les informations partielles diffusées à l’étranger, sont également attribués aux effets cumulés de trois ans de sécheresse, de huit ans d’une guerre coûteuse et sans perspective de solution immédiate au Sahara occidental, ainsi qu’  à la mauvaise gestion des affaires du pays.

Un important institut américain de prévision des risques le Beri (Business Environnement Risk Information), recommandait début janvier, de ne faire «aucune transaction» avec le Maroc en raison des risques élevés que présente ce pays pour les investissements étrangers. Cité par la revue officielle française, le Moniteur du Commerce International (MOCI), le BERI, organisme américain, fondait sa prévision sur «les affrontements politiques provoqués parles tentatives des militaires dissidents de déposer le Roi, des doutes sur le redressement économique et une crise financière créant une rareté des réserves.

Un autre organisme, l’Institut Nord Sud Export Consultants (NSE), dont le rapport est publié également dans le MOCI, estime que « les dirigeants marocains ont quelques raisons de craindre la colère de leur peuple». Contrairement à l’impression de professionnalisme et de perspicacité qui se dégage des dirigeants marocains lors de leurs entretiens avec les responsables étrangers, le Maroc est l’un des pays qui souffre d’une mauvaise gestion et de l’absence d’un projet viable de société. Hassan II n’a pas su mettre son astuce et son pouvoir au service des réformes vitales de structures», ajoute le rapport.

Le titre de  «Commandeur des Croyants» que porte le souverain alaouite, Descendant du Prophète, n’a pas empêché des désordres cycliques dans ce pays de vieille tradition, notamment, en juin 1981 à Casablanca, ni l’armée de se livrer, selon des informations publiées par la presse occidentale, à trois tentatives de régicide depuis 1971. La dernière en date, selon ces mêmes informations, est celle du Général Ahmad Dlimi, il y a tout juste un an. L’ancien commandant en chef des forces du Sahara a trouvé la  mort dans un accident de la circulation, selon la version officielle marocaine.

AFP – 24 janvier 1984

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