La malédiction de Sabra-Chatila

Samir Geagea: l’unique survivant des protagonistes de ce massacre, face à ses fantômes

Paris 15 septembre 2008 – Avec une régularité de métronome, la malédiction de Sabra-Chatila frappe ses promoteurs, souvent de manière violente, n’épargnant pratiquement aucun de ses protagonistes, comme l’expression d’une sorte de justice immanente, vingt six ans après ce massacre de sang froid de près de trois mille civils des camps palestiniens de Sabra-Chatila, dans la banlieue sud-est de Beyrouth.

Hormis le rapport Kahanna de la commission d’enquête israélienne sur ce massacre et le bouleversant témoignage de l’écrivain français Jean Genêt «quatre heures à Chatila » consigné à l’automne 1983 dans la Revue d’Etudes Palestiniennes, aucune œuvre de l’esprit, pas plus un film, qu’un documentaire, qu’un récit historique, encore moins un «roman-enquête», -la technique de narration préférée du philosophe Bernard Henry Lévy pour torturer la vérité et titiller l’imagination et la curiosité de ses zélateurs, n’est venu éclairer ne serait-ce que d’un simple faisceau lumineux cette effroyable boucherie commise, sans discernement, par les milices chrétiennes libanaises, téléguidée par la soldatesque israélienne, ivre de colère devant l’échec de leur plan de mainmise sur le Liban.

Depuis 26 ans, une chape de plomb s’est abattue sur cet épisode peu glorieux de l’armée israélienne au Liban, ternissant sa réputation au point de mettre à mal le mot d’ordre justificatif de ses excès, la « pureté des armes» israéliennes, au point de bouleverser la perception de l’opinion internationale à l’égard d’Israël. Près de trois mille civils palestiniens seront massacrés pendant deux jours, du 15 au 17 septembre 1982, dans une opération ordonnée pour venger l’assassinat de Bachir Gemayel, chef des Forces Libanaises, fraîchement élu à la présidence de la République Libanaise et assassiné à la veille de son entrée en fonction. Par la gratuité de sa violence aveugle, cet acte fut comparé en son temps par le Président François Mitterrand à Ouradour sur Glane, du nom d’une opération analogue commise par l‘armée allemande à l’encontre des habitants de la bourgade française en guise de représailles à l’assassinat de soldats allemands en France.

Vingt six ans après que sont les protagonistes de ce drame devenus:

Le clan Gemayel, le grand perdant de l’affaire malgré deux présidents.

Bachir Gemayel, qui rêvait de raser les camps palestiniens en une lointaine anticipation des épurations ethniques des guerres post-communistes de la décennie 1990, pour faire de son pays un paradis sur terre aseptisé des petites misères des grandes fortunes, ce chef militaire d’une communauté chrétienne minoritaire d’un monde arabe majoritairement musulman, qui s’est allié au principal ennemi du Monde arabe pour parvenir à la magistrature suprême, l’homme qui soutenait pour ce faire qu’il existait un «peuple de trop au Moyen-Orient», ignorant que ce peuple de trop pouvait être un jour le peuple des chrétiens arabes, réalisa bien son rêve.

Il fut élu à l’ombre des blindés israéliens, président du Liban, sans toutefois jamais savourer la jouissance du pouvoir suprême, pas même un court instant: Il sera pulvérisé par une explosion dans son quartier général de Beyrouth-est, la veille de la prestation de son serment présidentiel.
Depuis lors, la famille Gemayel accumule malheur sur malheur. De son propre fait et de ses méfaits. Son histoire n’est pas une saga à la Kennedy comme se plaisent à la populariser des gazettes occidentales complaisantes, mais une longue complainte de larmes et de sang, dont ils en sont les principaux responsables.

