Les trois Frères Bourequat: 40 ans après

«Un peuple peut vivre sans roi, mais un roi ne peut vivre sans peuple». Jamal Eddine Al Afghani.

Du bannissement comme méthode de gouvernement

Paris – L’ombrage, non l’ombre, insupporte le Roi du Maroc qui gouverne par le vide.
«Le bannissement est un élément consubstantiel à la monarchie marocaine. Le châtiment inéluctable des récalcitrants à l’ordre de la dynastie alaouite. Une pratique courante de l’institution monarchique, renforcée d’ailleurs par la France par la consolidation du pouvoir royal à l’époque du protectorat en lui conférant de larges prérogatives.
Le constat provient de connaisseurs: les Frères Bourequat, carbonisés pour avoir été à trop grande proximité de l’astre marocain. Midhat-René, Ali-Auguste et Jacques-Bayazid Bourequat, de nationalité française, nés et grandi au Maroc, trois célèbres bagnards des décennies 1970-1980.
«Le toboggan est un sport politique exercé à haut niveau par les monarques alaouites», déclarent-ils à l’auteur de ses lignes au cours d’une de leurs nombreuses rencontres dans les rues de Paris. Jacques Bayazid, gravement malade et hospitalisé, n’a pas pris part à ces entretiens.
Apparenté à la famille royale par leur maman, ils ont amassé une fortune et connu la vie de Pacha. Mais tout s’est arrêté brutalement le jour où ils sont enlevés et jetés en prison. Après les fastes du Palais, l’enfer de la torture et de l’oubli.
Voici les principaux extraits de cet entretien:

1 – Le prince rouge:
«Le prince Moulay Hicham Ben Abdallah Ben Alaoui n’est pas un perdreau de l’année. Il s’est livré à un exercice de catharsis en rédigeant son livre «Le Prince banni». Son père, déjà, le prince Abdallah, avait connu un sort quasi identique. Beau et élégant, svelte, il avait été sinon banni, à tout le moins circonscrit, placé dans un sas de sécurité pour éviter tout débordement charismatique sur la personne de l’auguste souverain. Il pouvait faire de l’ombre même involontairement à son frère aîné.
«Fils du prince Moulay Abdallah, frère du roi Hassan II, ce charmant prince a eu une jeunesse dorée dès sa prime enfance, entouré de ses deux cousins germains, le prince Sidi Mohammed et son frère Moulay Rachid. Élevés ensemble au milieu d’une ribambelle de personnes, de gouvernantes, de gardes du corps, de chauffeurs, de cuisiniers, serviteurs, maîtres d’hôtel, professeurs, et pour faire peuple, de quelques enfants issus de couches populaires de différentes régions pour les accompagner tout au long de leurs études afin que plus tard ils soient les futurs collaborateurs des princes, une fois terminées leurs études. Ils feront trois années au collège royal ensemble.
«Le prince Abdallah retira son fils de ce collège royal et le fit admettre à l’école américaine en le séparant de ses cousins et petits copains qui, eux, continueront leurs études primaires collège royal, puis dans les établissements universitaires marocains.

«Cette décision de séparer le petit prince Hicham du groupe a profondément contrarié le roi Hassan II. Très en colère, il a mal réagi à cette cette décision prise unilatéralement par son frère le prince Abdallah qui n’avait pas respecté les règles du Makhzen. Dès lors, le roi va secouer son petit monde, il va tout simplement mettre la pression sur le couple Abdallah-Lamia Solh, en activant une surveillance étroite de son frère cadet. Ses relations avec le couple Abdallah-Lamia en sont profondément affectées. Lamia, la fille de l’ancien premier ministre libanais Riyad Al Solh, étouffe et fera tout pour améliorer ses relations avec le palais. Mais l’ambiance au palais lui était défavorable. Elle ne l’ignorait pas, avec tous ses commérages et persiflages, de toutes les concubines et leurs dames de compagnie. Ce monde irréel l’a plongé dans une déprime. Elle décide alors de prendre l‘air et de se ressourcer dans son pays natal, le Liban. Cela durera trois années.
«Finalement des gens de bien et influents intercèderont auprès du Roi pour permettre un retour au bercail sans casse. Elle s’accommode mal toutefois de cette ambiance du sérail, égayée quotidiennement des injonctions du Roi, de sa mère, en fait la reine-mère (mère de Hassan II), des sœurs du Roi et même les membres du harem à l’intérieur du palais.
«Moulay Hicham, son fils, sera tenu en observation même si son oncle le prend sous son aile, lui laissant miroiter au fil du temps des responsabilités importantes au regard de ses capacités. Avec habileté, Hassan II fera croire qu’un avenir certain est promis pour ce petit prince, au point que se pose la question de son accession au trône. Mais, machiavélique, Hassan II mettra brutalement un terme à cette lévitation. Le retour vers la réalité sera douloureux.
«Banni lui-même par son oncle, Hassan II, puis par son cousin germain, Mohamad VI, et partant par l’ensemble du Makhzen, Moulay Hicham aurait dû se rendre compte depuis longtemps que le bannissement est un principe inaliénable des Alaouites. Il semble avoir découvert la poudre alors qu’il a baigné depuis sa naissance dans cette ambiance et qu’il devait connaitre mieux que quiconque les arcanes du pouvoir royal marocain et ses ressorts».

