Mai 1968……43 ans après, Hommage à Dominique Grange

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Et s’il n’en restait qu’un, je serai celui-là.

Tous ont déserté le terrain. Tous, renoncés au combat. Tous, reniés leurs idéaux de jeunesse. Toute cette cohorte de transfuges de la gauche mutante, qui ont abdiqué leur dignité, les intellectuels médiatiques évolutifs, Alexandre Adler, les communautaristes honteux, Romain Goupil et André Glucksmann, ces adeptes du borborygme du sarkozysme de gauche, les notabilités parlementaires, Daniel Cohn Bendit, les humanitaristes affairistes, Bernard Kouchner, les renégats consuméristes, Philippe Val.

Tous, sauf un, ou plutôt une. Dominique Grange.

Celle qui galvanisa par sa voix les ardeurs militantes de la jeunesse revendicative, en Mai 1968. Celle qui n’abdique pas aujourd’hui quarante trois ans après, se refusant au rôle d’ancien combattant glorieux. Toujours sur la brèche, face à l’injustice et à l‘indifférence, la pasionaria de Mai 1968 au service de la cause palestinienne, celle là même dont se détournent, honteusement, les nouveau notables du cercle de la raison et du conformisme, les pensionnaires de la bulle médiatique et de leur soliloque permanent.

Un engagement nullement dû au tropisme de l’Orient ou propulsé par un anti américanisme primaire, voire même par antisémitisme, l’accusation, grave, portée désormais, contre quiconque dénonce les dérives de la soldatesque israélienne; un engagement plutôt dicté par un sens univoque de la justice qui consiste à traiter inégalement les situations inégales, c’est-à-dire à ne pas mettre sur le même plan, un bourreau et sa victime, un usurpateur et un spolié, au prétexte de défendre l’avant poste de la civilisation contre la barbarie, selon la croustillante expression de Christophe Barbier, le sémillant directeur de l’Express, l’homme au foulard rouge, à qui fait visiblement défaut le sens de la distinction entre civilisation et barbarie.

«Des lendemains et des aujourd‘hui qui saignent
Les mauvais jours finiront-ils?
A bas la guerre et les tyrans,
Les Moubarak et les Ben Ali,
Palestine vaincra,
Je continuerai à le chanter sur tous les tons, sur tous les toits»

Une dédicace qui retentit comme une déclaration de guerre aux pleutres de la République, aux pantouflards de la vie.
De la part d’une «chanteuse engagée à perpétuité».

Dominique Grange, un repère dans un monde en perte de repères.
Consigné dans deux ouvrages. Le premier résume bien son objectif«1968-2008 N’effacez pas nos traces». Le deuxième, dans la même veine, est tout aussi explicite, «Des lendemains qui saignent»

Et s’il n’en restait qu’une, elle sera celui-là … l’honneur de sa génération. L’honneur de la nation … en tandem avec son compagnon de lutte, son compagnon de vie Jacques Tardi

Pour en savoir plus

«1968-2008, N’effacez pas nos traces»
Album+CD Chansons Dominique Grange- Mise en image Jacques Tardi – Préface Alain Badiou
Institut des métiers de la musique (IMM)
ISBN 9 782 203 01 5296
19 euros.

Ce répertoire de quinze chansons, –notamment «Le temps des cerises», Paris ce printemps là, Droit d’asile, Les nouveaux partisans, la commune est en lutte—constitue un parfait programme de mobilisation populaire dans la grande tradition révolutionnaire de la France d’avant Sarkozy.

Des Lendemains qui saignent (Album+CD)
Collection : Univers d’auteurs
Pages : 82
Prix : 19,00 €
ISBN : 2203026472

L’ouvrage a été réalisé par Dominique Grange et le dessinateur Jacques Tardi, son compagnon dans la vie. Les illustrations de Jacques Tardi accompagnent les textes des dix chansons interprétées par Dominique Grange dans le CD contenu dans cette édition. Les textes sont de JP Verney qui en situent le contexte historique. Les photos inédites de la Grande Guerre sont l’œuvre de Pierre-Elysée Grange, grand-père de Dominique Grange.