Bachir a été assassiné à 35 ans, en 1982, son neveu, Pierre Amine Gemayel, le sera à 34 ans, en 2006, dans son fief électoral de Jdeiddeh, dans le Metn, alors qu’une violente offensive diplomatico-militaire israélo-américaine était à nouveau lancée en direction du Moyen orient en vue de mettre au pas les contestataires de la «Pax Americana». Amine Gemayel, l’aîné du clan, qui succéda à la tête de l’Etat à son frère cadet à la suite de son assassinat, et qui ambitionnait de succéder au poste de député à son fils assassiné, a vécu une sorte d’assassinat politique lors de sa défaite électorale en 2007 dans son propre fief du Metn, battu par un inconnu, en dépit de la sympathie villageoise suscitée par la tragédie familiale. Sa mise en cause du patriotisme des Libanais de souche arménienne qui lui ont fait défaut durant cette élection a démontré l’ampleur de son dépit face à cette cuisante défaite inattendue en même temps qu’elle a révélé une xénophobie primaire et rance dans les cercles dirigeants libanais dès lors que leurs intérêts claniques sont en cause.

Si la famille Gemayel a réussi à placer deux présidents à la tête de l’Etat libanais, des membres d’une même fratrie qui plus est, elle passe pour être le grand perdant de la vie politique libanaise, avec deux assassinats au sein de cette famille, sans aucune visibilité parlementaire ou ministérielle, son traité de paix avec Israël pulvérisé par ses contestataires, et, suprême humiliation pour ce seigneur du terroir, le chef du clan présidentiel, Amine, contraint à l’exil en France, pendant neuf ans (1991-2000), au terme d’une mandature peu glorieuse, le leadership chrétien âprement contesté désormais entre deux dirigeants, -le général Michel Aoun, chef du Courant Patriotique Libanais (CPL) et Samir Geagea, d’anciens subordonnés de la famille Gemayel du temps de la présidence familiale (1).

Menahem Begin et son «cheval fou» Ariel Sharon

Sur le plan israélien, l’opération «Paix en Galilée» a précipité la réclusion politique de Menahem Begin, chef historique de la droite messianique israélienne et premier ministre au moment de l’invasion du Liban, victime direct des embardées incontrôlées de son «cheval fou», le général Ariel Sharon, ministre de la défense, et des visions bibliques propres à la droite radicale israélienne qu’il a encouragées dans cette voie pendant le demi siècle qu’il a présidé ce mouvement.

Ariel Sharon: plus qu’un long discours, une simple séquence du film «Valse avec Bachir» résume mieux que tout le personnage, ses ambitions et ses contradictions. Par une fiction narrative, le cinéaste israélien, réalisateur du film, Ari Folman, projette une conversation téléphonique entre Menahem Begin et Ariel Sharon, au lendemain des massacres de Sabra-Chatila.

Nullement incommodé par cette effroyable boucherie, tenant d’une main son combiné, opinant régulièrement du chef en direction de son supérieur hiérarchique, l’homme à l’embonpoint légendaire, gardait les yeux rivés sur dix œufs aux plats qu’il s’était commandé pour son petit déjeuner, …….comme indifférent aux malheurs des autres, se préoccupant surtout durant cette conversation de satisfaire, au propre comme au figuré, son féroce appétit du pouvoir en même temps que sa boulimie alimentaire. L’appétit du pouvoir, il la satisfera en devenant premier ministre 18 ans après Sabra Chatila, sa boulimie alimentaire, elle le terrassera ainsi que sa carrière politique, en le plongeant dans un coma cinq ans plus tard….en état de contiguïté passive avec ses anciennes victimes. Une séquence qui passera dans l’histoire comme un morceau d’anthologie politique et illustre plus que tout l’autisme de la classe politique israélienne à son environnement arabe, particulièrement palestinien.

Le rêve d’un Liban fort havre des Chrétiens d’Orient est tombé en lambeaux. L’équipée de Bachir, particulièrement son alliance avec l’ennemi officiel du monde arabe, a entraîné un déclassement des prérogatives constitutionnelles des Chrétiens libanais, principalement les Maronites, dans le nouvel arrangement interlibanais conclu à Taëf, sous l’égide de l’Arabie saoudite, pour mettre fin à la guerre en 1989.
Les camps palestiniens sont demeurés à la périphérie de Beyrouth, avec une population plus nombreuse et rajeunie, comme un pied de nez à la famille Gemayel, désormais comme marginalisée dans l’échiquier politique par l’avènement de l’ancien lieutenant de Bachir, Samir Geagea, un ambitieux à la férocité redoutable, au premier plan de la scène chrétienne.