2 – Le bannissement, une marque de fabrique de la dynastie des Alaouites.
«Le bannissement est une marque de fabrique de la dynastie des Alaouites. Un principe imprescriptible qui donne au souverain la possibilité d’en user et d’en abuser à sa guise. Il ne s’applique pas seulement aux récalcitrants à la dynastie, mais à tous ceux que le souverain dédaigne, jalouse, rejette tout simplement en fonction de son humeur à l’égard de tout son entourage, de sa famille, de ses amis, le Harem compris.

«Avec Hassan II le système était sophistiqué, à deux niveaux: le limogeage pour les ministres et hauts fonctionnaires, le renvoi pur et simple pour les membres de la famille royale. Un renvoi en public pour mieux discréditer le personnage comme cela a été le cas de Moulay Mustapha Ben Zidane, le mari de sa tante Lalla Zineb. Hassan II avait beau être diplômé des universités françaises, il se comportait en grand féodal. Il exerçait une véritable tutelle sur la vie privée de sa famille.
«Un exemple célèbre est celui de Moulay Mustapha Ben Zidane, le mari de sa propre tante, Lalla Zineb, la propre sœur de Mohammed V, que Hassan II renvoya du palais, dès sa prise de fonction, parce qu’il avait osé demande de gérer les biens de son épouse alors que c’était le Sultan qui était le tuteur de sa sœur Lalla Zineb.
«En 1972 il avait retiré les passeports de ses sœurs avec interdiction de quitter le territoire à la suite d’une liaison amoureuse de l’une d’elles avec un tennisman français.
«Pour les ministres, plusieurs ont subi les foudres d’Hassan II en apprenant leur limogeage soit à la télé, soit par voie de presse.
«Ainsi Ahmad Reda Guedira, qui cumulait cinq portefeuilles ministériels dont l’intérieur et l’agriculture. L’homme se croyait homme de confiance du Roi. Il s’est vu signifier sa démission au terme d’un conseil des ministres où il s’était opposé à l’institution de tribunaux d’exception pour traquer la corruption. La scène demeure dans la mémoire des anciens. En 1964, alors que le Roi projetait de créer une Cour Spéciale de Justice pour juger les fonctionnaires corrompus, Guedira exprime son opposition. Il considérait ce projet néfaste faisant valoir qu’il y avait un arsenal de lois suffisant pour réprimer ce genre de crimes et que le Maroc allait apparaître de l’extérieur comme le pays de la corruption.
«A la fin de son intervention, devant un conseil ministériel restreint, le Roi se tourne vers son secrétaire particulier et lui dicte, à la consternation générale de l’assistance, les termes de licenciement de l’intervenant: «Vous avez noté la démission de M. Guedira». Cet épisode marquera la rupture avec le Roi.
«M. Laski, ministre des travaux publics, sera, lui, banni avec élégance: Le roi l’appelle sur le green du golf et lui remet un porte-clefs lui disant: «la Jaguar là-bas est à toi tu vas à Casablanca et je t’appellerais au besoin».

«Le dernier en date est la sanction qui frappa le General Moulay Hafid, ministre de la Maison royale et du Protocole. Chaperon du prince héritier Moulay Hassan du temps du protectorat, il le recevait chez lui à Casablanca en week-end pour des agapes et autres festivités. A l’indépendance, il devint le directeur de cabinet du Prince héritier, à l’époque où ce dernier exerçait les fonctions chef d’état-major des forces armées royales, mais brusquement, sans crier gare, sa maison a été investie par les sbires du nouveau Roi qui la vidèrent de tous les documents qui pouvaient être compromettants pour la monarchie. Véritable maitre de la répression au début du règne d’Hassan II, Moulay Hafid s’est vu dépossédé de tout, en un claquement de doigt royal. Hassan II en fera de même pour Mohamad Oufkir et Ahmed Dlimi, mais pour d’autres raisons, des charges liées à la trahison de ses deux sbires, qui le paieront de leur vie.

