Le bellicisme américain, gage de la croissance économique des Etats-Unis

Depuis le coup de force Reagan-Sharon contre Beyrouth, en 1982, qui marque le début des attentats-suicides, 30 pays ont été le théâtre de ces opérations et 42 autres visés dans leurs intérêts à l’étranger.

Le bellicisme américain est devenu sous la présidence de George Bush un palliatif économique absolu, le gage de la croissance, le moteur du développement du complexe militaro-industriel, compensant largement un déficit cumulé de l’ordre 1.500 milliards de dollars (déficit de la balance de paiement et déficit de la balance commerciale), comme en témoignent les guerres d’Afghanistan (2001) et d’Irak (2003), ainsi que les importants budgets militaires votés depuis 3 ans par l’administration républicaine.

Quatre cents milliards de dollars pour l’année fiscale 2004, soit une augmentation de 20 pour cent par rapport au budget militaire sous la présidence du démocrate Bill Clinton, un chiffre qui ne tient pas compte des dépenses spécifiques liées aux guerres d’Afghanistan et d’Irak, le budget militaire américain représente 45 pour cent des dépenses militaires mondiales, devançant, et de loin, le budget des quinze pays de l’Union européenne (150 milliards de dollars), la Chine (47 milliards), le Japon (42 milliards) ou encore la Russie (65 milliards de dollars).

Au terme de 22 ans de surinvestissement tous azimuth dans la guerre planétaire contre le terrorisme, une politique lancée par Ronald Reagan en 1982 par sa caution à l’invasion israélienne du Liban en vue d’ «éradiquer à Beyrouth le foyer du terrorisme international», se pose la question de l’efficacité de cette politique en terme de rentabilité sécuritaire.

Depuis l’apparition des attentats-suicides, à Beyrouth, en 1982, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban par Ariel Sharon, à l’époque ministre de la défense, 30 (trente) pays ont été le théâtre d’attentats suicides et 42 autres ont été visés dans leurs intérêts à l’étranger. Aucun continent n’a été épargné par cette manifestation, aucun grand pays non plus au point de se demander qui est à l’origine de quoi, à savoir si la guerre contre le terrorisme a réussi sinon à neutraliser du moins à réduire le nombre des opérations de type terroriste, ou bien, au contraire si les attentats suicides sont la conséquence du bellicisme israélo-américain.

Parmi les pays cibles figurent notamment le Liban, Israel-Palestine, Argentine, Russie (tchétchénie-ingouchie-osssétie), Cachemire, Inde, Sri lanka, Tadjikistan, Indonésie, Arabie saoudite, Syrie, Maroc, Afghanistan, Etats-Unis, Turquie, Irak, Yemen, Inde, Pakistan, Philippines, Tunisie, Egypte, Kenya, Tanzanie, Koweit, Croatie, Espagne, Ouzbekistan, Singapour et Malaisie.

Neuf autres pays ont été attaqués par le biais de leurs intérêts à l’étranger (Grande-Bretagne, Jordanie, France, Allemagne, Italie, Australie, Suisse, Japon, Corée du sud). A signaler que les Etats-Unis ont été visés d’une manière cumulative aussi bien à l’intérieur de leur territoire national qu’à travers leurs intérêts à l’étranger

Sans parler des pertes quotidiennes en Afghanistan et en Irak, les Etats-Unis ont été la cible de trois attentats spectaculaires, qui ont couté la vie à près de quatre mille personnes. Le plus important celui du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles du World Trade Center a fait 3052 victimes.

Pour un cout d’un million de dollars, (location des billets d’avions, entrainement au pilotage aérien etc), les attentats-suicides du 11 septembre 2001 ont infligé des pertes de l’ordre de 40 milliards de dollars à l’économie américaine, entrainant la faillite de plusieurs compagnies aériennes et de compagnies d’assurances, un record absolu de rentabilité opérationnelle pour ses commanditaires.

Deux autres attentats de type terroriste ont fait au total 173 tués et mille blessés: l’attentat de New York en 1993 contre le World Trade Center a fait six morts et mille blessés, celui d’Oklahoma City, attribué à un groupe d’extrême droite, 167 tués. A l’étranger, deux attentats, en 1998, contre les ambassades américaines à Nairobi (Kenya) et Dar Es-Salam (Tanzanie) et imputés au groupe islamiste de Oussama Ben Laden, ont fait au total 230 tués, entrainant une riposte américaine par le bombardement d’une usine de produits pharmaceutiques au Soudan et d’un site Moujahedine en Afghanistan)..

Les attentats suicides ont connu une croissance continue à travers le monde. De 16 attaques, en 1982, année de leur lancement à Beyrouth, les opérations suicides se sont élevées à 190 en 2003, décuplant en 20 ans, signe patent de l’échec de la politique anti-terroriste américano-israélienne.

Les attentats suicides ont représenté 1% (un pour cent) des attentats palestiniens, mais 44 pour cent des victimes, pour un cout estimé à 150 dollars par opération, selon une étude publiée en juin par le mensuel français «Le Monde Diplomatique».