Beyrouth qui fut la respiration du monde arabe et sa conscience critique pendant un demi siècle, assume désormais de surcroît une fonction traumatique dans la conscience collective israélienne puisqu’elle revendique le privilège unique au Monde d’avoir symbolisé, à deux reprises dans l’histoire contemporaine, la résistance arabe à l’hégémonie israélo-américaine:

La première fois, en 1982, lors du siège de la capitale libanaise par le général Ariel Sharon, du temps où le sunnisme s’identifiait au combat nationaliste, depuis le fief du sunnisme libanais à Beyrouth-Ouest,
La deuxième fois, en 2006, depuis Beyrouth-sud, cette fois, (ad dahyah), littéralement la banlieue sud de la capitale, le fief chiite de la capitale, du temps du coma du général Ariel Sharon, où le chiisme libanais suppléant la vassalisation du sunnisme arabe à l’axe israélo-américain prenait sa relève en vue de pérenniser le combat nationaliste arabe.

Le soutien des commandants en chef successifs de l’armée libanaise –le Général Emile Lahoud, le général Michel Aoun et la sympathie manifestée par le nouveau Président de la République, le général Michel Sleimane, ancien commandant en chef de l’armée, à la Résistance nationale Libanaise agglomérée autour de son noyau dur, le Hezbollah chiite, témoigne, par contrecoup, du souci de la hiérarchie militaire chrétienne de brider les pulsions mortifères des «têtes brûlées» de l’ordre milicien, si préjudiciables au camp chrétien.

Elie Hobeika et Samir Geagea, les deux lieutenants de Bachir, des prédateurs insatiables.

En sa qualité de responsable du service de renseignement de la formation paramilitaire libanaise, Elie Hobeika, un des deux lieutenants de Bachir Gemayel, est considéré comme l’un des principaux responsables des massacres de Sabra-Chatila, au même titre que Samir Geagea, responsable opérationnel des «Forces Libanaises», qu’une impitoyable guerre de succession va épuiser au point de marginaliser la principale formation paramilitaire du camp chrétien du temps de la guerre.

Le premier qui va dégainer et déclencher les hostilités sera Elie Hobeika: Par dévotion à l’égard de Bachir, il fomentera 24 mois après son assassinat un coup de force contre le président Amine Gemayel pour s’emparer du parti et de son trésor de guerre. Allié d’Israël, il tournera casaque en 1985 pour rallier la Syrie avant d’être évincé à son tour par Samir Geagea. Piètre performance pour un homme en charge du renseignement. Exilé du Liban, il reviendra par la grande porte à la fin de la guerre interfactionnelle et l’instauration d’une «pax syriana». Suprême consécration, il siègera même au sein des gouvernements libanais successifs y compris, en 1992, celui de Rafic Hariri, le milliardaire libano-saoudien et principal bailleur de fonds des milices libanaises, assassiné en 2005. Peu avant sa mort violente, il s’était retourné contre Israël et se proposait de témoigner contre Ariel Sharon dans le procès intenté contre lui en Belgique pour «crime contre l’humanité». Il aurait voulu mettre en cause des unités commando de l’armée israélienne (les Sayeret Matkal) qui auraient œuvré sans uniforme dans le déroulement du massacre. Comme auparavant Bachir et ultérieurement le neveu du chef phalangiste, Pierre Amine Gemayel, Elie Hobeika est mort par suite d’un attentat à la voiture piégée devant son domicile le 24 janvier 2002, à l’âge de 46 ans.

