Syrie / Archéologie: Le compte à rebours pour la France a commencé «à l’insu de son plein gré»

La métaphore de la pierre

  • « De l’archéologie au Moyen Orient et de son application en temps de guerre en Syrie » (1).
  • «La tradition, c’est de nourrir les flammes et non de vénérer les cendres»-Gustave Mahler.

Paris- L’archéologie, c’est le passé. C’est la mort? Non pas vraiment. L’archéologie, c’est la vie. Le déroulé de la vie. Une occasion de se livrer à une introspection par une rétrospective.

Si l’archéologie se définit comme une discipline qui a pour objet la connaissance et l’étude de l’antiquité et qu’elle renvoie systématiquement, dans le langage courant, à la notion d’antiquité…. L’antiquité n’est pas, loin s’en faut, un archaïsme. Dans son sens usuel, il s’agit d’une science qui a pour objet l’étude des civilisations humaines passées à partir des monuments qui en subsistent. Il relève donc du patrimoine d’un pays et de son héritage. C’est un élément précieux de connaissance de notre passé et donc de notre présent.

L’archéologie, en fait, est à un pays ce que la généalogie est à une famille, ce que la géologie est à l’auscultation du corps en ce qu’elle induit une lecture fractale du pays par l’analyse des diverses couches de sédimentation. Mais si la géologie est un voyage dans les entrailles du pays, l’archéologie porte témoignage d’un pays, de son histoire, de sa place dans l’histoire. Toutes ses disciplines sont complémentaires en ce que la pluridisciplinarité est nécessaire pour la compréhension d’un pays et concourt à la compréhension de la géosphère culturelle et humaine du pays, préalable à la définition d’une stratégie en sa direction.

L’archéologie du discours

Le terme est emprunté à Michel Foucault qui estime que «L’archéologie n’entreprend pas de traiter comme simultané ce qui se donne comme successif». …A l’image des strates en géologie. «Elle n’essaie pas de figer le temps». «De substituer à son flux d’événements, des corrélations qui dessinent une figure immobile» et que «Pour constituer une histoire archéologique du discours, il faut se délivrer du modèle linéaire de la parole où tous les événements se succèdent les uns aux autres, sauf effet de coïncidence et de superposition».

L’individu n’est pas un moulin à paroles. Les mots ont un sens et ne constituent pas une enfilade de paroles verbales. Les mots ne sont pas neutres, ni innocents. Les mots tuent parfois. Cela est encore plus vrai pour les Etats, particulièrement en période de guerre. Guerre psychologique autant que guerre sémantique, la guerre médiatique vise à soumettre l’auditeur récepteur à la propre dialectique de l’émetteur, en l’occurrence la puissance émettrice en lui imposant son propre vocabulaire, et, au-delà, sa propre conception du monde. Dans ce contexte, le langage est un marqueur d’identité culturelle de la même manière que les empreintes digitales, le code génétique, les mesures anthropométriques sont des marqueurs biologiques et physiques. Sous une apparence trompeuse, des termes généraux, lisses et impersonnels, le langage est codifié et pacifié. Il devient alors un redoutable instrument de sélection et de discrimination.

Le langage est connoté. A l’instar du Syllabus papal du XIX me siècle, qui prohibait l’usage de certains termes tels laïcité ou séparation Eglise Etats, le seul langage licite à l’époque contemporaine est le LQR «Lingua Quintae Respublicae», le langage en vogue sous la Vème République Française, homologué, estampillé. Gare à quiconque recourt à un langage personnalisé, forgé dans un vocabulaire qui lui est propre. L’homme risque l’ostracisme, aussitôt mis à l’index, affublé d’une tare absolue, irrémédiable: «ringard», «tricard», «complotiste», «négationniste» et dans le cas de la France, un «anti français» dès lors que la personne ne souscrit pas aveuglément à la doxa officielle. Selon que vous utilisez un terme ou l’autre vous serez classé «moderne et dynamique» ou «ringard».