Ces chiffres ne tiennent pas compte du bilan 2004 tant en Irak, qu’en Arabie Saoudite, particulièrement meurtriers tant pour les Américains que pour leurs alliés.

Entre 1990 et 1995, 1815 actions de type terroriste ont été dénombrées à travers le monde, dont 692 attentats à l’aide d’explosifs, 580 par des attaques à main armée, 258 assassinats et 171 enlèvements, un chiffre qui équivaut au bilan annuel en Irak.

Parmi les opérations les plus meurtrières, un attentat en Argentine contre une association pro-israélienne qui a fait 100 morts et 200 blessés en 1994 à Buenos-Aires, alors que l’explosion d’une bombe déposée par les Tigres Tamouls dans un hôtel de Colombo (Sri Lanka) a fait 87 morts, sans oublier l’attaque au gaz dans le métro de Tokyo en 1995 par la secte AUM SHINRIKYO qui a fait 11 morts.

Le lancement d’un partenariat américano-arabe à l’occasion du sommet du G7, le 8 juin 2004, à Sea Island aux Etats-Unis, apparait dans ce contexte comme une tentative des Etats-Unis d’embrigader leurs alliés arabes, notamment la Jordanie, dans un combat particulièrement meurtrier pour les Etats-Unis et pour leur prestige dans le monde.

La présence de quatre dirigeants arabes aux cotés de Georges Bush au sommet de Sea Island (Algérie, Jordanie, Irak et Yemen) répondrait au souci du président américain et candidat à sa propre succession d’accréditer l’idée d’un consentement arabe- d’une résignation?- au nouveau combat de l’Amérique. Après avoir instrumentalisé les dirigeants arabes dans le combat contre les réformes démocratiques, dans les années 1950-1960, puis dans la lutte contre le communisme dans les années 1970-1980, l’Amérique les engage à nouveau dans un double combat: contre le terrorisme, qu’elle a largement suscitée par son alignement inconditionnel sur Israel, contre l’intégrisme, qu’elle a elle même nourri pour faire barrage au nationalisme arabe et au communisme.

Avant de se lancer dans une cette nouvelle aventure, les dirigeants arabes doivent garder présent à l’esprit les mésaventures des anciens alliés de l’Amérique, notamment le Chah d’Iran et l’ancien président irakien Saddam Hussein, ainsi que celle dl’opposant chiite Ahmad Chalabi.

Le monde arabe a engagé près de 1.500 (mille cinq cents) milliards de dollars au titre des dépenses militaires au cours du dernier tiers du 20me siècle, soit environ 50 milliards de dollars par an en moyenne, sans avoir pu se doter ni d’une capacité de projection de puissance, ni d’une capacité de dissuasion nucléaire, encore moins de la capacité spatiale du renseignement, autant d’attributs de la puissance moderne qui lui font cruellement défaut à l’ère de la société de l’information et de son application militaire, l’info-guerre (la guerre électronique).

Pendant près d’un quart de siècle de 1970 à 1994, une période marquée par une succession ininterrompue de conflits majeurs, la guerre civile jordano-palestinienne de « Septembre Noir » de 1970, la 3me guerre israélo-arabe d’octobre 1973, la guerre du Liban (1975-90), la guerre Irak-Iran (1980-89), la 2me guerre du Golfe (1990-91), le Moyen-Orient aura absorbé 45 pour cent des armes vendues au tiers monde, 30 pour cent de la totalité des achats mondiaux d’armement, alors que sa population ne représente que 3 pour cent de celle de la planète au point de parvenir à posséder plus d’armements par habitant (pour les chars et l’artillerie) que la totalité de la trentaine de pays européens compris dans les anciens pacte de l’Otan et du pacte de Varsovie.

Au premier rang des « conflits budgétivores », la guerre irako-iraniene et la guerre du Golfe qui auront durablement compromis le développement économique de la région, ainsi que la guerre du Liban, qui aura complètement désarticulé un pays jadis pilote de l’ensemble arabe tant au niveau économique qu’au niveau de la pratique démocratique.

A raison de cinq cent millions de dollars par mois pour chacun des belligérants sur 9 ans, le conflit entre l’Irak et l’Iran, l’un des plus meurtriers de l’époque contemporaine avec un million de victimes (300.000 morts et 700.000 blessés) aura coûté la bagatelle de 108 milliards de dollars, sans compter les dégâts collatéraux infligés à l’occasion de la « guerre des pétroliers » (258 cargos, pétroliers et caboteurs détruits) provoquant en tonnage des pertes maritimes du même ordre que celles enregistrées pendant la Seconde guerre mondiale.

Sans tirer le moindre profit de tout ce déchainement, ni pour eux-mêmes, ni de la gratitrude de la part de leur commanditaire américain pour leur rôle de «chien de garde».

Passé leur quart d’heure de célébrité médiatique, les dirigeants arabes devront tout de même méditer et tirer les conséquences qui s‘imposent du constat du révolutionnaire français Mirabeau à savoir qu’«il existe quelqu’un de pire que le bourreau, c’est son valet».

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