Tribune libre : Arabie Saoudite / Saad Hariri

Arabie Saoudite: Le comportement typique d’un État voyou. Saad Hariri: Un héros malgré lui, grâce au Hezbollah son ennemi intime.

Arabie Saoudite: Le comportement typique d’un État voyou. Saad Hariri: Un héros malgré lui, grâce au Hezbollah son ennemi intime.

Humanité Dimanche 16 – 22 Novembre 2017

La purge drastique opérée samedi 5 novembre à Riyad par l’impétueux prince héritier Mohamad Ben Salmane représente un comportement typique d’un État Voyou, dont le point culminant a été la démission forcée du premier ministre Libanais Saad Hariri sur injonction saoudienne, et sa mise en résidence surveillée à Riyad; un fait sans précédent dans les annales internationales.

Si l’incarcération, sans autre forme de procès, d’une vingtaine de princes et ministres saoudiens de même que la saisine de 1.700 comptes bancaires relèvent d’un acte de pur arbitraire dont le Royaume est coutumier, la prise en otage de Saad Hariri, de nationalité saoudienne certes, mais néanmoins premier ministre d’un état souverain constitue un acte en violation flagrante de la convention de Vienne sur les immunités diplomatiques.

Le coup de filet du pouvoir wahhabite s’est fait au nom de la lutte contre la corruption, alors que la prévarication, érigée en système de gouvernement a gangrené tout le Royaume par ses rétro-commissions sur les transactions d’armes et le hideux système de la «Kafala» (parrainage), la ponction des entreprises étrangères au profit de la strate parisitaire saoudienne.

Dûment investi par les électeurs les Beyrouthins et confirmé dans ses responsabilités gouvernementales par le parlement libanais, la réclusion de Saad Hariri à Riyad va devoir poser un sérieux problème aux protecteurs occidentaux de la dynastie wahhabite, d’autant plus aiguë que cette séquestration s’est accompagnée d’un blocus contre le Yémen, objet d’une agression caractérisée des pétromonarchies du Golfe.

Compagnon festif du fils du roi Fahd d’Arabie, rien ne prédestinait Saad Hariri à la direction d’un pays aussi singulier que le Liban, la poudrière par excellence du Moyen orient. Pas plus ses balises que ses protecteurs, que sa fortune, ne seront d’un grand secours à l’héritier Hariri aux heures décisives, propulsé à l’épicentre du pouvoir d’un pays névralgique sans la moindre préparation.

Ambitieux sans substrat intellectuel, celui qui passe être le moins futé des héritiers Hariri a été préféré à son frère aîné Baha pour succéder à son père assassiné, au mépris des règles de la primogéniture, en raison de sa proximité avec le prince Aziz Ben Fahd, son ancien commensal et désormais son compagnon d’incarcération au Ritz Riyad.

Ce natif de Riyad, en 1970, binational libano saoudien plus saoudien que libanais a considéré sa mandature gouvernementale comme un ancrage saoudien dans le jeu politique libanais, la délocalisation du wahhabisme monolithique vers le Liban pluraliste.

Se présentant comme l’alternative à l’extrémisme sunnite croissant au Moyen orient, son amateurisme dans la gestion des groupes islamistes «Fatah al Islam», Nord-Liban, et le salafiste Ahmad al Assir (Sud-Liban) a failli le carboniser avec l’ensemble de la configuration dont il était l’émanation.

Dans le projet multidimensionnel mis en œuvre par l’Arabie saoudite et les États Unis, les groupes intégristes sunnites devaient servir de contre pouvoir à l’effet de contrebalancer idéologiquement et militairement la milice chiite du Hezbollah et conduire à l’implantation des Palestiniens au Liban en vue de renforcer démographiquement les sunnites, la troisième plus grande communauté libanaise après les chrétiens 42% (toutes communautés confondues) et les chiites 30%.

La dynastie Wahhabite a porté la guerre au Liban pour compenser ses échecs retentissants sur tous les fronts du Moyen Orient: Syrie, Irak et Yémen. Si la vénalité de la classe politique libanaise est de notoriété publique, le Liban offre, en contrechamps, un peuple parmi les plus frondeurs de la zone.

Beyrouth, qui s’est offerte en victime sacrificielle de la défaillance arabe, à deux reprises durant le dernier quart de siècle, en 1982 Beyrouth-Ouest) et en 2006 (Beyrouth Sud), exerce depuis lors une fonction traumatique à l’égard d’Israël.
A n’y prendre garde, la capitale libanaise pourrait bien constituer le cimetière de la morgue saoudienne.

Et le Hezbollah que Saad Hariri s’est appliqué à criminaliser auprès du Congrès américain, via le Hezbollah Accountability Act (HATA), et auprès de l’Union Européenne, -par la fermeté qu’il a affiché à exiger le respect du Droit constitutionnel libanais, en tandem avec le Président Michel Aoun-, pourrait bien être l’artisan de la réhabilitation nationale de l’héritier failli pour en faire un «héros malgré lui». Grâce au Hezbollah, son ennemi intime.

La biologie comme mode d’accession au pouvoir, le Liban, ses combats, son Histoire, tout comme l’Islam sunnite méritent mieux que cela. Les lois de l’hérédité permettent une accélération de carrière. Elles n’ont pas vocation à doter son bénéficiaire d’une compétence innée, ni de le prémunir forcément de toute médiocrité.

Humanité Dimanche 16 – 22 Novembre 2017

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