Si la diffusion hertzienne est la moins polluante des armes sur le plan de l’écologie, elle est, en revanche, la plus corrosive sur le plan de l’esprit. Son effet est à long terme. Le phénomène d’interférence opère un lent conditionnement pour finir par subvertir et façonner le mode de vie et l’imaginaire créatif de la collectivité humaine ciblée. Nulle trace d’un dégât immédiat ou d’un dommage collatéral. Point besoin d’une frappe chirurgicale ou d’un choc frontal.

Dans la guerre médiatique règne le domaine de l’imperceptible, de l’insidieux, du captieux et du subliminal. Qui se souvient encore de «Tall Ar-Rabih» (La colline du printemps)? Près d’un siècle d’émissions successives et répétitives a dissipé ce nom mélodieux, synonyme de douceur de vivre, pour lui substituer dans la mémoire collective une réalité nouvelle. “Tal AR-Rabih” est désormais mondialement connu, y compris au sein des nouvelles générations arabes, par sa nouvelle désignation hébraïque, Tel Aviv, la grande métropole israélienne. Le travail de sape est permanent et le combat inégal. Il en est de même des expressions connotées.

A-Génocide et Shoah: L’imposition d’un terme est une marque de supériorité de l’émetteur et de subordination du récepteur. L’extermination d’une population en raison de ses origines s’appelle en français «génocide». Il en est ainsi du génocide arménien en Turquie, comme du génocide des Tutsis au Rwanda. Lui préférer l’expression hébraïque du terme biblique de «Shoah» (holocauste) signe son appartenance au camp pro-israélien.Israël n’a jamais reconnu le caractère de «génocide» aux massacres des Arméniens en Turquie au début du XX me siècle, sans doute pour marquer le caractère unique des persécutions dont les Juifs ont été victimes en Europe. D’abord en Russie, les «pogroms» de la fin du XIX me siècle, puis en Allemagne et en France durant la Seconde Guerre mondiale (1939-45).

B –Tsahal: Il en est de même du terme Tsahal. Etymologiquement armée de défense, alors que l’armée israélienne est, selon, soit une armée d’occupation au regard du Droit International, ou une armée offensive, une armée d’offense en songeant aux guerres préemptives de 1948, 1956 et 1967, une armée offensante en songeant à ses maltraitances à l’encontre des Palestiniens, et au traitement de la Cisjordanie, un vaste camp de concentration à ciel ouvert avec 700 barrages militaires et près de 11.000 prisonniers palestiniens.

C-Jérusalem et Tel Aviv: Désigner Israël par Jérusalem signe l’alignement pro israélien du causeur en ce qu’il revient à souscrire, pour beaucoup explicitement, et, pour beaucoup d’autres, soit par phénomène de mode, soit par effet d’entrainement d’un esprit grégaire, à l’annexion de la totalité de la ville sainte à Israël, y compris le secteur arabe et la Mosquée Al Aqsa, 3eme haut lieu de l’Islam. Le désigner par tel Aviv, signe son respect à la légalité internationale et son refus de l’annexion de la ville sainte par les autorités d’occupation israéliennes.

D-Apartheid: Terme tabou absolu. Suggérer qu’Israël du fait de sa politique discriminatoire est un pays de ségrégation raciale, le mettre en garde contre les effets pervers d’une annexion complète de la Palestine à l’effet de le transformer en état d’Apartheid, pourrait valoir à son auteur, quelle que soit son autorité, quelle que soit son degré d’amitié avec Israël, les foudres de la bien-pensance avec à la clé la sempiternelle accusation d’antisémitisme. John Kerry, secrétaire d’état américain, en a fait les frais dernièrement. Auparavant l’ancien président Jimmy Carter, quand bien même la mise en garde provient d’un des pères fondateurs de l’Etat hébreu, David Ben Gourion: «Lorsqu’il a fallu choisir entre toute la terre sans Etat juif et un Etat juif sans toute la terre, c’est cette seconde option que nous avons choisie». David Ben Gourion précisait alors que la conquête de la totalité de l’ancienne Palestine mandataire aurait impliqué en effet que la population juive devienne minoritaire en cas d’élections.