Son élimination n’a suscité aucune demande d’enquête de la communauté internationale. Les préparatifs de l’invasion américaine de l’Irak, il est vrai, allaient bon train, de même que la mise à l‘index de la Syrie, via la «Syria Accountability Act », adoptée en 2003. Il importait de ne pas se laisser dévier de cet objectif majeur de la stratégie israélo-américaine par la mort d’une personne, dont l’élimination arrangeait beaucoup de monde: le premier ministre israélien Ariel Sharon, directement visé par son possible témoignage à Bruxelles, Samir Geagea, son rival permanent, Amine Gemayel, son ancien chef à qui il a ravi le parti phalangiste, des époux contrariés et irascibles à en juger par les conquêtes féminines qui lui sont attribuées, enfin pour être complet, la Syrie, tant l’implication de ce pays dans toutes les affaires du Moyen orient est un exercice de style obligé pour tous les chroniqueurs occidentaux.

Samir Geagea

Son pseudonyme ne doit pas faire illusion: il emprunte à l’amphibologie, tout comme son personnage à l’ambivalence. «Al Hakim», son non de guerre, qui signifie le sage ou le médecin, n’a jamais été sage dans son comportement belliqueux, au delà de toute mesure et démesure, ni docte, ni médecin, dont il ne détient pas non plus le grade universitaire. C’est là sa première usurpation. Celui que sa formation universitaire aurait dû destiner à un comportement d’humanité, s’est révélé être l’un des plus inhumains chefs de guerre, l’implacable fossoyeur du camp chrétien, responsable de la décapitation de la famille Frangieh, en 1978, n’épargnant rien ni personne de cette grande famille du nord du Liban, pourtant ses voisins, pas plus une petite fillette de trois ans que le chien de garde devant la maison.

Récidiviste en 1980, il donnera l’assaut contre le fief de l’autre allié des phalangistes, les milices du PNL (Parti National libéral) du président Camille Chamoun, à Faqra, dans la région montagneuse du Liban, noyant dans le sang des forces chrétiennes pourtant alliées au sein d’une même coalition. En juillet 1983, il engagera le combat de la montagne du Chouf contre la milice druze conduite par Walid, le fils et successeur de Kamal Joumblatt, le chef du parti socialiste progressiste et chef de la communauté druze. Son offensive s’était soldée par la destruction de 60 villages et de l’exode d’une population chrétienne de plus de 250.000 habitants du Chouf, mettant un terme à un siècle de convivialité druzo-chrétienne dans le Chouf. Il en sera de même avec des résultats identiques à Saida, chef lieu du sud-Liban et à Zahlé, dans le centre du Liban, en 1985, Piètre bilan pour le défenseur des minorités chrétiennes opprimées, que son bellicisme opprimera plus durablement que l’hostilité de leurs adversaires.

La liste n’est pas limitative. En 1988, à la fin du mandat du président Amine Gemayel, Samir Geagea se trouvait à la tête d’une entreprise prospère soutenue par une machine de guerre bien rodée. L’épreuve de force qu’il engagera contre le général Michel Aoun, commandant en chef et premier ministre intérimaire, achèvera d’épuiser le camp chrétien, le général Aoun prenant le chemin de l’exil vers Paris où il demeurera quinze ans et Samir Geagea, le chemin de la prison où il croupira pendant près de dix ans.

L’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, en février 2005, donnera lieu à un invraisemblable retournement d’alliance coalisant les anciens chefs de guerre antagonistes et leur bailleur de fonds: Walid Joumblatt, Samir Geagea, Amine Gemayel et Saad Hariri. Si elle débouche sur la libération de Samir Geagea à la faveur du vote d’une loi d’amnistie amnésiante, cette coalition hétéroclite et sans crédit constituera le point faible du dispositif occidental en vue de préserver le pouvoir libanais dans son giron.

Samir Geagea est l’unique rescapé de principaux protagonistes de l’affaire de Sabra-Chatila, dont le grand vainqueur moral pourrait être, a posteriori et paradoxalement, Soleimane Frangieh, le rescapé du massacre fondateur de son autorité.

Dans un pays transformé depuis longtemps en un gigantesque cimetière, Soleimane Frangieh, dont la famille a servi de banc d’essai à la boucherie de Sabra-Chatila, bridera ses instincts guerriers pour accorder le pardon des offenses, seul dirigeant libanais à avoir accompli ce geste de grandeur morale, renvoyant à sa vilénie le bourreau de sa propre famille.

