La première crise majeure au sein d’une alliance militaire exclusivement anglo-saxonne

Paris, 10 février 1985 – L’annulation des manœuvres de l’ANZUS à la suite du refus de la Nouvelle Zélande d’autoriser le mouillage dans ses ports de navires américains portant des armes nucléaires, au delà du problème de la fiabilité du système de défense occidental qu’elle pose dans le Pacifique sud, constitue la première crise majeure au sein d’une alliance militaire exclusivement anglo-saxonne.

L’alliance entre les trois états industriels anglo-saxons (Etats-Unis, Australie et Nouvelle Zélande) a été conçue en 1951, en pleine guerre de Corée, pour faire pièce à la Chine, puis, à la suite de la perte du Vietnam et du Cambodge en 1975, à un débordement soviétique dans le Pacifique sud.

Elle vient d’être sérieusement mise à l’épreuve, coup sur coup, la semaine dernière, par l’annulation des manœuvres «Sea Eagle» qui devaient avoir lieu en mars prochain, et, par la décision des Etats-Unis de se passer du concours de l’Australie pour surveiller les essais du missile intercontinental MX prévus également dans le pacifique sud.

Le Président Ronald Reagan, puis son secrétaire à la défense, M. Caspar Weinberger, ont admis vendredi que l’ANZUS avait été «affaiblie» ou «ébranlée». Cette fissure, selon les observateurs, a été d’autant plus durement ressentie qu’elle intervient à un mois de la reprise des négociations américano-soviétiques de Genève.

Redoutant l’effet de contagion sur le Pacte Atlantique, le principal champ de la confrontation Est-Ouest, Washington a très fermement averti les «Nations Alliées» qu’un comportement de type néo-zélandais ne sera pas «sans coût» pour le pays qui en prendrait la responsabilité.

L’Amérique est, en effet, en butte aux réticences du Japon, allergique depuis le bombardement nucléaire de Hiroshima et de Nagasaki, en 1945, à l’armement atomique,et, sur le flanc nord, à celles de certains de ses alliés européens.

La Norvège et le Danemark sont hostiles à la présence de troupes étrangères et à l’installation d’engons nucléaires sur leur sol. La Belgique et les Pays Bas retardent l’implantation de missiles de croisière pour répliquer au déploiement des missiles SS-20 soviétiques en Europe de l’Est, alors qu’un des principaux partis politiques de la République Fédérale d’Allemagne (RFA), le SPD de Willy Brandt, emboîtant le pas aux pacifistes, s’est prononcé contre le nucléaire, tout comme les travaillistes britanniques.

Anzus-Etats-Unis, flt2 /RN / AFP : La première crise majeure

Paris – Sur le Flanc sud du pacte atlantique, elle est engagée dans une polémique avec le premier ministre grec Andreas Papandreou, récalcitrant devant une hégémonie américaine et qu’elle soupçonne de nourrir des sentiments «anti-américains».

Même si les Américains et les Australiens ont réaffirme à l’occasion de la visite le 7 février à Washington du Premier ministre australien Bob Hawke leur attachement à l’ANZUS, il n’en reste pas moins que compte tenu de l’accroissement prévisible de l’usage du nucléaire tant en tant que combustibles qu’en tant qu’armes, pourrait se poser, à terme, selon les observateurs, le problème de la viabilité du Traité.

Pour bon nombre de commentateurs de la presse occidentale la question, en effet, est de savoir si, au-delà des affinités idéologiques et socio-culturelles, le nucléaire ne vas pas devenir la ligne de clivage dans la redéfinition des alliances, et, si dans le contexte du pacifisme et de la flambée nationaliste en Nouvelle Calédonie, Washington ne serait pas enclin à préférer le maintien de la France, atlantiste résolue et dotée de l’arme nucléaire, à ses alliés anglo-saxons jugés frileux en la matière.

Les dissonances relevées au sein de l’ANZUS constituent la première crise majeure au sein d’une «Alliance exclusivement Wasp» (White anglo-saxon protestant/anglo-saxon protestant de race blanche), selon l’expression d‘un commentateur.

Dans les années 1960, la France, sous le Général de Gaulle, s’était retirée du commandement intégré de l’Otan, mais non du Pacte Atlantique. Les autres conflits au sein du système d’alliance du Bloc occidental avaient mis aux prises, telle la crise du CENTO, des pays non occidentaux mais situés dans leur mouvance.

Succédané de l’ancien Pacte de Bagdad, qui regroupait en bordure de l’Union soviétique et du
Monde arabe, les pays islamiques non arabes (Pakistan, Turquie et Iran) aux côtés des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, le CENTO (Central Treaty Organisation) a été dissous en 1979 avec l’avènement de la République Islamique d’Iran.

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