Le bannissement, un legs colonial

«Les exemples historiques de bannissement abondent y compris sous le protectorat français:

A – «Le Sultan Moulay Abdelaziz a été banni par son frère Moulay Hafid, lequel appuyé par la France s’empare du trône, en évinçant son frère. Avec l’aide de la puissance coloniale, il nationalisera ses biens et ceux de plusieurs hauts dignitaires dont le plus important a été Ba Hmad, le chambellan dont la maison a été transformée en musée: Le palais de la Bahia à Marrakech. Le fils ainé de Ba Hamad sollicitera mon père deux ans avant l’exil de Mohammed V afin d’intenter une action contre la France en vue de récupérer ses biens. Il deviendra en 1953 le chambellan du Sultan Mohammed Ben Arafa, qui avait remplacé Mohammed V. Ce n’est qu’à l’Indépendance que la famille de Moulay Abdelaziz, ses héritiers, la princesse Lalla Fatima Zohra et son frère Moulay Hassan, seront indemnisés par la France à la suite d’un procès contre l’ancienne puissance mandataire.

B- Moulay Hafid, lui, sera écarté à son tour par la France au profit de son frère Moulay Youssef, qui à l’instar de tous les bannis, sera dépossédé de ses biens et exilé en France. Comme tous les bannis, les membres de sa famille seront logés dans des petites maisons dans le Méchouar des Touargas, enceinte entourant le palais royal de Rabat.

C -Ababou, chambellan du Sultan Moulay Hafid, puis de Moulay Youssef, sera banni à son tour, à l’instant même de l’intronisation du Sultan Sidi Mohammad V, succédant à son père le 18 novembre 1927, alors qu’il n’était pas prince héritier. L’ironie du sort voudra que notre père en fonction à Fès loue le palais Ababou et y habitera 3 ans.
«Mohammed VI continue la tradition en y ajoutant en perpétuant cette noble pratique royale, en bannissant le ministre de l’intérieur Driss Basri, puis son cousin germain, Moulay Hicham. Il bloquera les affaires du prince dit “rouge”, le plaçant sous filature policière, l’obligeant à quitter le pays.
«Le règne de Mohammed VI ne diffère de celui d’Hassan II que par une extraordinaire boulimie de prédation et une forme de répression plus discrète mais toujours présente. Ce n’est qu’un simple passage de témoin.

Dlimi et la disgrâce de la fratrie Bourequat: Les Bourequat, fusibles de Dlimi.

