Arabie saoudite: Main basse des fils du Roi sur les postes stratégiques

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Paris – Conséquence des revers de Syrie, une révolution de palais vient de s’opérer en Arabie saoudite, entrainant l’éviction des postes de responsabilité de toute une fratrie, le clan Sultan, responsable au premier chef du désastre saoudien, avec la promotion concomitante des propres fils du roi Abdallah, fait sans précédent dans les annales du royaume.

L’éviction du clan Sultan, le plus proaméricain de la configuration saoudienne.

Trois membres éminents du clan Sultan, du nom de l’inamovible patron du ministère de la défense pendant trente ans, ont été évincés par une série de décrets parus le 14 mai 2014. Bandar Ben Sultan, l’ancien chef des services de renseignement, dégagé en février, a ainsi entrainé dans sa disgrâce ses deux frères, Salman Ben Sultan, son adjoint opérationnel en Jordanie au sein du PC intégré de l’alliance islamo atlantiste, ainsi que leur frère ainé, Khaled Ben sultan, vice-ministre de la défense, tous les deux déchargés de leurs fonctions.

Khaled Ben Sultan, l’ancien interface du général Norman Schwarzkoff lors de la première guerre contre l’Iran, en 1990-1991, est propriétaire du journal Al Hayat. Son fils avait fait l’objet d’une interception spectaculaire de la police new yorkaise, l’été 2013, verbalisé, menotté et plaqué à terre, pour «stationnement abusif et rébellion à agent de la force publique ayant autorité». Salman, lui, a longtemps été le plus proche collaborateur de son frère Bandar du temps où son ainé occupait le poste d’ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington. Dans la guerre de Syrie, il dirigeait depuis Amman (Jordanie), le PC opérationnel du bloc islamo-atlantiste groupant l’Arabie saoudite, les Emirats arabes Unis, la Jordanie, les Etats Unis, la France, le Royaume Uni et la Turquie, coordonnant le ravitaillement en armes et munitions des djihadistes, leur financement, leur rétribution de même que leur transport sur le champ de bataille.

La succession de revers qui s’abat sur cette fratrie apparaît parait comme la sanction d’un échec de ce clan ; longtemps détenteur du secteur névralgique de la défense, de surcroît pour le plus pro américain de la configuration saoudienne.

Les fils du Roi aux commandes.

Le roi, octogénaire, de santé déclinante, a ainsi verrouillé sa succession en confiant à ses propres fils, les postes clés du royaume, au prétexte de sanctionner les responsables au premier chef du désastre de Syrie.

Acteur-clé au Moyen-Orient et premier exportateur mondial de pétrole brut, le Roi Abdallah, prudent et prévoyant, a ainsi placé son fils aîné, Mout’eb au poste stratégique de deuxième vice-président du conseil, scellant l’ordre de succession au bénéfice de son fils, sans possibilité d’en modifier l‘ordre de succession. Son deuxième fils, Mecha’al, a été nommé gouverneur de la région de la Mecque, la capitale religieuse du royaume et son 3eme fils, Turki, gouverneur de Ryad, sa capitale politique et financière. La fratrie Abdallah conserve dans son giron la «Garde Nationale», traditionnelle contrepoids aux forces régulières.

Un tsunami sans compensation: Un camouflet majeur pour le Clan Soudeiry

Ce tsunami dans l’ordre successoral du royaume et son ordre de préséance ne s’est accompagné de la moindre compensation pour les autres composantes de la famille royale, particulièrement en faveur de l’autre grande branche de la famille royale, le clan Soudeiry, rivale historique du clan Shammar, dont est issu le Roi Abdallah.

Le clan Soudeiry, du nom patronymique de l’une des épouses du fondateur du Royaume Abdel Aziz, groupait autour du roi Faysal, ses six frères, le roi Fahd, Le prince Sultan, ministre de la défense, le prince Mohamad, ministre de l’intérieur, le prince Salman, gouverneur de Ryad, le prince Ahmad, gouverneur de La Mecque ainsi que le prince Abdel Rahman, ancien vice-ministre de la défense.

  • Les héritiers du Roi Fahd, décédé en 2005, ont été écartés de la scène publique, en l’espace d‘un an, sans susciter la moindre protestation, tant leur inaptitude au pouvoir était manifeste: Abdel Aziz Ben Fahd, ministre d’état sans portefeuille, et ancien partenaire en affaires de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, a été démissionné du gouvernement, sans autre forme de procès, déconsidéré par les gazouillis d’un mystérieux délateurs au nom de «Moujtahed». Son frère Mohamad, lui, a été relevé de ses fonctions de gouverneur de la région orientale du Royaume, la zone pétrolifère de Zahrane. Tous deux sont désormais mal placés dans la course à la succession.
  • Le prince Turki Ben Salman, président d’un important groupe de presse saoudien, le groupe «As Chark Al Awsat», et propre fils du prince héritier Salman, a été dégagé de ses responsabilités le 6 avril 2014.

