Syrie: La prophétie sur la chute du président syrien Bachar Al Assad, à l’épreuve de la guerre de Syrie.

Par touches successives, l’estimation au départ catégorique «chute imminente», «dans les quinze jours» -selon les oracles français-, a progressivement fléchi pour se muer en «chute inéluctable», passant ensuite à «vraisemblable», puis à «probable», enfin «possible».

La divination est un art problématique et la prophétie aléatoire.

Objet d’une diabolisation universelle par les médias atlantistes et islamistes, «Bachar», ainsi qu’il était désigné de manière désobligeamment répétitive, a déjoué les pronostics de tous ses détracteurs et survécu à ses ennemis.

Un résultat obtenu autant par sa résistivité et la combativité de ses alliés, notamment le Hezbollah libanais, que par la capacité manœuvrière des artisans du «grand jeu» régional, -l’Iran et la Russie-, ainsi que par l’impotence corrélative la sphère occidentaliste, de la piètre performance des djihadistes, de leurs parrains pétro monarchiques, enfin la pitoyable prestation de l’opposition syrienne off shore, particulièrement les supplétifs français en son sein.

Le retour de l’Égypte en Syrie, matérialisé par l’intermédiation du Caire dans le dégagement des djihadistes de la banlieue de Damas et sa forte participation à la Foire Internationale de Damas, en Août 2017, a marqué dans l’ordre symbolique la levée de l’ostracisme qui frappait le régime baasiste et sa ré-légitimation par le plus grand pays sunnite arabe, accentuant la déconfiture des détracteurs du régime syrien.

La caste intellectuelle arabe en a fait l’amère expérience à l’occasion de la guerre de Syrie et des spéculations réitératives sur la chute du président syrien où les vœux pieux s’entremêlaient frénétiquement avec les déclarations performatives, les postures déclamatoires, au point que même des capés de la méritocratie française et de «grandes signatures» de la presse occidentale ont succombé à leurs propres campagnes d’intoxication (1).

Un chercheur jordanien, spécialiste des mouvements d’opinion, s’est penché sur les prévisions politiques des faiseurs d’opinion arabes à propos du sort de Bachar Al Assad , lors de la grande offensive de la contre-révolution arabe de la séquence dite du printemps arabe», où les estimations ont connu une gradation en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain.

Par touches successives, l’estimation au départ catégorique «chute imminente», -«dans les quinze jours» selon les oracles français-, a progressivement fléchi pour se muer en «chute inéluctable», passant ensuite à «vraisemblable», puis à «probable», enfin «possible».

En préambule, l’auteur de l’étude, le Docteur Walid Abdel Hay, a souligné qu’il s’est penché sur les documents observant une approche méthodologique dans les raisonnements des intervenants et une claire prise de position sur le sujet, excluant les réactions impulsives générées lors des joutes oratoires et les débats télévisés.

Le politologue a retenu un panel reflétant les grands courants politiques et intellectuels de 16 pays arabes, ainsi que des études parues au sein de la diaspora arabe des États Unis et d’Europe.

Pour fonder son jugement, Walid Abdel Hay a analysé 307 documents, -266 articles et 41 études-, rédigés par 81 auteurs, soit en moyenne pour chaque contributeur de 1 à 4 articles.

Ci joint le résultat de ce spécialiste de la prévision, dont la recension pour le locuteur arabophone se trouve sur ce lienhttp://www.raialyoum.com/?p=719661

  1. 84,03% d’auteurs ont prédit la chute du régime syrien en 2011 et 2012
  2. 10,73% ont prévu sa chute entre 2012 et 2015
  3. 5,21% ont prédit que le régime baasiste ne chutera pas avant 2016

Sur les 300 articles prophétisant la chute du Président Bachar Al Assad et son régime,

  1. 199 textes émanaient d’auteurs se réclamant du courant islamiste.
  2. 81 textes d’auteurs se réclamant du courant nationaliste.
  3. 16 textes du courant libéral.
  4. 6 textes du courant marxiste.

