Panorama : Il y a dix ans éclatait la guerre du Liban

Paris – Par un dimanche ensoleillé du printemps méditerranéen, alors que le président libanais Soleimane Frangié est hospitalisé d’urgence pour une intervention chirurgicale, 27 passagers d’un car palestinien sont fauchés par la mitraille dans le quartier chrétien de Ein-Remmaneh, à la lisière des agglomérations populeuses de Beyrouth.

C’était le 13 avril 1975, date généralement retenue pour le début d’une guerre qui va saper les fondements du Liban et enrichir le martyrologue contemporain de certains de ses plus dramatiques épisodes.

Le lendemain de cette fusillade, Beyrouth, tant vantée alors pour sa convivialité pluricommunautaire, se crispe et se tétanise avant de basculer dans la guerre civile.
Les rivalités intercommunautaires s’enchevêtrent avec les enjeux stratégiques des puissances régionales -la Syrie et Israël- et de leurs parrains respectifs – l’Union soviétique et les Etats-Unis, vont transformer ce paisible pays en un polygone de tir permanent de la technologie militaire de l’après Vietnam.

La route internationale Beyrouth-Damas, vaine jugulaire de la Métropole cosmopolite libanaise vers l’hinterland arabo-musulman, devient la ligne de séparation de deux univers qui n’ont cessé, depuis, de graviter dans des orbites différents.

Pendant huit ans, le conflit met face à face les milices chrétiennes et leurs adversaires regroupés au sein de la coalition palestino-progressiste sous le mot d’ordre de «la révolution au bout du fusil».

Panorama-Liban, flt2 AFP : Il y a dix ans la guerre du Liban

Paris- Se rejetant mutuellement la responsabilité du conflit et de ses rebondissements, ils feront flamber, dans une sorte de «Potlatch», le rituel d’autodestruction dans les sociétés primitives, le «Phoenicia» et le «Saint Georges», joyaux de l’industrie hôtelière d’Orient et pilleront la «British Bank» et les établissements de la célèbre Rue des Banques pour alimenter leur trésor de guerre.

La Quarantaine, Damour, Tall El-Zaatar, en 1976, puis Sabra-Chatila, en 1982, passeront dans l’histoire comme de sanglantes illustrations de la déraison humaine. Selon les estimations des officiels libanais faites au cours de la première grande trêve de l’année 1976-1977, la guerre avait déjà fait à l’époque cent mille victimes.

Le Kalachnikov, le fusil d’assaut soviétique, symbole des luttes de libération du Tiers-monde dans les années 1950-1969 et son équivalent américain le « M-16 » seront vites déclassés au profit des batteries de DCA transformées en mitrailleuse à tirs rapides.

Elles-mêmes seront supplantées par les missiles, les bombes à fragmentation et les bombes à implosion lâchés lors du siège de Beyrouth, en juin-juillet 1982, par les Israéliens à la poursuite des dirigeants palestiniens, et, en 1983, par la terrifiante artillerie de marine du destroyer américain «New Jersey».

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Paris-En février 1984, la plus importante armada de l’après guerre était déployée au large des côtes libanaises. S’ côtoyaient, à quelques encablures, la flotte soviétique dont les alliés syriens s’opposaient à la constitution d’un axe pro-américain -Le Caire, Jerusalem, Beyrouth- et la marine de guerre de quatre pays de l’Otan (Etats-Unis, France, Royaume Uni et Italie).

Derniers arrivés, les occidentaux partiront les premiers, sous le coup de boutoir d’une mystérieuse organisation à l’efficacité redoutable – le Jihad islamique-, les uns les Etats-Unis, sans délai, les autres, les Français, sans précipitation. Ils laissaient en 18 mois près de 300 victimes, tuées dans des attentats contre les quartiers généraux américains et français à Beyrouth .

Les Isra2liens, sollicités dès 1976 par le camp chrétien, prennent pied au sud-Liban, en 1978, avant de pousser aux portes de Beyrouth, quatre ans plus tard. Au printemps 1985, opérant une retraite sans gloire sans avoir rempli aucun de leurs objectifs de guerre, ils dénombreront près de 650 tués et 3.000 blessés, dans ce que l’un des leurs qualifiera de «Guerre des dupes».

Les Syriens, premiers intervenants, d’abord avec l’accord tacite de Washington et des Chrétiens, puis contre eux, campent dans la plaine de la Bekaa, (centre du Liban) sous l’autorité d’un chef habile, Hafez Al-Assad, mais dont l’hospitalisation prolongée, en Novembre 1983, a démontré la vulnérabilité du régime qu’il a instauré il y a quinze à Damas.

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Paris- Les Palestiniens, auparavant, avaient perdu le Liban, où ils étaient implantés militairement depuis 14 ans, reprenant en Décembre 1984, pour la 4me fois en une génération – un record- le chemin de l’exil.

«Génération orpheline d’un espoir révolutionnaire», selon l’expression d’un diplomate occidental, la coalition hétéroclite des palestino-progressiste, jadis fer de lance de la contestation arabe, s’est, elle, disloquée dans un rejet mutuel.

Les Chrétiens libanais, repliés dans le «Marounistan», selon l’expression d’un journalise américain, compensent, eux, leur solitude par une dévotion sans limite à la mémoire de leur chef fédérateur, Béchir Gemayel, éphémère Président du Liban. Une poignée de ses fidèles, nostalgiques, se révolteront en mars de cette année contre son frère et successeur, le président Amine Gemayel.

Dix ans après la tragique fusillade d’avril 1975, alors que se pose la question de la survie de l’Etat libanais, le pays est déconnecté, la population atteinte du «syndrome de Beyrouth», sorte de rétrécissement du champ affectif et mental.

Chaque clan mène désormais sa petite guerre pour la survie des intérêts da sa communauté avec pour seul horizon, les uns, le Mont-Liban, refuge traditionnel des Chrétiens, les autres, une bande côtière de 40 km allant de Beyrouth-Ouest vers le sud du Liban, où maquisards chiites mais également communistes et d’autres, entretiennent, au grand dam de bon nombre de pays arabes et d’Israël qui croyaient s’en être débarrassés à Beyrouth, le seul foyer de guérilla dans le Monde arabe.

RN/ DRO

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