Raymond Eddé, l’antithèse d’un chef de guerre

By , in Flashbacks Liban Portrait on .

AFP – Du magma libanais, un homme se distingue à distance : l’exilé de Paris, Raymond Eddé, figure de proue des Chrétiens modérés, l’antithèse de chefs de guerre, grands ou petits qui depuis huit ans sillonnent son pays.

Jadis cassandre du Liban, ses prophéties semblent se vérifier cruellement: Le havre de paix de naguère, trait d’union entre l’Orient et l’Occident, exemple de cohabitation islamo chrétienne, est désormais un polygone de tir permanent à l’échelle régionale.

M. Eddé, Amid (doyen) du Bloc national et opposant irréductible au cours des deux dernières décennies (1960-1980) impute cette situation à la «démission morale» des dirigeants libanais de toutes confessions et à leur «frénésie électoraliste».

Son premier coup d’éclat, en 1958, se manifeste contre le Général Fouad Chéhab à l’élection présidentielle. M. Eddé se présente contre celui qui faisait figure, au terme de la première guerre civile libanaise, de sauveur du pays. Cette témérité sera sévèrement jugée par l’establishment qui y avait vu à l’époque une saute d’humeur d’un dandy de la politique, alors que prosaïquement il cherchait à convaincre que la théorie de l’homme providentiel était incompatible avec un sain fonctionnement de la démocratie.

R.NABA/DIPLO

Liban: Raymond Eddé…….deux

Paris- Une deuxième fois, en 1969, de nouveau à contre courant de l’opinion, il sera le seul homme politique libanais à s’opposer à la légalisation de la présence militaire palestinienne au Liban, au nom de l’armistice signé vingt et un ans plus tôt, en 1948, avec Israël.

Ses alliés chrétiens d’alors –phalangistes et chamounistes – donnent leur caution aux accords du Caire conclus sous l’égide de Nasser par souci de ménager le panarabisme ambiant chatouilleux. M. Eddé est accusé alors de verser dans un juridisme fastidieux.

Six ans plus tard, en 1975, il se dresse contre la partition du Liban, projet qu’il prête au Docteur Henry Kissinger, dont il dénoncera quotidiennement les menées. Au péril de sa vie, il fustige tout à la fois l’aventurisme belliqueux des dirigeants maronites, les débordements palestiniens ainsi que les menées syriennes et israéliennes sur son pays.

La guerre du Liban (1975-76) si elle transforme de paisibles citoyens en d‘irréductibles adversaires, fait de m. Eddé le symbole de la fraternité islamo chrétienne et de l’indépendance nationale, sa résidence de Beyrouth Ouest, en zone palestino progressiste, ne désemplit pas de réfugiés de toutes confessions, fuyant les exactions.

R.NABA/DIPLO

Liban/Raymond Eddé…(trois dernier)

Paris- Face à la coalition syro chrétienne, il sera le candidat de ses coreligionnaires modérés ainsi que des Musulmans, des progressistes et des Palestiniens, aux nouvelles élections présidentielles de 1976 qui verront la victoire de son rival Elias Sarkis.

Les Phalangistes, d’abord, les Syriens, ensuite, tenteront de réduire au silence ses propos prémonitoires.

Au terme d’une troisième tentative d’attentat, en décembre 1976, M. Eddé se décide à l’exil, à Paris, d’où, depuis six ans, en réserve de la République, il dénonce les forfaits des dirigeants libanais, comme ce fut le cas lors de l’entrée des troupes israéliennes dans le périmètre du palais présidentiel de Baabda.

A deux mois des nouvelles élections présidentielles libanaises, M. Eddé, fils d’un ancien président de la République Libanaise, apparaît, pour bon nombre d’observateurs, comme un recours possible aux Libanais recrus d’épreuves.

Mais sa candidature éventuelle ne semble pas devoir être appréciée par tous les belligérants, dont certains, notamment les Phalangistes masquent difficilement leur intention de cueillir sans retard«les fruits de la victoire».

Raymond Eddé (1913 – 2000)