Des analystes de la scène libanaise soutiennent qu’une percée politique de Nadim Gemayel, fils du Président assassiné Bachir et son véritable héritier politique, à tout le moins de son cousin germain Sami, fils d’Amine, tournerait au cauchemar pour Samir Geagea, en le privant de toute légitimité populaire et politique, le renvoyant du même coup à ses fantasmes. A moins qu’ «Al-Hakim», coutumier de telles manœuvres de contournement, n’anticipe cet événement en un mouvement de confinement en vue de museler les héritiers Gemayel, une mesure d’autant plus impérative que l’absence d’héritiers biologiques le fragilise en même temps qu’elle frappe de précarité la pérennisation de son projet politique, le mettant à la merci d‘un mauvais coup du sort.

Samir Geagea a ainsi donc provisoirement échappé à la justice des hommes. Personnage funeste sans progéniture, sans remords, seul face à ses méfaits, seul face à ses fantômes, entravé de ses forfaits, tâches indélébiles, il pourrait difficilement se soustraire au châtiment de l’Histoire…. . A n’en pas douter, l’œil sera dans la tombe et regardera Caïn.

Paix à l’âme des victimes des camps palestiniens de Sabra-Chatila et que la terre des hommes leur soit légère.

1- A la fin de son mandat, Amine Gemayel est demeuré au Liban jusqu’en 1991, date à laquelle il a reçu des menaces de mort circonstanciées émanant de Samir Geagea. Il s’en est ouvert auprès du premier ministre de l’époque le général Michel Aoun, chef du gouvernement intérimaire, lequel lui a répondu : « Compte tenu de ses antécédents, il est tout à fait possible que Geagea mette ses menaces à exécution, je vous conseille donc de quitter le pays. » Amine Gemayel a déposé plainte auprès du procureur général (les documents écrits et son témoignage au sujet des menaces reçues sont disponibles sur le net) et a alors quitté le territoire libanais. Il est revenu en 2000, suite à un accord avec les Syriens négocié par Michel el Murr. L’accord prévoyait que les Syriens permettraient à Gemayel de rentrer et qu’en contrepartie, le fils de Gemayel s’allierait avec Murr aux élections du Metn, ce qui fut fait.

9 comments

Un texte d’une grande beauté, pédagogique et instructif…
Apaisant, symbole de paix et de recueillement pour les victimes sans pour autant être générateur la haine envers les bourreaux.

Merci a vous !

Hadria RIVIERE

Je voudrais tout d’abord vous féliciter d’avoir traité ce sujet que beaucoup cherchent aujourd’hui à occulter. Vous rompez avec l’idéologie libanaise de l’amnésie et de l’amnistie et ne serait-ce que pour cela, votre travail est très important.

Je voudrais ensuite vous signaler deux petites erreurs factuelles :

– la période d’exil d’Amine Gemayel ne va pas de 1985 à 2000 comme vous l’écrivez mais de 1991 à 2000. Son mandat s’est achevé en 1988. Il est ensuite demeuré au Liban jusqu’en 1991, date à laquelle il a reçu des menaces de mort circonstanciées émanant de Samir Geagea. Il s’en est ouvert auprès du premier ministre de l’époque le général Aoun, lequel lui a répondu : « Compte tenu de ses antécédents, il est tout à fait possible que Geagea mette ses menaces à exécution, je vous conseille donc de quitter le pays. » Amine Gemayel a déposé plainte auprès du procureur général (les documents écrits et son témoignage au sujet des menaces reçues sont disponibles sur le net) et a alors quitté le territoire libanais. Il est revenu en 2000, suite à un accord avec les Syriens négocié par Michel el Murr. L’accord prévoyait que les Syriens permettraient à Gemayel de rentrer et qu’en contrepartie, le fils de Gemayel s’allierait avec Murr aux élections du Metn, ce qui fut fait.