Le terme apartheid a un effet terrifiant sur la psychologie israélienne en ce qu’il renvoie à l’Afrique du sud, son partenaire de la période coloniale, dont le régime d’apartheid a été vaincu par le boycott, un cauchemar que l’état hébreu et ses nombreux soutiens dans le monde veulent à tout prix écarter de leur imaginaire. Dans le même ordre d’idée, le «Mur d’apartheid» doit être banni du lexique international en ce qu’il renvoie au Bantoustan palestinien. La barrière de béton qui enferme Israël dans un ghetto est désignée par les communicants israéliens de «ligne de démarcation», comme s’il s’agissait ‘une ligne de délimitation d’un terrain de jeu.

Nul ne doit douter qu’Israël, «l’unique démocratie du Moyen Orient» est un pays de blanches colombes, non de colons, que son armée est guidée par le principe de la «pureté des armes», quand bien même il enfreint systématiquement le droit humanitaire internationale; un pays dont bon nombre de dirigeants use d‘un bestiaire épouvantablement raciste à l’égard des Arabes et Palestiniens -«des cafards»-; un pays qui ne s’interdit pas de stériliser les femmes Falachas, les juives éthiopiennes. Pour préserver «la pureté de la race»? Un pays qui n’a enfin que compassion pour les Palestiniens, à qui il fait régulièrement des «offres généreuses» de paix, à l’instar d’Ehud Barack, mais que ceux-ci rejettent par ingratitude.

Autre rengaine, les termes antisémitisme et antiracisme. Arabes et Juifs sont des sémites, mais l’antisémitisme ne concerne que les Juifs, pour se distinguer des autres, alors que l’antiracisme englobe Arabes, Noirs, Musulmans, Asiatiques, Peaux-rouges, etc. Le Président Jacques Chirac, lui-même, en fustigeant «l’antisémitisme et le racisme» dans son discours d’adieu, le 27 mars 2006, a consacré dans l’ordre subliminal un racisme institutionnel.

La captation de l’imaginaire: Le contrôle du contenant et du contenu

Le bloc occidental maitrise non seulement le contenant (les vecteurs) mais également le  contenu (le langage) de sorte que la liberté d’information, un des fondements de la démocratie, existe, mais uniquement pour ceux qui en maitrisent les codes. La bataille de Syrie en apporte quotidiennement la preuve.

De l’importance de l’archéologie

Au-delà des considérations touristiques, la restauration des sites antiques constitue un impératif national pour les pays de grandes civilisations. Egypte, Grèce, Italie, Mésopotamie, Syrie. Et l’UNESCO participe à la préservation des sites antiques en les décrétant «Patrimoine mondial de l’humanité». Les peuples puisent dans le passé les raisons d’espérer dans leur avenir… et de ne pas désespérer de son présent, sous réserve que ce recours ne fasse pas l’objet d’une fixation génératrice d’un immobilisme.

Les grandes célébrations participent de cet objectif. La célébration de la prise de la bastille le 14 juillet, l’ «Independance Day» aux Etats Unis, le 4 juillet, sous-tendent une volonté d’exalter la fierté nationale et la cohésion de la société, par la position du pays vis-à-vis de son environnement international.

La France a scandé son entrée vers le III me millénaire par la célébration de ses événements historiques. C’est le trait constant de la dernière décennie du XX me siècle. Jamais pays n’a paru plus soucieux de magnifier son passé. Toutes les déclinaisons du calendrier ont défilé en commémoration: 1500 me anniversaire de la proclamation de l’Édit de Nantes (1598), qui a mis fin à la guerre religieuse entre Catholiques et Protestants; Millénaire du baptême de Clovis (1996), qui marque le ralliement de la France à la Chrétienté, Bicentenaire de la Révolution Française (1989); Cent cinquantième anniversaires de l’abolition de l’esclavage (Mai 1998), Centenaire du manifeste accusateur d’Émile Zola contre la ségrégation politico‑religieuse («J’accuse», Janvier 1998), Cinquantenaire de la libération de la France, Quarantième anniversaire de la Vème République; Enfin trentième anniversaire de la révolte étudiante de Mai 1968.