«La dynamique du «printemps arabe» a faussé le jugement de bon nombre d’analystes en ce qu’ils ont posé comme postulat de départ la chute en cascades des dirigeants arabes (le tunisien Zine Al Abidine Ben Ali, l’égyptien Hosni Moubarak, le yéménite Ali Abdallah Saleh et le libyen Mouammar Al Kadhafi)».

Raisonnement mécanique et instinct grégaire

Le raisonnement mécanique et l’instinct grégaire ont dominé la démarche intellectuelle arabe, relève le politologue jordanien.

«Le bouleversement de la physionomie du leadership arabe traditionnel, la première année du soulèvement populaire arabe, en 2011 a conduit les intellectuels arabes à opérer un raisonnement mécanique», estime l’universitaire jordanien qui observe que «la grande tragédie des intellectuels arabes est d’avoir renoncé à la prudence habituelle qui s’impose dans ce genre d’exercice et d’avoir déduit que le processus était inéluctable, irréversible».

Un autre trait saillant qui a dicté le raisonnement des intellectuels arabes est leurs présupposés idéologiques à l’égard du régime syrien.

Une approche subjective et non dictée par une analyse concrète d’une situation concrète, soutient Walid Abdel Hay. «L’instinct grégaire» a prévalu dans les prédictions des intervenants, les conduisant à sur estimer le rôle de la Turquie et des pays occidentaux, ajoute-t-il.

Les variations de sept auteurs

Sept auteurs, dont l’universitaire ne révèle pas l’identité, ont alterné leurs prévisions tantôt favorables au maintien du régime, tantôt sceptiques sur sa longévité, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain, pariant sans doute sur l’amnésie des lecteurs pour justifier leurs variations prévisionnelles.

277 articles (90,22%) s’appuyaient sur l’intuition et le pressentiment de l’auteur, 19 articles ont opté pour des plaidoyers pro domo, la description de scénarios abrupts, sans le moindre adossement à une information fiable et vérifiable. Sans le moindre respect des règles élémentaires de la prospective.

Nul n’est prophète dans son pays, surtout lorsque le «faiseur d’opinion» est animé d’une opinion sur déterminée par ses présupposés idéologiques, ses œillères intellectuelles, sa cécité politique ou son soubassement financier.

Dr Walid Abdel Hay indique que sa prochaine étude portera sur les «faiseurs d’opinion» des pays occidentaux.

Pour en avoir un avant-goût, ci joint quelques éléments d’appréciation:

1 – La déconfiture de la presse française à propos de la guerre de Syrie : Les cas de Libération et Le Monde

Libération, le portrait dressé par un prix Joseph Kessel 2017

2 – Le Monde, une métaphore animalière sur un combat homérique entre le Cobra islamiste et la mangouste militaire narrée par un prix Albert Londres 2008

Additif

Vanessa Burggraff, poupée Barbie de l’Otan, reine du Fake News, promue Directrice de la Rédaction de France 24,

Sur la fausse défection de Lamia Chakkour, ambassadrice de Syrie en France.

La défection de Farouk al-Chareh, vice-président syrien, a été annoncée par les médias au moment où Laurent Fabius, le super cappé de la méritocratie française, prédisait “des défections spectaculaires à la tête du régime syrien“.
Mais il n’en a rien été. Alors en guise de lot de consolation, la défection de l’ambassadeur de Syrie en France et son ralliement à l’opposition a été jetée en pâture. L’intox négligeait un fait capital: l’identité du diplomate: Lamia Chakkour est en fait la fille du Général Youssef Chakkour, chef d’état major (chrétien) de l’armée syrienne durant la guerre d’octobre 1973 et maître d’œuvre de la récupération partielle du Golan, le plateau syrien occupé par Israël.

Ci joint le lien du Fake News, (Au passage, observez Vanessa Burggraff remerciant pour son “courage” la fausse Lamia Chakkour)

Pour aller plus loin

L’Hécatombe de la guerre de Syrie, six ans après son déclenchement.

Document