– Quant à Elie Hobeika, il n’a pas été « exilé du Liban » comme vous le dites, mais s’est retranché avec quelques centaines de ses hommes dans la ville libanaise de Zahlé.

En dehors de ces deux points, votre article par ailleurs très émouvant me laisse un arrière-goût bizarre, car ces notions de « malédiction », de « justice immanente » ou de « chatiment divin », notions présentes ou sous-jacentes dans votre texte, détonnent quelque peu sous la plume d’un intellectuel laic comme vous.

Il peut en effet être tentant de se remonter le moral et de se consoler quelque peu en pensant qu’une malédiction frappe les responsables de ce carnage, mais on pourrait tout autant adopter une lecture plus pessimiste en soulignant qu’aucun d’entre eux n’a été puni, qu’ils ont au contraire été promus ou élus à de très hautes fonctions et couverts d’honneurs.

Certes, Sharon, à un âge avancé, a eu des problèmes de santé. Certes, Hobeika, comme beaucoup de leaders libanais, a été assassiné. Certes, les Gemayel sont moins influents politiquement.
Mais la véritable malédiction est celle qui touche les victimes oubliés et les Palestiniens qui vivent toujours entassés dans des camps lugubres. L’idéologie raciste qui a conduit aux massacres est toujours prédominante au Liban, chez plusieurs partis, et pas seulement chez les phalangistes.

En dehors de ces petites réserves dues sans doute à mon tempérament cynique et désabusé, votre article fait oeuvre utile et vous contribuez ainsi à sauver l’honneur de la presse libanaise.

Bien cordialement

Comment cela Madame ?, je n’ai pas compris votre observation.

Il doit y avoir un malentendu: Vous sembler suggérer que j’ai oublié de mentionner « Valse avec Bachir ».

D’abord, « Valse » est sorti en 2008, il y a donc bien eu 26 ans d’amnésie.

Ensuite, j’ai bien évoqué dans mon papier une scène du film …..la scène du petit déjeuner, au lendemain du massacre, la fameuse assiette de dix oeufs au plat.

Enfin, dans mon agenda diplomatique, il est bien annoncé que le dossier spécial « sabra-chatila » comporte deux papiers
premier papier la malédiction
et
un deuxième papier sur les deux films qui traitent du sujet

bien y figure « valse », le plus médiatiquement connu, mais aussi et surtout « Massaker », le témoignage direct des bourreaux…….épouvantable.
ce dernier papier sera sera publié le 20 septembre

Bonjour Monsieur,

Je vous remercie du soin que vous avez pris à me lire et à relever les imperfections de mon texte. Par égard à votre travail instructif de récension, je mettrai donc le même soin à vous répondre, en vous remerciant d’avance de votre attention qui m’oblige à me maintenir à un niveau d’exigeance intellectuelle tant vis avis de mes lecteurs que vis à vis de moi-même.

A propos de la justice divine et de la justice immanente:

Laic je suis et le demeurerai. et loin de moi toute tentative d’impliquer le surnaturel sur le terrain des hommes. Mais par moment il faut observer, et relever pour mieux le souligner, ce qui peut apparaitre comme un intersigne de leur propre destin que se forgent les acteurs politiques du fait de leurs actes. C’est donc à dessein que j’ai utilisé l’expression justice immanente (et non justice divine), expression laique s’il en est, puisque qu’elle signifie, etymologiquement, « qui réside dans le sujet agissant ».
En termes plus clairs, si vous ne voulez pas vous bruler la main, ne la déposer sur un feu de fois, ou si vos préférez: si vous ne voulez pas périr étrangler, ne vous enrouler pas autour du cou une corde serrée autour de votre nuque.

A propos de l’Amnésie

Bien sur les principales victimes sont les Palestiniens et les Libanais, j’en suis convaincu et conscient, c’est d’ailleurs l’objet même de ce dossier spécial que de combattre l’amnésie……de le sortir de l’oubli, avec les moyens de bord. Paradoxalement, chaque fois que Les « Forces Libanaises » commémoreront l’assassinat de Bachir Gemayel, leur reviendra en echo la commémoration des massacres de Sabra et Chatila;

L’ âge avancé de Ariel Sharon et son embolie.