La France a-t-elle voulu ainsi compenser son repli frileux sur elle‑même ou puiser dans sa gloire passée l’espérance de son avenir? La question se pose à en juger par les politiques publiques menées depuis un demi-siècle par la classe dirigeante. Cette succession de célébration correspond en archéologie à une datation des périodes. De petits cailloux du petit poucet qui permettent les repères de la mémoire. Période mérovingienne, carolingienne, la renaissance, la révolution, le consulat et l’empire, la restauration, la République; autant de déclinaisons qui constituent des variations de la France. L’archéologie illustre dans la pierre la théorie de la succession d’Etat et de la continuité juridique de l’Etat. La France assume ainsi son histoire.

Mais pour être salutaire, l’exercice se doit de ne pas occulter les pages honteuses de sa propre Histoire.

Pour que la démonstration soit complète, il incombe que le devoir de mémoire ne soit pas sélectif. Bien que les peuples du tiers-monde n’aient jamais cultivé une idéologie victimaire, et que leurs ressortissants en France n’en aient jamais fait usage dans leur combat pour leur acceptation, la repentance devrait englober les victimes muettes, les alliés de la période coloniale, les peuples colonisés d’Outre‑mer, lesquels, paradoxalement, à deux reprises en un siècle, ont fortement contribué à la libération de leur colonisateur dans des guerres qui leur étaient totalement étrangères,‑‑les deux guerres mondiales (1914‑18, 1939‑45), avant d’être sérieusement réprimés à Sétif (Algérie), au camp de Thiaroye (Sénégal) et à Madagascar, sans doute à titre de rétribution pour leur concours à l’effort de guerre français.

Certes l’ingratitude est la loi des peuples pour leur survie, mais la grandeur d’une nation réside dans son courage à revendiquer ses actes et à sa capacité à assumer ses responsabilités. Nonobstant le passé ségrégationniste de son pays, le Président Bill Clinton a assumé, en Avril 1998, l’héritage américain, assurant lors de la première tournée d’un président américain sur le continent noir depuis 20 ans que «l’Afrique a constitué le plus beau cadeau fait aux États‑Unis». Une position en contrechamp de celle de la France. Sans djembés ni Mallettes ni réflexions désobligeantes selon lesquelles «l’Afrique n’est pas encore entrée dans l’Histoire».

De l’archéologie au Moyen Orient

Berceau des trois grandes religions monothéistes, le Moyen-Orient est un lieu chargé d‘histoire, tant au niveau religieux (Jérusalem, Bethleem, Nazareth, La Mecque, Médine, Nadjaf, Qom, Kerbala, Ur) que sur le plan historique (Le Sphinx, les Pyramides, les Colonnes de Baalbek, Petra, Palmyre, le Krach des Chevaliers, la Mosquée des Ommeyades, Babylone).

La bataille dans l’ordre symbolique sous-tend un objectif plus ambitieux: La réappropriation des lieux et la légitimation de cette réappropriation. Ce qui explique sa virulence. L’hébraïsation des noms des localités arabes de la Palestine du mandat britannique en est témoin: Tel Aviv (Tall Ar Rabih, colline du printemps/ Beersheba – Bi’ir As Sabeh, le puits de l’Ours/ Néguev-An Naqab) relèvent de cet objectif. De même que l’incendie de La Mosquée Al Aqsa, en 1969, qui enflamma le Monde musulman et donna, par ricochet, naissance à l’Organisation de la Conférence islamique, premier forum du monde musulman de l’époque contemporaine, groupant 55 pays et 1, 5 milliards de fidèles. Toutefois cette légitime colère aurait eu valeur d’exemple à l’effet de capitaliser la sympathie de l’opinion internationale, et la sphère arabo musulmane gagné le respect du Monde, si elle avait fait preuve de davantage de cohérence. L’incendie d’Al Aqsa a été neutralisé par la destruction des Bouddhas de Bamyan et des stèles de Tombouctou.

