Décès de l’intellectuel critique Hamed Nasr Abou Zeid

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Décès de l’intellectuel critique Hamed Nasr Abou Zeid : Requiem pour une pensée critique.

Paris – L’universitaire égyptien, Hamed Nasr Abou Zeid, décédé au Caire des suites d’une infection virale, a été enterré dans son village natal de Qufahan, près de Tanta, (province occidentale), en Egypte, lundi 5 juillet 2010, ultime étape d’une longue errance de quinze ans qui l’avait conduit à s’exiler pour échapper aux foudres de l’inquisition religieuse et de la justice égyptienne qui l’avait condamné du «crime d’apostasie».

Auteur d’une étude magistrale portant sur la «critique du discours religieux», l’homme avait déchaîné les passions en Egypte, en pleine fermentation islamiste.

L’universitaire avait soutenu que la pensée islamique s’était «rigidifiée» depuis l’époque d’Averroès et perdu de sa vitalité en raison du défaut de son enrichissement par un débat pluraliste.

Condamné pour apostasie en 1995 par la Cour d’Appel du Caire, et, faisant l’objet de menaces de morts de la part de l’organisation le djihad, Hamed a dû s’exiler aux Pays Bas, ou il exerça son enseignement d’abord à l’Université de Leyde, puis d’Utrecht, avant d’obtenir la chaire «Ibn Roshd (Averroès)» de l’Université de Berlin pour un enseignement consacré aux rapports entre «Humanisme et Islam».

Son épouse, Ibtihal Younis, titulaire d’un doctorat d’état, refusant de souscrire au jugement des hommes, a accompagné son époux dans son exil. L’affaire a soulevé un tel tollé que la loi sur l’apostasie a été amendée en 1998, par le gouvernement égyptien, confiant au procureur de la République la prérogative de la Hisba, le droit pour tout croyant d’ester en justice dans l’intérêt de la religion musulmane.

Le procès s’est déroulé dans un climat d’hostilité aux intellectuels et artistes caractéristique des années 1990 avec la défaite de l’armée rouge en Afghanistan et l’hégémonie du fondamentalisme saoudien sur la sphère arabe consécutive à la première guerre contre l’Irak.

L’intellectuel Farag Foda a été assassiné en 1993, Le Docteur Ahmed Sohby Mansour renvoyé de l’Université D’Al Azhar et jeté en prison pour six mois, alors que le prix Nobel Naguib Mahfouz était poignardé par un islamiste en 1994, handicapant l’écrivain, devenu incapable d’utiliser sa main pour écrire. La chasse aux intellectuels atteint aussi le cinéaste Youssef Chahine pour son film «Al-Mohager, L’émigré», de même que Hassan Hanafi, professeur de philosophie à l’université du Caire, lui aussi condamné pour apostasie.

La répression qui a gagne le monde arabe a frappé au Koweït, le journaliste Ahmad al Baghdadi, en 1996, emprisonné un mois pour offenses à Mahomet, de même que deux auteurs koweitiennes, Leila Osman, et Alia Choua’ah, pour insulte à l’Islam dans leurs écrits. Au Liban, toujours en 1996, le célèbre chanteur libanais Marcel Khalifé a été menacé de trois ans de prison, accusé d’avoir insulté le Coran dans sa chanson « Je suis Josephf(Ana Youssef). Il en a été de même pour l’intellectuel libanais Hussein Mroueh et trois intellectuels algériens Abdel Kader Alloula, Bekhti Benaouda et Tahar Djaout.
Hamed Nasr Abou Zeid a été atteint d’une infection maligne, en juin 2010, alors qu’il effectuait une visite pédagogique en Indonésie à l’invitation du «Centre International des Etudes islamiques» de Djakarta. L’homme était âgé de 67 ans. Son exil a duré quinze ans. Son diagnostic établi, il a décidé de braver ses censeurs. D’opérer en quelque sorte un retour au pays natal pour y mourir parmi les siens, la marque d’une victoire posthume sur ses détracteurs.

Pour mémoire, la référence de ses ouvrages en français

1. Le Discours Religieux Contemporain: Mécanismes et Fondements Intellectuels, traduit par Nachwa al-Azhari, Edwige Lambert and Iman Farag, Dans : CEDEJ – Égypte/Monde arabe, No.3, 3e trimestre, 1990, pp. 73-120.

2. Critique du Discours Religieux, traduit par Mohamed Chairet, Sindbad Actes Sud, 1999.

En rappel

Le Syndrome égyptien, le rétablissement du crime d’apostasie, une longue complainte de la liberté étranglée.

1 comments

Cher René,
Abonné à votre news-letter je trouve vos analyse pertinente et instructive sur les problèmes touchant le Moyen Orient et l’Afrique du Nord. Ayant lu votre « Egypte : Décès de l’intellectuel critique Hamed Nasr Abou Zeid » je dois vous admettre ma totale déception de vous voir faire l’éloge de cet homme aujourd’hui décédé qui s’est engagé dans la voie inféconde de la diatribe religieuse dont vous l’auréolé, symbolisant sa lutte contre la hiérarchie religieuse pour imposer des opinions contraire à la tradition et aux préceptes reconnus en Islam et par les savants musulmans. Sa « lutte », contre qui ? ¨Pour qui? Pourquoi ? Quel apport social ? Nul ! Elle lui a apporté la gloire et le seul soutien des ennemis sectaires et ignorants d’une religion pour laquelle vous semblez dissimuler des préjudices et une incompréhension totale.
Votre connaissance du Moyen Orient s’est évaporée. Vous ne semblez pas percevoir les nuances entre lutter pour le libertés et agresser les consciences et les sensibilités d’un milliard de musulmans. Quel est l’apport à l’Egypte et à son peuple sa révolte contre Allah a offert ? Rien, sauf quelques spéculations philosophiques stériles.
Vos éloges dissimulent un parti pris. Juif ? Qu’importe si c’est le cas. l’Islam a survécu 15 siècles de manigances, certaines plus perfides que celles de ce pauvre Abou Zeid. L’apostasie n’est pas une vaine et légère condamnation et vous ne pouvez ni comprendre ni élucider ses conséquences. Vos réflexes culturels, aussi « révolutionnaires » et contestataires que vous souhaiteriez les afficher, ne peuvent en saisir les subtilités. Votre vue de ce champ de reflexion est floue, car cartésienne, et ces thèmes sont religieux donc du domaine de la foi, deux perspectives incompatibles et hélas souvent en conflit.
Soyez à l’avenir plus prudent dans vos opinions si la chance vous est donnée de modérer votre appréciation de ce genre de situation. S’il vous reste une quelconque légitimité d’aborder les sujets afférant au Moyen Orient, n’ignorez pas que son destin est lié à l’Islam, malgré le travail de sape que la laicité effectue depuis Napoléon.

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