Le démantèlement d’un réseau djihadiste un revers pour le nouveau patron du renseignement.

Ce train de mesures a coïncide avec l’annonce du démantèlement d’un réseau djihadiste visant à installer un bureau de recrutement dans le royaume pour le compte de Dahech, l‘organisation djihadiste présente en Syrie et qui se propose de fonder un «Etat islamique en Irak et au Levant». Ce réseau de 65 hommes était composé d’anciens islamistes, dont 50 pour cent de nationalité saoudienne, auparavant incarcérés en Arabie saoudite, pour des actes portant atteintes à la sécurité nationale, puis libérés après avoir bénéficié d’une session de réhabilitation dans le royaume. La sécurité saoudienne a en outre mis la main sur une unité de production de composants électroniques, visant à la mise à feu à distance d’explosion, ainsi que des équipements de brouillage et d’interception de communication à distance. Dans la saisie figure la somme de 250.000 dollars, collectée par des contributions volontaires de sympathisants, mécontents de la décision d’Ayman Al Zawahiri, le chef d’Al Qaida, de privilégier Jobhat An Nosra au détriment de Dahech dans les combats de Syrie.

Le site «Ar Rai Al Yom» a estimé que «la découverte de ce réseau constitue le premier revers majeur au nouveau patron du renseignement saoudien, le prince Mohamad Ben Nayef, artisan du programme de réhabilitation en sa qualité de ministre de l’intérieur et successeur de Bandar Ben Sultan dans la gestion du djihadisme».
«Le fait que le porte-parole saoudien ait fait état d’un réseau et non d’une cellule souligne l’ampleur du phénomène. Son démantèlement apporte un cinglant démenti aux allégations saoudiennes selon lesquelles le royaume a définitivement éradiqué le djihadisme sur son sol, conclut le propriétaire du site, l’influent journaliste Abdel Bari Atwane, ancien propriétaire du journal transarabe Al Qods Al Arabi». http://www.raialyoum.com/?cat=249

Ce fait pourrait expliquer l’absence de compensation non plus au clan Nayef ben Mohamad, le nouveau patron du renseignement pour les nominations royales.
La propulsion des fils du Roi aux commandes de l’état s’est accompagnée d’une importante promotion d’officiers supérieurs à la tête des états-majors des trois armes (air terre mer). Question sans doute de s’assurer l’allégeance du commandement interarmes saoudien longtemps aux mains du Clan Sultan : http://www.al-akhbar.com/node/206527

Fait accompli ou caution américaine ?

Le réaménagement de la structure du pouvoir en Arabie saoudite, au cours des deux derniers mois, s’est produit à la veille de la visite d’importantes personnalités américaines. En mars, la promotion du fils du Roi au poste d’héritier du prince héritier est intervenue à la veille de la visite du président Barack Obama, à Ryad, pour y sceller la réconciliation saoudo américaine. En mai, la promotion des deux autres fils du Roi est intervenue à la veille de la visite du secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, venu participer à la conférence des ministres de la défense du Conseil de coopération du Golfe. Sans qu’il ait été possible, dans les deux cas, de savoir si ce chamboulement répondait au souci du roi de placer ses alliés américains devant le fait accompli et s’il bénéficiait de leur caution.

Face à de tels bouleversements, le prince Saoud Al Faysal, ministre des affaires étrangères, a infléchi sa position maximaliste envers l’Iran, lançant une invitation à son collègue iranien Mohamad Zarif, à venir en Arabie saoudite «à la date de sa convenance pour des entretiens visant à régler les différends dans un esprit de fraternité en vue de faire de la zone du golfe, une zone de prospérité».

Le prince Saoud, un des faucons saoudiens et beau-frère par alliance du prince Bandar Ben Sultan, a-t-il voulu prendre acte de la défaite de son clan? De la dangerosité de l’instrumentalisation de la religion comme arme de combat comme en ont témoigné les dérives du djihadisme erratique en Syrie et dans sa projection sur l’«espace européen? Anticiper l’évolution régionale dans la perspective d’un possible accord nucléaire irano saoudien et l’accession de Téhéran au rang de puissance régionale? A-t-il enfin pris la mesure du désastre infligé à la revendication palestinienne à un état indépendant du fait des guerres fratricides interarabes? Pris conscience, et son royaume avec, que ces modernes guerres de religion sont des guerres d’outre temps?

Le nouveau rapport de force au sein du pouvoir saoudien : http://www.al-akhbar.com/node/206634