Ariel Sharon a fait l’objet de plusieurs attaques cardiaques. Il a été atteint d’une embolie non en raison de son âgé avancé, mais par suite de son régime alimentaire erratique qu’il a continué à mener, malgré les mises en garde de ses médecins. Ses deux fils ont cherché à lui faire retrouver conscience en sollicitant ses vieux réflexes olfactifs, faisant passer sous son nez des plats de chawarma, son plat préféré, pour créer un choc olfactif en vue de le sortir de son coma. Il est singulier qu’il ait eu cette fin là, le pire châtiment jamais imaginé de l’histoire. Vous conviendrez avec moi que pour un Monsieur qui invoquait la bible à tout bout de champ, cette fin là a quelque chose d’insolite, à force d’avaler chawarma et territoires palestiniens, il a fini par une embolie, une sorte de justice immanente, en somme;

Elie Hobeika

Dans son errance, avant de se fixer à Zahlé, il a transité par la France. J’en parle en connaissance de cause puisque de par mes fonctions, en ce temps là, il me sollicitait régulièrement pour des interviews.

Amine Gemayel

Vous avez entièrement raison. Ma faute est impardonnable. Il a bien achevé un mandat sans gloire en 1988. C’est une erreur de typographie. J’ai épargné aux lecteurs un surplus de détail pour me concentrer sur Sabra Chatila. mais cela ne retire rien à l’idée qu’une vive rivalité (mentionnée dans mon texte) a opposé les trois principaux dirigeants des milices chrétiennes post-bachir (Amine Gemayel, Samir Geagea et Elie Hobeika) pour le contrôle du parti et de son trésor de guerre.

Les élements contenus dans votre message devraient figurer dans la biographie que je prévois de consacrer au personnel politique à l’occasion des prochaines élections législatives de 2009, mais d’ores et deja une question se pose à Amine Gemayel, s’il est vrai qu’il a dû s’exiler pour échapper aux menaces de Samir Geagea, comment se fait-il qu’il ait accepté ensuite de faire cause commune avec lui au sein de la coalition du 14 mars.

Pourriez vous m’éclairer sur la cohérence de cette démarche………
avec toute ma reconnaisance et ma sympathie pour vos observations.

« L’équipée de Bachir, particulièrement son alliance avec l’ennemi officiel du monde arabe ».
Si je ne m’abuse et trompe la paix entre Israël et l’Égypte ainsi que la paix entre la Jordanie et Israël avaient été déjà conclues, Non? Et, en tant que masse démographique, la somme des deux n’est pas peu, question « monde arabe ». Maintenant il n’en reste pas moins vrai que l’Égypte est restée longtemps à l’index des pays arabes et la Jordanie à un moindre degré…
C’est important de retrouver des faits connus de beaucoup et exprimés ainsi en public sur voter site, mais hélas souvent occultées par la contre-information et le bruitage des groupes de pression pro-sionistes et du lobby juif qui noyaute le système d’information de France.

Bravo Monsieur Naba,
Une telle clarté dans le propos et le style, et une telle élegance et honnêteté dans les prises de position, incitent au respect et à l’admiration.

Un rappel de faits d’une grande importance à l’ére de tous les oublies.Tellement les peuples,comme ceux arabo-musulmans,qui ont la mémoire courte sont voués à disparaitre .
Voici Mr Naba comme on l’aime.

il y a des faits historiques qui doivent être rappelés à propos de ce sinistre personnage et vous l’avez fait de manière magistrale. exhaustive aussi puisque vous évoquez les différents protagonistes du massacre de Sabra et Chatila- que nous, nous n’avons pas oublié. il est indispensable d’en parler dans des pays où les gouvernants font sciemment l’amalgame entre antisémite et antisioniste. J’ ai même eu l’occasion de voir un arabe de service le faire sur les plateaux des télévisions françaises. la pensée unique, nous savons désormais où elle se trouve….
merci René.

Leïla

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