Syrie: Hommage à Hussein Aloudat, figure de proue de l’opposition démocratique syrienne.

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«Une révolution est par essence incompatible avec une alliance avec des forces rétrogrades de même que la militarisation du conflit syrien propulsé par un financement extranational ne saurait favoriser l’avènement d’une nouvelle Syrie démocratique».

Tel est en substance le message de Hussein Aloudat, une des figures de proue de l’opposition démocratique syrienne, décédé en avril dernier, dont une cérémonie d’hommage en sa mémoire a été organisée les 14 et 15 mai 2016 à Genève.

Bassel Aloudat, le propre fils du défunt de même qu’une quarantaine d’intellectuels syriens, libanais et arabes des pays arabes et de la diaspora (Etats-Unis, Allemagne, France etc) ont participé à ce colloque organisé par l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), dont il était l’un des grands conseillers.

1- Intervention de M. Habib Haddad (Syrie)

Brossant le parcours de ce «grand militant des Droit de l’Homme», son compagnon de route pendant 60 ans, Docteur Habib Haddad, ancien ministre et haut fonctionnaire syrien, mettra en relief «la posture courageuse et lucide du défunt, intellectuel patriote, laïc, marxiste, attaché à la promotion de la cause nationale arabe, à la centralité de la cause palestinienne dans le combat libératoire arabe…….une incarnation vivante du projet national démocratique de Syrie, un aiguillon dans la poursuite de notre combat», a-t-il dit.

Dans toutes ses fonctions, «ce grand éducateur et formateur, a-t-il poursuivi, a toujours eu le souci de casser le cadre traditionnel de l’enseignement fondé sur la scansion pour lui substituer une approche favorisant le développement de l’esprit critique».

A tous égards, Hussein Aloudat a constitué un portrait en creux de l’opposition syrienne soutenue par les pétromonarchies et l’alliance atlantique. «Un pôle d’attraction, nullement altérée par le moindre sectarisme ethnique, religieux ou régionaliste».

2- Intervention de Fayçal Jalloul (Liban)

L’écrivain et journaliste libanais s’est attaché, lui, à mettre en valeur «au-delà de l’homme, l’idée de l’homme que le défunt incarnait, particulièrement son ardente obligation à prôner la renaissance du Monde arabe et à mettre en œuvre les conditions de sa réalisation».

«Le problème réside non dans l’Islam mais chez les Musulmans et sa transformation en religion rétrograde n’est pas le fait des Occidentaux, mais du fait des musulmans eux-mêmes, en ce que la religion musulmane, -à tout le moins ceux qui s’en réclament- est capable du pire comme du meilleur, de l’éclat de la civilisation andalouse à l’obscurantisme de Daech», a-t-il soutenu, assurant que «Hassan El Banna, le théoricien de la confrérie des Frères Musulmans, est un pur produit des orientalistes et de l’orientalisme».

«L’Islam est né dans une zone porteuse de grandes civilisations, la civilisation persane et la civilisation byzantine. Il a pu prospérer par suite de l’effondrement de ces deux civilisations», a-t-il ajouté énumérant les conditions d’une renaissance arabe:

-Pas de renaissance dans le suivisme. «Le progrès et les sacrifices sont tolérables sous l’emprise d’un pouvoir autoritaire éclairé mais non sous le joug d’un tyran sous-traitant de puissances étrangères», a estimé M. Jalloul.

La renaissance implique obligatoirement la liberté; l’accumulation des connaissances, laquelle n’est possible que dans un climat de libre débat, propice à la promotion de l’égalité, la parité et l’égalité.

M. Jalloul a voulu apporter un démenti aux affirmations concernant les préjugés concernant le Monde arabe, expliquant leur retard par leurs défaites militaires successives: «L’Allemagne et le Japon ont été les grands vaincus de la 2me Guerre mondiale, mais cela ne les a pas empêché de se redresser et d’occuper à l’époque contemporaine des positions enviables à l’échelle des puissances, non sans avoir auparavant tiré les conséquences de leur défaite», a-t-il conclu.

3 – Intervention de M. Haytham Manna

M. Haytham Manna, Président de l’Institut Scandinave des Droits de l’homme, a mis l’accent, dans son intervention, sur la problématique de la reproduction de despotisme et de la corruption et des modalités de s’en dégager.

Selon lui, Il importait, pour ce faire de revenir à certains principes de la Renaissance, tels le concept de la personne et de la citoyenneté, de l’intégrité physique et morale, enfin de la fin de l’idée de l’Homme mineur.

M Manna a déploré que «le combat dans les pays arabes soit mené aujourd’hui davantage contre des contre révolutions que dans un combat proprement révolutionnaire, en ce que l’idée même de la révolution a été dévoyée par par les tenants d’idéologies obscurantistes soutenus par les Etats réactionnaires du Golfe», faisant valoir qu le défunt avait «résisté contre le régime de Damas de l’intérieur même de son pays et à ce titre son courage exceptionnel mérite d’être salué».

Dans son intervention, Manna a en outre considéré que le Monde arabe souffrait de quatre handicaps majeurs «la banalisation de l’état d’exception, le principe d’obéissance, le sectarisme ainsi que d’une conception étriquée de l’identité»

La banalisation de l’état d’exception

«l’Etat d’urgence est devenu la norme de gouvernement dans la plupart des pays arabes où l’état d’exception y est devenu un état normal. Cette tendance s’est projetée au niveau international du fait de effets de la mondialisation», a-t-il dit.

