La guerre des ambassades

La «guerre des ambassades» entre Paris et Téhéran dans son cinquième mois

(AFP) – La «guerre des ambassades » entre la France et l’Iran, née du refus de Téhéran de voir un de ses fonctionnaires, M. Wahid Gordji, se présenter devant la justice française est entrée jeudi dans son cinquième mois sans qu’aucune solution n’apparaisse en vue à court terme.

Le dispositif policier mis en place le 30 juin autour de l’ambassade d’Iran à Paris, où a trouvé refuge M.Gorji, renforcé le 12 juillet à la veille de la rupture des relations entre Paris et Téhéran, a été modifié début septembre, mais sans que cette modification s’accompagne d’un assouplissement du contrôle des déplacements du personnel iranien.

Les policiers et gendarmes mobiles continuent de monter la garde autour de l’ambassade, alors que les passagers en provenance de Téhéran sont soumis à une fouille sévère à l’aéroport d’Orly et que les visas sont délivrés au compte-goutte.

Le théâtre de la ville à Paris a d’ailleurs annulé mercredi un concert de musique iranienne, prévu le 7 Novembre faute d’avoir pu obtenir de visas pour les deux artistes iraniens Chahran Nazari et Dariush Tala’i qui devaient s’y produire.

Intervenant à la suite de la mise en cause de réseaux pro-iraniens dans la vague d’attentats qui avait secoué Paris en septembre 1986, la «guerre des ambassades» a officiellement sanctionné la fin de la politique de normalisation entreprise depuis mars 1986 par le gouvernement de Jacques Chirac.

Par ses rebondissements, elle a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Téhéran, le 17 juillet, puis, le 6 Août, un embargo décrété par la France sur les achats de brut iranien. L’Iran, premier fournisseur de la France, en Juin et Juillet, a rétrogradé en Août au dixième rang.

Iran/France, La guerre des ambassades (flt2 dernier)

Parallèlement, l’envoi de bâtiments français dans le Golfe en vue d’assurer la protection de navires français dans les eaux internationales, en Juillet, a encore compliqué les relations entre les deux pays, en doublant une crise bilatérale d’une crise internationale.

Cependant, début Octobre, des déclarations tant françaises qu’iraniennes ont donné à penser qu’un processus de désescalade était amorcé sur le plan bilatéral.

D’une part, M. Jean Bernard Raimond, ministre français des Affaires étrangères, faisait état de l’existence d’une demande iranienne visant au rapatriement de ressortissants iraniens ayant le statut de recrutés locaux de l’ambassade iranienne et déclarait le 10 Octobre que «l’étude de cette demande était sur le pont d’être terminée».

Le ministre avait réaffirmé qu’il n’y avait «pas de marchandage» entre Paris et Téhéran à propos de l’affaire Gordji et que ce dernier, interprète de l’ambassade iranienne sans disposer du statut diplomatique, ne faisait pas partie du groupe des Iraniens dont le rapatriement vers l’Iran pourrait être envisagé.

Pour sa part, le vice premier ministre iranien, Ali Reza Moayeri, a déclaré samedi dernier qu’un «changement» allait intervenir au cours des deux ou trois semaines dans les relations entre l’Iran et la France. «Ce ne sera pas la normalisation, mais nous sortirons de l’impasse», avait-il précisé au Figaro.

Rien n’est venu toutefois confirmer ces déclarations. Certains commentateurs estiment que les récentes révélations sur l’arrestation d‘une secrétaire des services du premier ministre français soupçonnée d’avoir transmis des documents à son ami iranien, pourraient avoir pour effet de retarder une éventuelle sortie de France des fonctionnaires ayant le statut local.

Il ne reste plus que neuf membres ayant un statut diplomatique à l’ambassade de France à Téhéran (7 diplomates et 2 bénéficiant d’une immunité diplomatique limitée). L’Iran a, pour sa part, 5 diplomates et 4 personnes bénéficiant d’une immunité limitée.

AFP/RN

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