«Nous n’avions aucune relation ni contact avec Mohamad Oufkir et Ahmad Dlimi. Le premier avait été mis par la France directement auprès du sultan de retour d’exil pour assurer une liaison permanente entre le palais et l’ex-puissance colonisatrice. De ce sinistre personnage, nous n’avions aucun égard pour lui, le connaissant parfaitement bien du temps de son service sous les ordres du général Boyer de Latour, le résident général avec lequel était organisée la répression et la guerre anti-résistance qui a finalement abouti à l’indépendance du pays.
«Quant à Dlimi, lieutenant fraîchement sorti de l’école, le roi le désigne avec un groupe d’autres jeunes officiers destinés à prendre la tête des diverses commandements à la fin de sa formation. Le roi chargea notre père, formé en Turquie, et reconnu du temps du protectorat en tant que spécialiste en contre-espionnage et surveillance du territoire, de prendre en main ce groupe pour le préparer à assumer des responsabilités à des postes sensibles.
«Dlimi, l’ambitieux, devient proche du prince héritier. Il cherchera à subtiliser les plans et organigrammes élaborés par notre père afin de les remettre au prince héritier Moulay Hassan. Ces archives importantes, Dlimi ambitionnait d’en faire la base constitutive du futur service de la DGED (Direction Générale des Études et Documentation), alors que le roi Mohammed V avait bien spécifié à notre père que ces documents ne devaient en aucun cas aboutir entre les mains du prince héritier.
«Fils d’un standardiste des affaires indigènes de Sidi Kacem, jeune officier arabe, promu aide de camp de Moulay Hassan, à l’instar d’Oufkir auprès de Mohamad V, sa carrière le mena, d’assassinats en coup d’états, aux portes du pouvoir suprême. Mais, fait d’une pâte de policier de basse extraction, son plaisir de la force brutale l’empêchera d’acquérir l’étoffe et la dimension nécessaires pour prendre le pouvoir.
«Déjà au lycée Ahmad Ben Lahcène, Ahmad Dlimi, présumé né en 1930, étalait ses goûts en dévorant des romans policiers à longueur de récréation. Ce goût rejaillissait dans ses dissertations, traitées à la manière d’aventures policières.
«Pauvre boursier de campagne, vêtu été comme hiver de djellabas et d’une paire de sandales aux pieds, il nourrissait un fort ressentiment à l’égard des riches, surtout à l’encontre des Fassis (habitants de Fès). Plus tard, devenu puissant, et pouvant sévir impunément, il a assouvi cette animosité en prenant les femmes de ceux qui tenait le haut du pavé. A la fin de notre scolarité, les relations devinrent épisodique, chacun vivant sa vie dans sa sphère. Nous n’avions quasiment plus aucun contact avec les familles d’Oufkir et Dlimi et cela même avant notre royale invitation à séjourner à Tazmamart.
«En fait, Dlimi s’est servi de nous comme de fusibles. L’homme de confiance du Roi, comme auparavant son prédécesseur Oufkir, complotait contre le Roi. Voulant écarter les soupçons, il s’est défaussé sur nous. Rien ne peut expliquer l’action du roi à notre égard du fait que nous avons seulement dénoncé, preuves à l’appui, le complot de Dlimi visant à l’assassiner et à balayer la monarchie. Jusqu’à ce jour nous n’arrivons pas à comprendre pourquoi: Compte tenu notre relation privilégiée et de la confiance mutuelle qui nous liait à la famille royale. Un comportement inexplicable alors que le trône nous était de surcroît redevable de beaucoup.
«Nous n’étions pas de prisonniers politiques à l’instar d’Abraham Sarfati ou de Sion Assidon. Il n’y a donc pas eu de battage médiatique autour de notre cas en ce que nous étions de banales victimes de l’arbitraire royal, comme il y en des centaines. Beaucoup étaient soulagés qu’ils aient échappé à la trappe et se tenaient coït.
«Curieux comportement que celui d’Oufkir et de Dlimi, deux personnages chargés en principe d’assurer la protection du Roi, qui auront comploté contre le Roi et la monarchie. C’est dire le degré de confiance qui règne entre les divers personnages de l’état et ses rouages. Tout le monde complote contre tout le monde, par réflexe de survie.

Le comportement de la France: des Ponce-Pilate. George Bush est notre libérateur

«La classe dirigeante française a eu un comportement ignoble, voire sordide, à notre égard. D’une bassesse abjecte alors que nous étions citoyens français depuis toujours et avions joué des rôles importants pour la sauvegarde des relations franco-magrébines tant dans le domaine religieux que politique et économique. Le fait de nous avoir totalement ignoré durant notre calvaire, la France est devenue complice du roi du Maroc. Vous ne pouvez imaginer le nombre de Ponce-Pilate que compte la classe politico médiatique française. Au-delà de toute imagination.
«Pendant les dix-huit ans et demi de notre séquestration, alors que l’Ambassade de France avait été sollicitée par les membres de notre famille exigeant des autorités diplomatiques et consulaires d’intervenir pour des ressortissants citoyens français enlevés, ni l’Ambassade ni le Consulat général de France ne levèrent le petit doigt. Pourtant, nous étions des capitaines d’industries, nous étions des promoteurs de grandes marques françaises telles que Peugeot, France Auto, Michelin pneumatiques, des marques d’électro-ménager.
«Nous faisions la promotion de toutes les marques françaises, nous avions initié le dossier de montage automobile à Tanger dans la zone franche industrielle, nous avions appris lors de notre libération que ce dossier avait été repris par des concurrents en complicité avec l’Ambassade de France à Rabat.
«Lors de notre libération, le consul général de Casablanca en personne nous a conseillé de ne pas faire de vagues pouvant contrarier la bonne entente entre la France et le Maroc. Les relations avaient connu un certain froid et il valait mieux ne pas faire de déclarations aux médias qui seront à notre arrivée à Paris !!!
«Nous avions déclaré à notre arrivée que notre libération du bagne de Tazmamart était due aux pressions exercées par les États-Unis d’Amérique, Amnesty International. En France, seule Madame Danielle Mitterrand s’était engagée à travers sa fondation sans succès.
«Sous Valéry Giscard D’Estaing (1984-1981) aucune démarche n’a été entreprise par la France pour notre libération. Sous François Mitterrand (1981-1995), Claude Cheysson, ministre des relations extérieures, sur instruction du président socialiste, a engagé des démarches auprès du palais royal, alors que Midhat René se trouvait à l’hôpital militaire de Rabat pour des soins urgents. En vain. Finalement après des démarches de Mme Mitterrand, les modalités de notre indemnisation seront négociées par son successeur Roland Dumas. Cette indemnisation était assortie toutefois d’une clause de mutisme, une des principales conditions à notre remise en liberté. Ce qui a expliqué notre silence.
«Mais notre véritable libérateur est le Président George Bush sr, qui a adressé un message comminatoire aux autorités marocaines, non une demande, mais un message comminatoire pour la libération des survivants du fameux camp de la mort de Tazmamart. Auguste Ali l’a personnellement remercié au nom des trois frères, lors d’un diner. Bien que de nationalité française, nous ne sommes redevables en rien de la France de cette libération. Il faut que cela soit dit pour que cela soit bien clair pour tous.
«Hassan II a voulu détruire notre famille. Il est mort et quinze ans après sa disparition, en 1999, nous sommes encore là, vivants, portant, certes, les séquelles physiques de notre longue incarcération. Mais vivants, et notre cas est sorti de l’oubli.
«L’injustice à notre égard est inqualifiable, tant cette monarchie nous est redevable de son maintien, particulièrement Hassan II, qui semble avoir oublié le temps, où, prince héritier, il avait sollicité notre mère pour ramener au palais sa propre mère lorsque Mohammed V l’avait répudiée.
«En 1953, ce sont mes parents et notre oncle maternel, Manoubi Meknassi, qui avaient mandaté l’avocat international Maître Hachemi Cherif, bâtonnier de Tanger, pour défendre le sultan Mohammed V, alors en route pour l’exil vers Madagascar.