Se référant au «Patriot Act» américain, au plan Vigipirate et à la Loi sur le Renseignement en France, il a déclaré que «le couple sécurité terrorisme est un couple destructeur des libertés publiques», faisant valoir qu’ «en 15 ans les libertés publiques ont régressé et réduit à néant les conquêtes réalisées en 40 ans de lutte, dans le domaine des libertés, de la diversité et du pluralisme» (…).

La permanence de l’état d’exception se fait au détriment des libertés publiques», a-t-il constaté.

Le principe d’obéissance

Le principe d’obéissance, ancestral, régit la vie de la population dans tous ses aspects: Obéissance au Dieu créateur, obéissance au pouvoir d’état, obéissance au chef de la tribu, obéissance au chef du clan, enfin de l’épouse à son mari et par extension au proto-état Daech, extrêmement centralisé où chaque détachement de six membres est commandé par un Emir», a-t-il précisé.

Le sectarisme

M. Manna a soutenu que «la solidarité clanique prévalait sur la solidarité citoyenne, au point qu’un membre d’une tribu ne saurait choisir sa religion, ni dans certains cas son épouse. S’il dispose d’avantages, il en est redevable au privilège de sa naissance et s’il pâtit de servitudes, il en est redevable au handicap de sa naissance. Il a cité, à cet égard, «l’échec du projet de mariage civil au Liban du fait de la concordance des intérêts corporatistes et communautaristes.

Sous le thème «La renaissance entre le scepticisme de la raison et l’optimisme de la volonté», le colloque a été marqué par la participation des personnalités du monde intellectuel arabe. A l’ordre du jour des débats ont figuré les sujets suivants:

  • «Political rationality in crisis» La crise de la rationalité en politique
  • «Peut-on penser positivement l’avenir Proche orient.
  • Y-a-t-il une alternative au progrès?
  • Hussein Aloudat, symbol of the intellectual of civil resistance.
  • The role of the ICRC as a neutral international actor, with a vew to the syrian conflict. Par Valérie Petitpierre coordinatrice des opérations pour la Syrie et le Proche Orient, David Tuck, conseiller juridique du CICR et David Vanstall, (division de la protection).

Une des figures de l’opposition démocratique syrienne indépendante, Hussein Alloudat a été successivement journaliste, éditeur, membre fondateur de la «Proclamation de Damas». Il a démissionné de son poste de Directeur de l’Agence syrienne de presse Sana en signe de protestation contre les massacres de Hama, en 1982. Opposant, il a néanmoins tenu à demeurer à Damas, malgré la maladie.

Il est l’auteur notamment des ouvrages suivants: «La femme arabe dans la religion et la société», «Les chrétiens arabes», «La mort et les religions orientales». En l’an 2000, Hussein Aloudat a publié l’encyclopédie sur «les abus dans les droits de l’homme».

Homme pétri de sagesse, il était le plus apte à comprende les aspirations de la jeunesse; un ami loyal des bons et des mauvais jours. En pleine guerre, il a tenu à demeurer à Damas, en dépit des difficultés qu’il érouvait au niveau de sa santé.

Lors de la préparation du Congrès du Caire de l’opposition démocratique syrienne (Juin 2015), il m’a joint par téléphone, a indiqué M. Manna, pou souligner l’importance de l’évènement: «C’est le dernier congrès indépendant de l’opposition syrienne. Vous êtes condamnés au succès». Prenant connaissance des travaux du Congrès, ses réflexions sur les résolutions adoptées étaient empreintes d’une grande pertinence.

Sans suprise, l’homme a bravé les interdits et les tabous. Il est parti à la découverte d el’autre pour mieux apprehender la connaissance de soi. Il a étudié de manière approfondie les cultures et les religions des peuples de la région, sans exception. Il a voué une admiration à la structure composite de la personnalité syrienne et la profondeur des civilisations orientales.
Près de 70 ouvrages de la Ligue Arabe des Droits de l’Homme, une instance dont il a été un membre fondateur, ont été édités par ses soins, dédiant à l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme (SIHR), un ouvrage édité sous sa supervision.
Les oeuvres complètes des plus importants écrivains ont vu le jour par son entremise, sous sa supervision, sans la moindre plainte ou complainte. Sans jamais quelqu’un entende de lui des expressions telles que «Non je ne peux pas».

Pour rappel, ci joint le faire part de Haytham Manna, Président de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme et compagnon de route du défunt:

«La connaissance était incrustée dans ses cellules, comme le sang coule dans les veines, consacrant ses efforts à la quête de nouvelles découvertes. Il a fait de la maison d’édition Dar Al Ahali un incubateur pour tout chercheur, pour tout intellectuel et pour tout poète. Lui, le maître à penser de plusieurs générations de journalistes, d’écrivains et de nombreuses personnalités qui nous entourent et dont nous sommes fiers.
Il considérait le droit à la connaissance et la liberté d’expression comme des conditions fondamentales pour mettre un terme à la pétrification de la pensée. Il a porté haut le flambeau de la renaissance et convaincu de sa faisabilité la jeunesse qu’il aimait tant et qui l’a tant aimé.
A la mémoire de ce grand conseiller de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme, un combattant, chercheur, journaliste, ce colloque a été organisé pour rendre hommage à un grand défenseur de l’humain, de la démocratie et de la concitoyenneté de la Syrie et de la zone du Moyen-Orient».

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