De la France en Syrie: Le compte à rebours a commencé pour la France, « à l’insu de son plein gré ».

Le fait est historique: La France a une présence millénaire en Orient, remontant à la période des Croisades, confirmée par l’alliance entre François I et Soliman le Magnifique, consolidée par de prestigieuses réalisations de Jean de Champollion (la découverte des hiéroglyphes) et Ferdinand de Lesseps (percement du canal de Suez), prolongée par le Mandat français sur le levant (Syrie Liban), vivifiée par une présence culturelle active avec l’Institut Français du Proche Orient, héritier de l’Institut d’Archéologie de Damas, les fouilles françaises en Syrie, et le Cermoc à Beyrouth. Au point que la France est créditée d’une expertise reconnue au Liban et en Syrie, les deux points d’ancrage traditionnel de son influence dans la zone.

La Syrie regorgent de sites archéologiques vestige d‘une grande civilisation Palmyre, le Krak des Chevaliers, le souk des Omeyyades, celui d’Alep…souvent mis en valeur par des Français. C’est en Syrie (à Deir Ez Zor) qu’a été édifié le mémorial du génocide arménien. C’est Damas qui abrite la Mosquée des Omeyyades et le siège des patriarcats des Eglises d‘Orient, à l’exclusion de l’Eglise maronite, située, elle, au Liban. C’est la Syrie enfin qui a donné l’exemple du combat nationaliste avec la mémorable posture de Youssef Al Azmeh, ministre de la défense, tué les armes à la main, face aux envahisseurs français, dans la bataille de Maysalloun, acte fondateur du nationalisme syrien contemporain.

Or, paradoxalement, c’est avec la caution silencieuse de la France que le souk d’Alep a été incendié. Des actes de vandalisme opérés dans les lieux de culte, des conversions forcées au wahhabisme à l’encontre des Musulmans (conversion forcée de 18 villages druzes); l’appareil productif syrien, notamment de la région d‘Alep, démantelé par les djihadistes et transféré en Turquie en guise de compensation à l’hospitalité turque pour le droit de passage des djihadistes. Et surtout Maaloula, bourgade chrétienne de la banlieue de Damas, dont les habitants parlent la langue araméenne, -la langue du Christ- où 17 religieuses ont été prises en otage.

Alors que partout dans le monde la préservation du patrimoine constitue une préoccupation, la sphère arabo musulmane, du fait d’une interprétation rigoriste des textes religieux, s’applique à détruire les vestiges des civilisations…. dans le silence complice des pays occidentaux, indifférents aux dégâts de leurs propres dérives. Il en est ainsi de l’opposition syrienne off-shore dont l’existence même constitue un contresens historique, qui traduit un déni de la réalité: un pur mercenariat.

Toute opposition n’est pas légitime dès lors que cette opposition est le fait d’un mercenariat commandité par des puissances régionales et extra régionales en vue de faire office de contre révolution, et de contrefeux à leurs propres turpitudes. Et le devoir d’un bi national est de servir de passerelle, non de supplétif, l’arabe de service en somme de son ancienne puissance coloniale. Malsain de justifier les dérives terroristes du combat au prétexte de combattre une minorité (les Alaouites en Syrie), tout en justifiant ces mêmes dérives d‘un pouvoir minoritaire sunnite combattant la majorité chiite au Bahreïn.

Cent ans après Sykes-Picot qui aménagea le partage du Moyen–Orient en zone d’influence des deux grandes puissances coloniales de l’époque, le Royaume Uni et la France, les ordonnateurs de ce démembrement ont cédé le pas à de nouveaux venus de la scène internationale et régionale (Etats Unis, Russie, Chine, Iran, Israël, Turquie, Arabie saoudite), perdant la maitrise absolu du jeu. Si le Royaume Uni a réussi à préserver ses positions, particulièrement dans le golfe pétro monarchique anglophone, la France, elle, est réduite à sa portion congrue.

