Abdallah El Yafi, le prémonitoire, ou « La condition privée de la femme dans le droit musulman »

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Publié en partenariat avec le site madaniya.info

L’auteur dédie ce texte à Ghada et Nahila El Yafi, à titre de gratitude pour leur dévouement à la cause d’autrui.

Paris – Du temps où la culture faisait sens, avant d’être pervertie par les pétrodollars salafistes, le Liban pouvait s’enorgueillir d’être gouverné par des lettrés. Des hommes de grande culture, de bonne éducation. D’une grande simplicité, nullement maniéré, sans la moindre affectation.

Des doctes dans le sens noble du terme et non des docteurs propulsés à profusion sur le marché de l’emploi, par des universités bas de gamme fonctionnant sous forme de fabrique de diplômes au rabais.

Des hommes soucieux du bien public et s’y prépare en conséquence. Non des féaux propulsés par de puissants parrains régionaux. Soucieux de concilier le meilleur de l’Occident du  meilleur de l’Orient, en une harmonieuse synthèse. Mais tout aussi soucieux de maintenir à distance les anciens colonisateurs des Arabes. Le contraire en somme des fiers à bras générés par la bulle politico-méditatique wahhabite ou dés télé prédicateurs zélotes enrichis par leur soumission à l’ordre atlantiste.   

Abdallah El Yafi (7 septembre 1901-4 Novembre 1986), juriste de formation, plusieurs fois premier ministre du Liban, appartient à cette trempe d’homme d’état, rarissime de nos jours. Prémonitoire, anticipant les dérives des fatwas pathologiques d’êtres lubriques et libidineux pratiquant un islam infantilisant sur fond d’une religiosité niaise, Abdallah El Yafi avait soutenu une thèse de doctorat en droit à la Sorbonne, dans la décennie 1930, sur précisément l’objet du fantasme absolu des arabes et des musulmans, leur principal sujet de préoccupation et d’extrapolation, la femme … ou plus exactement « la condition privée de la femme dans le droit musulman ».

Foin de copulation de l’adieu ou d’allaitement de l’adulte (Irdah Al Kabir), le juriste libanais et  francophone, pétri de culture arabe et de science musulmane, se livre, en un langage châtié qui ferait pâlir d’envie des plumes à la mode, à une explication des textes sacrés du Coran.

Tout y passe, le mariage, la répudiation, la dot, le voile qui n’est nullement une contrainte religieuse mais une tradition. Cela est si vrai d’ailleurs que dans les pays de mixité et de brassage d’Orient (Liban, Syrie, Palestine, Jordanie, Irak), toute dame d’un certain âge, chrétienne ou musulmane, se voilait la tête d’une voilette (Mandil), tant par coquetterie pour masquer la blancheur naissante de sa chevelure que par pudeur dans les lieux de culte. Une voilette, non une robe de bure qui enfouit le corps, le visage et partant l’esprit, transformant  l’être humain en une silhouette  polymorphe difforme. Un agrégat ambulant.

La femme n’est pas non plus une dépendante, tributaire d’un tuteur monomaniaque. Et contre le divorce express d’un mari acariâtre, des garde fous sont prévus.

Le port du Mandil est, en fait, d’un usage traditionnel qui a séculairement pré-existé à la dynastie saoudienne et aux Talibans. Ce même couvre chef se porte aussi dans les enterrements. En Occident, il se porte pour les audiences papales et autres circonstances similaires. Ainsi, l’entrevue Hassan Nasrallah- Djamila Bouhired, le 10 décembre 2013, a eu lieu en l’absence d’un tuteur de la dame, une figure éminente du combat de l’Algérie pour son indépendance.  Encore mieux sans qu’il soit besoin de mettre en application la lubidineuse et lubrique Fatwa sur l’allaitement de l’adulte (Irdah Al Kabir). Le nivellement par le bas de la culture du fait du dogmatisme wahabismo-afghan tend à considérer tout morceau de tissu comme un hijab, premier pas vers la burkanisation de la société.

La burka est d’importation afghane. Un vêtement étranger à la culture arabe et à ses moeurs. Son usage s’est amplifié durant la guerre anti soviétique d’Afghanistan dans la décennie 1980. L’ignorance crasse d’une foultitude de paumés, la pression sociale, le mimétisme ont généralise son emploi, come marque d’affirmation identitaire, terme ultime du processus d’enfouissement du coprs et de l’esprit.

Sur la problématique du corps à l’époque contemporaine http://www.renenaba.com/an-i-de-la-revolution-arabe-hommage-aux-immoles-arabes/

Et pour donner une idée de la regression de la pensée, ci joint le guide pour femmes djihadistes http://mejliss.com/milice-feminine-daech-publie-un-guide-pour-femmes-jihadistes

Qu’il est loin le temps d’Abdallah El Yafi, de sa science islamique, sans ostentation. Ses écrits auront été à l’image de sa vie et ses enfants à l’image de sa vie : Une alliance de rigueur et de discrétion, soutenue par une ardente obligation du bien public. En témoignent pour la postérité, sa progéniture : Hématologue, ophtalmologue, cardiologue…… dont les noms figurent sur le répertoire des palmes académiques et non sur le hit parade bêtifiant d’« Arab idol ». En un sens, Abdallah EL Yafi est un salafiste, puisant auprès de ses prédécesseurs le meilleur de leur enseignement pour en transmettre le meilleur à ses successeurs. Et non un clonage facile, la marque d »une indigence intellectuelle servile.

Révisitons donc les écrits d’Abdallah El Yafi et songeons au gâchis généré par la métastase cancéreuse du djihadisme erratique. Aux dégâts infligés par la démagogie ambiante.

Si les enseignements d’Abdallah El Yafi avaient prévalu… -elles pourraient à nouveau prévaloir après l’effroyable gâchis du printemps arabe- … le sort du Monde arabe, particulièrement celui de la femme arabe, aurait été plus glorieux que celui que leur réserve le hideux califat de Da’ech.

Avec Riad El Solh (Beyrouth) et Rachid Karamé (Tripoli), Abdalah El Yafi a été l’un des trois premiers ministres d’envergure que le Liban a produit dans la période post indépendance, avant de basculer dans la guerre civile et de sombrer dans la médiocrité des nouveaux riches de la guerre. Contrairement à ses successeurs, il a vécu dans la sobriété. Une vie aux antipodes de celle du télé prédicateur de l’Otan Youssef Qaradawi. Un millionnaire. La preuve vivante que le commerce des religions est lucratif, quel qu’en soient les dégâts sur le Monde arabe.

Pour aller plus loin

La condition privée de la femme dans le droit musulmanAbdallah EL-YAFI  Éditions Guethner préface Georges Corm

Parution : 2013 ISBN 13: 9782705338855

Et le portrait de sa fille Ghada El Yafi, hématologue, diplômé des Universités Françaises,disciple du Professeur Jean Bernard Hopital Saint Louis Paris.

http://www.lorientlejour.com/article/912659/ghada-al-yafi.html

Illustration

  • http://en.wikipedia.org/wiki/File:Abdallah_El-Yafi.jpg