Les obsèques de Sadate au Caire

By , in Egypte Flashbacks on .

Le Caire – Le grand absent aux obsèques de Sadate samedi au Caire a été, comme prévu, le monde arabe, dont plusieurs dirigeants ont voué jusqu’au bout le successeur de Nasser à l’anathème.

L’Union soviétique, dont l’ambassadeur avait été expulsé du Caire quelques semaines avant l’assassinat du président égyptien, et ses alliés du bloc communiste ne se sont pas associés non plus à l’hommage de la communauté internationale.

Des vingt-et-un (21) États de la Ligue arabe, seuls les présidents du Soudan, le Maréchal Gaafar al-Nimeiry, et de Somalie, le général Siad Barré, ainsi qu’un représentant du gouvernement du Sultanat d’Oman étaient présents au Caire pour l‘ultime hommage au chef du plus grand État arabe.

Ces trois pays- Soudan, Somalie, Sultanat d’Oman- ont été les alliés inconditionnels de l’Égypte depuis son exclusion de la communauté arabe, il y a trois ans, qui les a assurés, en retour, de sa protection face aux « menées subversives » de leurs adversaires.

Le Maroc, un moment tenté de participer aux funérailles, a renoncé à son projet afin que son représentant, le Premier ministre Maati Bouabid, ne côtoie pas M. Menahim Begin, le Premier ministre israélien. Le souverain chérifien a néanmoins adressé un message de condoléances au vice-président égyptien Hosni Moubarak, dont la sobriété du texte a été remarquée. Si ce message déplore implicitement certains aspects de la démarche de Sadate et son rapprochement avec l’État Hébreu, il évite de s’en prendre la personne de l’ancien chef de l’État égyptien.

Toute autre a été la réaction des pays du « Front de la fermeté » qui se sont réjouis ouvertement de la disparition de Sadate dans des termes jugés choquants au Caire. Syriens, Libyens, Palestiniens et Sud-Yéménites ont applaudi la mort du  » traître », affirmant qu’elle entraînait du même coup l’enterrement de « la ligne défaitiste de Camp David ».

Un silence éloquent de l’Arabie saoudite témoigne des ambiguïtés de la position de Riyad à l’égard de la politique de Sadate. Le motif officiel de ce mutisme est la fête de l’Aïd d’Al-Adha, qui commémore le sacrifice d’Abraham, au cours de laquelle les princes saoudiens, en cette période ferveur religieuse, sont plutôt tournés vers La Mecque pour les cérémonies du pèlerinage.

À la même époque en 1979, les dirigeants saoudiens avaient dû réprimer dans le sang un soulèvement d’intégristes musulmans qui avaient dû occuper un sanctuaire de l’Islam. Cependant, dans ce qui pourrait préfigurer un rapprochement ultérieur entre le « modérés » arabes et l’Égypte post-Sadate, quatre États du golfe, alliés de l’Arabie saoudite (Koweït, Bahreïn, Qatar, Abou-Dhabi), ont dénoncé officiellement le « recours à la violence » et invoqué « l’intercession d’Allah pour le repos de l’âme du disparu ».

Plus que la paix avec Israël, que la majorité des États arabes ont déclaré concevoir dans le cadre d’un règlement global du conflit israélo-arabe, incluant la solution de la question palestinienne, ce qui n’a pas été pardonné à Sadate, même au-delà de la mort c’est son voyage à Jérusalem, en Novembre 1977 et sa chevauchée solitaire vers la paix.