Cent ans après Sykes-Picot, que reste-t-il du Mandat Français au Levant? Une Syrie désarticulée du fait franco turc, un Liban gangréné par le confessionnalisme, du fait français… la Rue Gouraud, dans la réduit chrétien de Gemayzeh dans le périmètre d’Achrafieh, (Est de Beyrouth), dernier résidu d’une présence antique, soutenue par deux béquilles, le clan Hariri au Liban et l’attelage des binationaux de l’opposition off-shore, pour la Syrie, ainsi que les déchets du régime baasiste rejetés vers Paris:

Les deux anciens vice–présidents de la République syrienne, Rifa’at Al Assad, propre oncle du président syrien et bourreau de Hama, en 1982, et Abdel Halim Khaddam, la caution baasiste de l’affairisme syro libanais du temps de la mandature de l’ancien premier ministre libano-saoudien Rafic Hariri à Beyrouth, ainsi que Moustapha Tlass, ancien ministre de la défense et son fils Manaf, ancien chef de la garde présidentielle de son ancien camarade de jeu, Bachar Al-Assad.

Le ravalement cosmétique du patrimoine immobilier d’un pays, à l’instar de la chirurgie esthétique d’une personne, relève de l’artifice. L’écume des mers. Tout comme les stratégies de communication relèvent de l’enfumage. Ils ne sauraient masquer la réalité. Nombre d’hommes et de «Grands hommes» se sont dissipés dans la poussière de l’Histoire. La pierre pas. La pierre authentique. La pierre ne ment pas.

Plutôt que de réclamer la vérité sur la Syrie, il importe que la France emprunte un langage de vérité pour se pénétrer de sa vérité vraie et non de sa vérité sublimée. Comme en Indochine, en Algérie (Sétif), au Sénégal (Thiaroye), au Cameroun, à Madagascar, à Alexandrette, à Suez ou ailleurs.

«La France n’aime pas qu’on lui présente la facture de son histoire. Elle préfère se présenter comme l’oie blanche innocente qu’elle n’a jamais été. Ce n’est pas ainsi que perdure une grande nation, mais en respectant ses valeurs. Le dire, c’est servir son pays. Le nier c’est l’offenser», Noel Mamère dixit.

Plutôt que de se préoccuper de savoir si tel continent est entré ou non dans l’histoire, il parait plus impérativement judicieux de savoir si la France n’est pas en train de sortir de l’histoire.

L’archéologie ne pardonnera pas la destruction programmée des vestiges de la Syrie, par les hordes barbares, sous parrainage occidental, particulièrement français. Le fait de réduire à l’état de pierre son environnement immédiat relève d’une politique d’empoussièrement de courte vue. Il est à craindre que les vents contraires ne repoussent vers l’ordonnateur de ce saccage la poussière toxique de ce désastre.

Le compte à rebours a commencé pour la France, « à l’insu de son plein gré ». La sortie de scène d’un des témoins majeurs de cette séquence, le cornac français de l’opposition off-shore, Éric Chevallier, est déjà programmée (3), à l’instar de celle de Robert Ford et de Bandar Ben Sultan, ses compères américain et saoudien….

Trois ans après le déclenchement de la guerre de Syrie, Basma a perdu le sourire et Bourhane n’a jamais constitué une preuve dirimante et irréfragable. L’Histoire ne pardonne pas à ceux qui l’insultent. L’Histoire est impitoyable avec les perdants.

Pour aller plus loin

1 – Sur la problématique syrienne

2- Sur la destruction du patrimoine syrien:

3 – A propos des dérives de la France dans le conflit syrien

4 – A propos de l’opposition syrienne à Paris

Au-delà du duo des sœurs Kodmani, Basma Kodmani et sa sœur Hala, qui monopolise les ondes françaises, en tandem avec Bourhane Ghalioune, le premier président de l’opposition off-shore, un trio sans la moindre légitimité, plusieurs associations syriennes démocratiques opèrent en France, hors circuit de l’opposition off-shore, une structure coparrainée par l’alliance atlantique et les pétromonarchies, sans accès de ce fait aux pouvoirs publics français.

