L’invention de la bureaucratie

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L’invention de la bureaucratie de Françoise Dreyfus.

Paris, 14 mars 2001 – Les récents dysfonctionnements français illustrés notamment par l’échec de la réforme de deux grandes administrations françaises Education Nationale et le Ministère des Finances ont mis à nu le corporatisme administratif et donne un relief particulier à la lecture de l’ouvrage de Françoise Dreyfus sur L’invention de la bureaucratie (Editions La découverte).

A partir d’une analyse des conditions d’émergence de la notion de fonction publique à l’ère industrielle aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et en France, l’auteur dégage la philosophie qui a présidé à la conception de l’état moderne et à Y apparition de la notion de serviteur d’état au sein des trois plus anciennes démocraties occidentales contemporaines. Mais la lecture de cette analyse comparative, à la lumière des derniers avatars de la réforme administrative française et de l’éviction des deux principaux ministres en charge de cette réforme, Claude Allègre (Education Nationale) et Christian Sautter (Finances) offre une vision en contrechamp de la caste des grands commis de l’état

Professeur de Droit Publie à l’Université Paris ler (Panthéon Sorbonne), Françoise Dreyfus soutient notamment que «F invention» de la fonction publique constitue d’abord un acte politique. La naissance de la rationalité  bureaucratique apparaît, dans son optique, comme le résultat d’une lutte pour le contrôle de l’exercice du pouvoir entre les organes législatif et exécutif, utilisant l’un comme l’autre la fonction publique comme une ressource politique.

Symbole de la continuité  de l’état et de son impartialité, la fonction publique, à tout le moins en France, a longtemps fait office, il est vrai, de volant régulateur face aux turbulences politiques des gouvernements de la République.

Mais les déboires répétitifs de la technostructure, illustrés notamment dans la décennie 1990 par la faillite du Crédit Lyonnais et la déconfiture de son dispositif audiovisuel extérieur, le dévoiement de certains des grands commis, les gabegies répétitifs dénoncés par la Cour des Comptes, le corporatisme et l’immobilisme affichés par les grandes administrations face aux tentatives de modernisation stigmatisés déjà par bon nombre de penseurs français laissent un goût d’ amertume devant le décalage existant entre les objectifs initiaux de la fonction publique, tels qu’ ils avaient été définis dans le livre de Mme Dreyfus et la dérive administrative des serviteurs modernes de l’état, lesquels en instrumentalisant parfois leur fonction ont desservi l’ état au lieu de le servir.

A la suite de Michel Crozier qui le premier en 1994 a dénoncé la «crise de l’intelligence française» dans un «essai sur l’incapacité des élites à se reformer», le sujet, toujours d’actualité, continue d’alimenter la réflexion critique. Deux ouvrages méritent à cet égard d’être mentionné: «L’Omerta Française» de Sophie Coignard et Alexandre Wickham (Albin Michel) et surtout la «stratégie du déclin» (Editions Desclée de Brouwer).

Dans cet ouvrage de 146 pages, l’auteur qui signe sous le pseudonyme de Joseph K. déplore l’«irresponsabilité des élites administratives» et dénonce «le privilège des castes», assurant de la manière la plus limpide qu’ «il ne peut y avoir de débat public sur les privilèges et l’égalité puisque les éléments mêmes du débat ne sont pas publics».

L’invention de la bureaucratie: Servir l’état en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis  (XVII me, XX me siècle, textes à l’appui – Editions La Découverte série histoire contemporaine.

Françoise Dreyfus est professeur de sciences politiques à l’Université Panthéon-Sorbonne. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, avec F. d’Arcy,  » Les institutions politiques et administratives de la France  » (Economica, cinquième édition, 1997).

Titre: L’invention de la bureaucratie
Paru le: 27/01/2000 – ISBN: 2-7071-3200-4
EAN: 9782707132000 – Editeur: La Découverte