«Et c’est l’avocat mandaté par notre famille qui le ramena d’exil en 1955, grâce à son intervention auprès du président du Conseil Edgar Faure qui avait été son condisciple à la Faculté de Droit, alors que le sultan avait obtenu la permission de venir terminer son exil en France et avait loué une résidence à Beauvallon, sur la Côte d’Azur. Ce n’est qu’en atterrissant à Nice qu’il apprit qu’il était attendu à Paris, et fut ré-intronisé. Maître Cherif devint après cet épisode le conseiller juridique du roi et du royaume.

«Hassan II a appauvri le Maroc en éliminant des personnalités d’envergure, tels Mehdi Ben Barka, le propre professeur de mathématiques du Roi, une figure de proue de la «tricontinentale» et le syndicaliste Omar Benjelloun. Le martyr de Ben Barka est à jamais associé à la mémoire de Hassan II et à son passif, tache indélébile. Que reste-t-il d’Hassan II au terme de 38 ans de règne ? Un pays porté au pinacle par de panégyriques intéressés, mais fragile. Mohamad VI ferait mieux de servir son peuple plutôt que de s’enrichir prodigieusement. Plus riche que le crésus du Qatar. Sans gaz ni pétrole, il faut le faire quand même.
«Le peuple courbe l’échine mais ne rompt pas. Que le Sahara occidental tombe et le trône tombera à son tour.

Les trois frères Bourequat ont séjourné 18 ans au bagne de Tazmamart (Maroc). Midhat -René est rivé à la France pour d’impératives raisons médicales et familiales. Ali Auguste, lui, a pris du champ, exilé politique aux Etats Unis, dans une bourgade qui retentit comme une revendication permanente: Palestine, la seule revendication qui vaille, que le Roi du Maroc, en sa qualité de «Commandeur des croyants et président du comité Al Qods», ferait bien de s’en occuper avant d’en répondre devant l’Histoire.

Références

  • Qui a peur des frères Bourequat? http://www.maroc-hebdo.press.ma/Site-Maroc-hebdo/archive/Archives_511/pdf_511/page06et07.pdf
  • Mort vivant, témoignage (Rabat 1973 Paris 1992. Par Midhat René Bourequat (Editions Pygmalion. Gérard Watelet).
  • In the morrocan-king’s secret garden- by Ali Bourequat-Translated from French to English by: Harold George – New York – U.S.A. 1996-1997.
  • Le Roi prédateur : main basse sur le Maroc par Catherine Graciet et Eric Laurent (Seuil)

La recension du livre de Moulay Hicham par le journaliste Ali Lmrabet

  • http://www.demainonline.com/2014/04/23/moulay-hicham-tel-que-je-lai-connu-episode-1/
  • http://www.demainonline.com/2014/04/30/moulay-hicham-tel-que-je-lai-connu-le-genereux-bienfaiteur-de-la-presse-episode-2/

A propos de Mehdi Ben Barka

  • http://www.bibliomonde.com/auteur/mehdi-ben-barka-133.html

A propos d’Omar Benjelloun

  • http://www.telquel-online.com/En-couverture/Enquete-la-verite-sur-l-assassinat-de-Omar-Benjelloun/531

Laisser un commentaire

*