Diplomatie française en vrille: Olivier Poivre d’Arvor, le nouveau résident de Carthage

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L’homme est un habitué des Palais Nationaux. Olivier Poivre d’Arvor, –le frère de l’autre, mais pas que–, sera le prochain représentant de la France en Tunisie, un pays à l’épicentre des turbulences djihadistes au Maghreb, en remplacement d’un spécialiste, François Gouyette.

1 -François Gouyette

François Gouyette, ancien ambassadeur en Tunisie et en Libye, ancien conseiller diplomatique de Jean Pierre Chevènement au ministère de l’Intérieur, a été affecté d’urgence en Arabie saoudite pour remplacer au pied levé Bertrand Besancenot, en poste depuis 2007, atteint du «syndrome de Stockholm». La relève française en Arabie saoudite intervient alors que la France semble avoir parié sur le mauvais cheval dans la course à la succession de l’octogénaire Roi Salmane.

Sans doute abusé par les analyses dithyrambiques de son représentant auprès de la Cour wahhabite, l’Élysée a en effet décerné en catimini, en mars 2016, la Légion d’Honneur au prince héritier Mohammad Ben Nayef, en phase crépusculaire au profit du propre fils du Roi, le Prince Mohammad Ben Salmane, qui vient d’achever une tournée triomphale aux États-Unis.

2 – Olivier Poivre d’Arvor en Tunisie.

Titulaire d’un diplôme en philosophie, lauréat d’une bourse «Villa Médicis» hors les murs (États-Unis-1987), Directeur du Centre Culturel Français d’Alexandrie (1988-1990), directeur à sa réouverture de l’Institut Français de Prague, (1990-1994), directeur de l’Institut Français du Royaume Uni, Olivier Poivre d’Arvor est, non un homme de terrain, mais le parfait apparatchik de la culture, avec une prédilection pour les belles résidences de fonction.

Frère puîné de Patrick Poivre d’Arvor, présentateur vedette de la première chaîne de télévision française TF1 et coqueluche de la droite bien pensante pendant trois décennies, le cadet a pu déployer sa carrière à l’ombre protectrice de son aîné. Sa connaissance du Monde, plus tôt des gens du monde, son entregent et celui de son aîné, expliquent partiellement ce cursus doré, rarement égalé dans le monde de la culture.

Propulsé par Laurent Fabius, l’ancien ministre des affaires étrangères, au poste de ministre plénipotentiaire pour sa proximité avec le néo-conservatisme pro américain du Quai d’Orsay, le voilà, sous le terne Jean Marc Ayrault, promu au rang d’ambassadeur de France en Tunisie, un pays en pleine recomposition géopolitique, en butte aux coups de butoir réguliers de Daech.

La Tunisie n’a décidément pas de chance avec la France, à en juger par la liste des ambassadeurs français qui se sont succédé à Tunis: Olivier Poivre d’Arvor succède ainsi à Frédéric Mitterrand, qui obtiendra la nationalité tunisienne pour acquérir une résidence secondaire pour ses villégiatures futures et à Boris Boillon, le «sarko boy» par excellence de la diplomatie philo-atlantiste, le body bodybuildé qui aura laissé un souvenir impérissable en Tunisie post dictature, terminant sa carrière en garde à vue, convoyeur de fonds.

3 – Le Fait du Prince

Ces nominations quelque peu étonnantes relèvent du «Fait du Prince», survivance d’un droit régalien hérité de la monarchie. Mais dans un monde en compétition exacerbée, le «fait du prince» peut parfois jouer de mauvais tours même aux plus finauds des hommes politiques français.

Outre Boris Boillon, Nicolas Sarkozy avait propulsé Roger Auque, -un espion israélien de son propre aveu-, au poste d’ambassadeur de France en Érythrée, sans qu’il ait été possible de savoir si l’ancien otage français du Liban et père biologique de Marion Le Pen-Maréchal agissait, dans cette zone ultra-sensible de la Corne de l’Afrique, champ d’action privilégié des shababs somaliens sur fond de piraterie maritime, en tant qu’ambassadeur français pour le compte de ses anciens employeurs israéliens ou en tant qu’homme d’influence pro-israélien au détriment de la France

Président de l’unique pays au Monde à avoir décerné un certificat de bonne conduite au groupement terroriste «Jabhat An Nosra», de l’unique pays au Monde à avoir décoré de la Légion d’Honneur le prince héritier d’un pays incubateur du terrorisme planétaire, François Hollande expédie pour le représenter en Tunisie, un pays en butte avec ces mêmes groupements terroristes, …un mondain dont l’expérience est avérée dans le domaine de la versification, le roman ou la prosopopée, mais non l’analyse lucide du phénomène terroriste tafkiriste

Comprenne qui pourra. Sans doute une nouvelle illustration de la rationalité cartésienne ?