Le plus connu et le plus ancien dans le domaine de la lutte démocratique est naturellement Haytham Manna, opposant syrien notoire, et responsable pour la diaspora syrienne du Comité de Coordination nationale pour le changement démocratique (CCNCD-opposition syrienne non armée), il s’oppose avec force à toute intervention étrangère contre son pays et prône un règlement politique. Président de «The Scandinavian Institute For Human Rights (Institut Scandinave des Droits de L’homme (SIHR), Haytham Manna vit en exil en France depuis 35 ans. Titulaire d’un diplôme sur la médecine psychosomatique de l’université de Montpellier, il a exercé au sein de l’équipe médicale du professeur Philippe Castaigne au Laboratoire du Sommeil (Département de neurophysiologie) du groupe hospitalier Pitié Salpêtrière à Paris. Haytham Manna siège au comité directeur de Justicia Universalis et de l’Institut égyptien des études des droits de l’homme, titulaire des plusieurs distinctions honorifiques dans le domaine des droits de l’homme: Medal of Human Rights-National Academy of Sciences-Washington (1996), Human Rights Watch (1992). Deux associations groupant plusieurs centaines d’intellectuels, des membres professions libérales (chirurgien, scientifique etc..), de toutes confessions, de toutes les régions de Syrie de la diaspora œuvrent pour la promotion des relations franco syriennes, dans l’ignorance totale des médias français et sans le moindre accès aux pouvoirs publics français. Une 3 me structure est dirigée par Samir Aita, polytechnicien, directeur de la version arabe du Monde diplomatique, président de l’association «Entraide et démocratie».

Pour aller plus loin voici les liens

L’électorat syrien en France, captif de l’arbitraire gouvernemental français.

Le Collectif pour la Syrie regrette la décision de la France d’interdire aux Résidents Syriens d’user de leur droit de vote aux prochaines élections syriennes http://sana.sy/fra/51/2014/05/11/543811.htm COLLECTIF pour la SYRIE «La violence est le dernier retranchement de l’incompétence» (I. Asimov) Association loi du 1er juillet 1901- J.O. du 26 mai 2012  www.collectif-pour-la-syrie.org

7 comments

réponse à Sylvia
Le journalisme est un sport de combat. le chantier est immense: La raclure nombreuse, autant que la vermine, le délire intense et la trahison incommensurable. il importe de mettre un terme au processus de désorientation psychologique des Arabes et de leur aliénation mentale. Ce jour là nous boirons à la santé des démocrates.

Cher Monsieur Naba,
Dieu merci qu’il reste encore des journalistes comme vous, courageux, compétents et surtout n’étant aliénés à aucun pays ou médias influents, pour défendre encore, de ce qu’il reste d’espace de liberté et de démocratie dans nos pays Occidentaux qui depuis la France en particulier, traite de Rebellions les français partis faire le Djihad en Syrie, mais quand ils sont de retour en France, ils deviennent soudain des terroristes dangereux qu’il faut combattre!
Voilà comment de Juppé à Fabius, notre politique étrangère est devenue ridicule aux yeux du monde entier, alors que la France était le seul pays qui pouvait jouer un rôle conciliateur et positif dans ce pays qui est assis sur tant de civilisations….Merci encore pour tout ce que vous faites pour défendre la vérité, la liberté et par la même la paix!

Merci d’attirer l’attention sur toutes ces attaques insidieuses pour detruire non seulement les hommes, mais leur humanité. Mettre du sel sur les plaies et dans les sillons… Je ne pense pas que l’Occient sera pardonné.

PJCA

Merci pour cet article, vous lire est toujours un plaisir.
Vous précisez dans votre article que Juifs et Arabes sont sémites. Joseph Massad, professeur associé à l’Université de Columbia, défend la thèse que l’antisémitisme est une pure création du mouvement européen anti-juif du XIXème siècle. Ce dernier servira d’ailleurs la cause sioniste. Cerise sur le gateau, les juifs victimes de l' »antisémitisme » européen étaient pour la plupart des Européens convertis au judaïsme et donc non sémites.

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