Le retour de l’Egypte dans le monde arabe

Reflet des changements diplomatiques au Moyen-Orient

(AFP) – L’Egypte a repris sa place et son rang au sein du Monde arabe, le 24 mai1989, à l’occasion du sommet arabe extraordinaire de Casablanca, apportant ainsi une justification a posteriori de sa stratégie de paix qu’elle a inaugurée il y a une décennie avec l‘offensive diplomatique menée par Anouar el Sadate en direction d’Israël, ainsi que la démonstration de ses grandes capacités manoeuvrières.

La réhabilitation de l’Egypte s’est faite à ses propres conditions, c’est  à dire à la demande des Etats arabes et sans qu’elle renonce à aucun des engagements qu’elle a souscrits, sous le parrainage des Etats-Unis, envers Israël, en vertu des accords de Camp David (septembre1979) et du Traité de Washington du 29 mars1979. Ces documents ont scellé la paix entre le plus grand état arabe et l’Etat hébreu, combattu depuis trente ans comme en tant qu’usurpateur de la Palestine, mais ont aussi réduit l’Egypte pendant dix ans à la condition de paria du Monde arabe.

Changements diplomatiques au Moyen-Orient

La revanche de l’Egypte n’aurait pas revêtu un tel éclat si elle ne traduisait le reflet des changements diplomatiques intervenus au Moyen-Orient depuis dix ans, sous les effets conjugués de la poussée intégriste iranienne et de la radicalisation israélienne, puis de la victoire irakienne dans la guerre irako-iranienne et de l’Intifada, le soulèvement palestinien dans les territoires occupés par Israël.

C’est en effet en janvier1984, au sommet islamique de Casablanca, que s’amorce le lent processus de retour de l’Egypte dans son milieu naturel, la sphère arabo-islamique, d’où elle avait été exclue, en1979, pour avoir «pactisé avec l’ennemi». A l’invitation du Roi du Maroc, seul dirigeant arabe avec Sadate à avoir rencontré publiquement un dirigeant israélien, en l’occurrence Shimon Pérès à Ifrane (Maroc), le président Hosni Moubarak rejoint ses pairs islamiques, dialoguant ainsi avec les dirigeants arabes, sous la bannière de l’Islam.

L’Iran au faîte de sa gloire militaire, faisait peser, en ces temps là, des menaces directes sur Bagdad, la capitale du  plus grand état arabe du Golfe, le militantisme chiite déferlait sur la Méditerranée. La Syrie expulsait de Tripoli (Nord-Liban), en novembre 1983, au terme d’un siège militaire, M. Yasser Arafat, le chef de l’OLP, préfigurant l’évacuation deux mois plus tard, la force occidentale du Liban. En faisant escale au Caire, sur la route de son nouvel exil, M. Arafat choisissait de  se placer, politiquement, dans le giron de l’Egypte, entraînant dans son sillage les pays arabes sunnites et pro-occidentaux désireux de faire contrepoids au noyau dur arabo-islamique: La Syrie et l’Iran. Mais ce faisant, le chef de l’OLP a réhabilité, symboliquement,  l’Egypte, accusée pourtant d’avoir bradé les droits des Palestiniens dans ses arrangements avec Israël.

L’Etat hébreu, traumatisé par son expédition militaire au Liban, en1982, a protesté contre l’accueil fait à son principal ennemi par  son partenaire de Camp David.  Mais sans conséquence. Les relations entre l’Egypte et Israël étaient  depuis belle lurette dans une phase de glaciation, presque immédiatement après l’assassinat de Sadate, en octobre1981, par des militaires égyptiens embrigadés par l’organisation extrémiste islamique «al-Jihad», opposée à la paix avec Israël. Tirant profit de l’émotion suscitée dans l’opinion internationale par la politique jugée  excessive des dirigeants israéliens,  son successeur, à défaut, de pouvoir dénoncer les accords de paix égypto-israéliens, s’est employé à les réduire à un simple état de non-belligérance, alors qu’ils étaient censés être porteurs  de normalisation entre le plus grand état arabe et l’état hébreu.

C’est ainsi que l’invasion israélienne du Liban, en juin 1982, a donné l’occasion au président Moubarak de rappeler son ambassadeur en Israël, trois mois après le retrait israélien du Sinaï. La répression en Cisjordanie et à Gaza lui a ensuite servi d’argument  pour ne rencontrer aucun dirigeant israélien de haut niveau et de ne pas se rendre en visite en Israël. Cette politique a fini par porter ses fruits, d’abord au sommet  islamique de Casablanca, puis trois ans plus tard lors du sommet arabe d’Amman, en novembre1987, qui devait laisser à chaque pays la liberté de renouer unilatéralement avec l’Egypte.

La réconciliation  des «modérés» arabes.

Le Monde arabe exprimait ainsi sa gratitude à l’Egypte pour le soutien multiforme constant qu’elle avait apporté à l’Irak depuis le déclenchement, en1980, de sa guerre avec l’Iran, sans toutefois mécontenter la Syrie. En1988, une «double divine surprise» pour les Arabes a radicalement modifié la conjoncture, conduisant Damas à faire preuve de réalisme.
-L’acceptation par l’Iran du cessez-le-feu, conséquence de l’essoufflement de la République iranienne, a privé la Syrie d’un de ses gros bâtons –la menace iranienne qu’elle se faisait fort de contenir au Liban—et rendu sa liberté à l’Irak, désormais disponible pour des opérations de déstabilisation de son voisin syrien.

-L’Intifada, en galvanisant la revendication nationale palestinienne à l’intérieur des territoires occupés par Israël, a facilité la mutation diplomatique de l’OLP, lui donnant une plus grande autonomie face aux Etats arabes en général et la Syrie en particulier. Face à une coalition anti-syrienne formée des adversaires de la veille,–OLP, Forces chrétiennes libanaises—soutenue par l’Irak, la Syrie a choisi de lâcher du lest en direction de l’Egypte en vue de s’assurer, si possible, la neutralité du sommet de Casablanca consacré à la crise libanaise et à  la question palestinienne.

Le retour de l’Egypte, s’il scelle solennellement la réconciliation des «modérés» du Monde arabe, donne plus de poids à la caution qu’ils apporteront à la stratégie de paix inaugurée par l’OLP, à Alger, en novembre dernier, avec la «proclamation d’indépendance» de l’Etat de Palestine, l’adhésion aux résolutions de l’ONU préconisant une reconnaissance d’Israël et la renonciation au terrorisme.

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