Le Mouvement National Palestinien dans l’impasse, sa refondation sur une base révolutionnaire une question de survie

«Politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal est que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal»

(Hannah Arendt in Responsabilité et Jugement).

Un quart de siècle après les accords israélo-palestiniens d’Oslo, le Mouvement National Palestinien est dans l’impasse et sa refondation sur une base révolutionnaire s’impose comme une question de survie, sous peine de dépérissement: Telle est la substance de deux constats établis en Août 2017 par des publications faisant autorité en la matière, la prestigieuse revue américaine «The New Yorker» et le journal libanais «Al Akhbar».

Les négociations israélo-palestiniennes se sont déroulées dans la foulée de la Conférence de Paix de Madrid (1991) sous l’égide de la Norvège à Oslo, siège d’attribution du Prix Nobel de la Paix. La Déclaration de principes, signée à Washington le 13 septembre 1993 en présence de Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, de Yasser Arafat, Président du Comité Exécutif de l’OLP et de Bill Clinton, Président des États Unis, instaurait un mode de négociations pour régler le problème et posait une base pour une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans pour progresser vers la paix.

1 – The New Yorker:

«Le Mouvement National Palestinien est en fin de parcours et Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Palestinienne, demeure le seul espoir de parvenir à un règlement pacifique avec Israël par la voie des négociations», estime The New Yorker.

«Mahmoud Abbas est l’unique dirigeant palestinien disposant encore de pouvoir l’habilitant à ratifier un traité de paix avec Israël», considère la revue se fondant sur les estimations de deux experts palestiniens Hussein Agha et Ahmad Samih Al Khalidy, deux membres de la délégation palestinienne ayant participé aux négociations israélo-palestiniennes pendant 30 ans, particulièrement sous l’ère Yasser Arafat, chef de l’OLP.

«Les institutions palestiniennes sont gagnées par la gangrène en l’absence d’un leadership de substitution, d’une claire percée politique et d’un progrès significatif vers un règlement pacifique, sur fond d’une vive rivalité régionale», ajoute la revue américaine.

«La popularité de Mahmoud Abbas a grandement pâti de sa ferme opposition à la reprise de la lutte armée et de son insistance à vouloir persister à négocier avec Israël, en dépit des échecs des pourparlers», poursuit-elle.

«La scène palestinienne se réduit à un seul homme. La direction palestinienne s’emploie à museler méthodiquement toute voix discordante, en veillant à poursuivre sa mainmise sur les instances du Fatah qui échappe encore à son contrôle.

«Les Palestiniens sont devenus étrangers aux instances censées les représenter. Ils ont considérablement perdu de leur capacité manœuvrière face aux intérêts contradictoires du Monde arabe. Ils sont désormais tributaires de l’aide étrangère et de la bonne volonté israélienne pour la satisfaction des prestations quotidiennes du peuple palestinien», relève la publication.

«L’ère post Abbas constituera un saut dans l’inconnu. Les Palestiniens s’achemineront vers un chemin inconnu, dont il sera difficile de prévoir l’issue, peut-on encore lire dans ce texte .

«Le conflit permanent entre Fatah et le Hamas, les défaillances en tous genres des Palestiniens donnent à penser que l’ère post Abbas donnera naissance à une direction plus fragile et moins stable, nullement représentative de la totalité des Palestiniens», conclut The New Yorker dont la version arabe se trouve sur ce lien pour le locuteur arabophone
http://www.raialyoum.com/?p=724061

Fondé en 1925, The New Yorker, notamment grâce à son journaliste vedette, Seymour Hersh, est à l’origine de nombreuses révélations comme le scandale des tortures d’Abou Ghraib (Irak), en 2005, le massacre de Mÿ Lai (au Vietnam), en Novembre 1969, pour lequel il obtient un Prix Pulitzer en 1970, le projet Jennifer (tentative de récupération de l’épave du sous-marin soviétique K-129), des activités de la CIA sur le territoire américain contre les mouvements pacifiques sous couvert de contre-espionnage, contraignant à la démission James Jesus Angleton, le chef du contre-espionnage de la CIA, en 1974, ainsi que la démystification de l’usage des armes chimiques en Syrie par le pouvoir baasiste.

2- Mahmoud Abbas, un président par défaut d’une République bananière.

Président de l’Autorité Palestinienne depuis 2005, Mahmoud Abbas (82 ans) est un des membres fondateurs du mouvement Fatah, le noyau central de l’Organisation de Libération de la Palestine. Chargé de la collecte des fonds au Koweït, cet ancien accrédité du Fatah en Syrie a accédé aux responsabilités suprêmes par défaut. Par suite de l’élimination des principaux dirigeants palestiniens par les services israéliens, notamment Abou Djihad, chef de la branche militaire de la centrale palestinienne, et Abou Iyad, chef des services de renseignements du mouvement palestinien, ainsi que la mise à l’écart de Farouk Kaddoumi, chef du département politique de l’OLP (en charge de la diplomatie), hostile aux accords d’Oslo de 1993, marquant le début de processus de négociations directes entre Israël et l’OLP, enfin, dernier et non le moindre, l’incarcération par Israêl de Marwane Barghouti, le représentant de la rélève révolutionnaire de la génération des pères fondateurs.

Captif de la puissance occupante, sans charisme, discrédité par l’affairisme de son entourage, président d’une «République Bananière» sous contrôle rigoureux de son ennemi israélien, Mahmoud Abbas, partisan néanmoins d’une coopération sécuritaire avec l’État Hébreu, n’a su maintenir la cohésion de son mouvement, en butte à un dirigeant sécuritaire ambitieux soutenu par Abou Dhabi, Mahmoud Dahlan, en butte surtout à la rivalité de la branche palestinienne des Frères musulmans, le Hamas.

Sa présence à la tête de l’Autorité Palestinienne est perçue comme «le moindre mal», par ses parrains occidentaux, trop heureux de cet abcès de fixation, oubliant que «politiquement, la faiblesse de l’argument du moindre mal est que ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont choisi le mal» (Hannah Arendt in Responsabilité et Jugement).

3- Le piège du processus de paix

Rony Brauman, ancien Président de «Médecins Sans Fontières», médecin français natif de Jérusalem, a, mieux que quiconque, résumé le piège du processus de paix, selon le schéma israélo-américain:

«Il y a un processus, mais il n’est pas de paix. Il est de conquête. Il est effectivement en marche et n’a jamais cessé de l’être depuis 1948. N’importe quelle personne de bonne foi, indépendamment de tout jugement moral ou politique, ne peut que constater cette dynamique d’expansion continue. A Moyen terme, je pense qu’Israël est condamné en raison de sa méprise, de ses choix impériaux qui l’ont conduit à s’adosser à l’Empire plutôt que de chercher l’entente avec ses voisins. Le bi nationalisme, pourtant l’ennemi juré du sionisme, l’a, de fait, emporté dans sa pire version, la sud africaine de l’Apartheid. Or l’Apartheid, cela ne peut pas durer. C’est pourquoi je pense que ce projet sioniste est condamné. Je suis particulièrement inquiet pour l’avenir de la minorité juive du Moyen orient dans les vingt prochaines années, vu la haine qu’elle a semée autour d’elle», prophétisait Rony Brauman, un anticonformiste Prix Nobel de la paix, à l’heure de l’assaut naval israélien contre la flottille de pacifistes européens contre le blocus de Gaz.

Rony Brauman (Revue Moyen-Orient Juin-Juillet 2010: Regards sur de Rony Brauman sur l’action humanitaire internationale et sur le Moyen Orient. Propos recueillis par Frank Tétard et Chiara Rettennella).